Tiken Jah Facoly : “Evitons toute myopie dans la résolution de la crise ivoirienne”

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Moussa Doumbia alias Tiken Jah Facoly reste fidèle à son engagement à dénoncer les maux de l’Afrique à travers son arme, le reggae. Même en exil à Bamako (Mali) depuis le déclenchement de la crise dans son pays en 2002, l’artiste-musicien ivoirien, que nous avons rencontré dans la capitale malienne en novembre dernier, fustige, accable, propose, accuse et rend hommage.

Crise ivoirienne, développement de l’Afrique, disparition du Professeur Joseph Ki-Zerbo… L’auteur de “Politique France-Afrique” confie ses conviction sans langue de bois.

Sidwaya (S) : Comment Tiken Jah Facoly vit sa musique depuis son exil malien à des milliers de kilomètres d’Abidjan ?

Tiken Jah Facoly (T.J.F) : Je suis parti de la Côte d’Ivoire en 2002 suite aux événements du 19 septembre. Quatre ans après, ma carrière musicale ne cesse d’avancer. Tout se passe bien dans ma vie d’artiste. Je relève deux victoires de mon installation au Mali. Premièrement, ma musique m’a apporté beaucoup de succès. Deuxièmement, mon installation au Mali peut être compris comme un retour aux sources. C’est le pays de mes ancêtres, ceux dont je suis descendant comme Facoly Koumba, Facoly Daba, chef de guerre de Soundiata Kéïta lors de la bataille de Kirina en 1235 contre Soumangourou Kanté.

On ne peut pas parler de l’Empire Mandingue sans se référer au Mali. Donc, je ne considère pas mon séjour au Mali comme un exil. C’est une rencontre avec ma propre histoire en attendant que la paix revienne en Côte d’Ivoire pour pouvoir retourner à la maison. Au Mali, je me sens chez moi. Je continue mon travail de musicien sans problème.

Je m’exprime librement et je dis ce que pense. C’est d’ailleurs mon franc parler et mon engagement à dénoncer l’injustice qui m’ont fait fuir la Côte d’Ivoire. Des artistes y sont restés certes mais aucun d’eux n’a pris position contre les errements du régime de Laurent Gbagbo, le pouvoir en place. Au contraire, ils s’en sont pris à la rébellion. Moi, je suis allé contre le gouvernement en place à Abidjan.

Dans ce cas, je ne peux plus rester là-bas dans le contexte d’insécurité qui y règne. Je me suis réfugié au Mali. Les Maliens m’ont bien accueilli. Ils m’ont adopté. Ils apprécient ma musique et me considèrent comme une de leurs stars. Je viens d’acheter une villa au quartier ACI 200 de Bamako. Cela traduit toute l’hospitalité malienne à mon égard. Je suis le seul artiste qui remplit le stade Modibo Keïta avec vingt mille spectateurs. Le Mali reste une de mes bases.

S. : Quelles relations entretenez-vous actuellement avec les hommes politiques de votre pays, d’une part et avec les artistes, d’autre part ?

T.J.F. : Je n’ai pas de contacts avec les hommes politiques de mon pays. Cela ne m’intéresse pas. Hier, j’étais très apprécié par Laurent Gbagbo car ma musique dénonçait l’injustice et la xénophobie. Aujourd’hui, c’est lui qui est au pouvoir et me déteste. Car mon langage n’a pas varié. Je veux seulement voir des hommes politiques qui se reconnaissent dans mon message pour corriger ou améliorer leur façon de gouverner. Ils peuvent m’apprécier ou pas.

Mais que les hommes politiques sachent mon combat : que ce soit le RDR ou un autre parti qui est au pouvoir demain en Côte d’Ivoire et travaille pour diviser la société ivoirienne en prônant la xénophobie, je serai là encore pour prendre position pour le peuple. Je n’ai aucune envie de nouer une amitié avec un homme politique, que ce soit ou pas dans mon pays. Ce n’est d’ailleurs pas dans mon intérêt. Je reste neutre comme tout artiste qui veut faire du vrai reggae.

Quant aux artistes, j’entretiens de très bonnes relations avec eux. J’ai beaucoup d’amis dans le show-biz en Côte d’Ivoire. D’autres, par contre, n’aiment pas ma manière de faire. Mais tant pis pour eux. Je sais seulement que ma carrière avance et mon progrès continue. Mes amis se reconnaissent, mes ennemis aussi. Ainsi va la vie.

S. : Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle en Côte- d’Ivoire avec la nomination de Charles Konan Banny comme Premier ministre, les contradictions autour de la Résolution 1721 de l’ONU, l’affaire des déchets toxiques ?

T.J.F. : Tant que Laurent Gbagbo et ses amis seront à la tête de la Côte d’Ivoire, ce pays ne connaîtra pas la paix. Il ne sera pas possible d’envisager une réconciliation véritable parce que des occasions se sont présentées et elles ont été balayées du revers de la main. Aujourd’hui tout est bloqué.

Une réconciliation en Côte d’Ivoire passera nécessairement par une élection présidentielle ouverte, libre et transparente. C’est le premier travail de celui qui sera élu démocratiquement président. On demande aux Ivoiriens de se réconcilier alors que tout le monde sait qu’une élection présidentielle sera un moment de troubles graves. Pourquoi se fatigue-t-on alors ? Il y a eu le Forum de réconciliation nationale que je qualifie de forum de distraction nationale.

Puisque le pouvoir en place a délibérément refusé d’appliquer les résolutions. Il y a eu deux Premiers ministres qui se sont débattus comme de beaux diables pour faire ce qu’ils pouvaient. Car ils ne jouissaient en réalité d’aucun pouvoir dû à un chef de gouvernement et le président ne les reconnaissait pas non plus. Comment veut-on qu’il y ait la paix dans un tel contexte ?

Mon rêve de voir les Ivoiriens se réconcilier sous Laurent Gbagbo s’est évaporé. Certaines personnes vont se dire choquées par mes propos. Ils diront que c’est parce que je suis en exil que je ne souhaite pas la paix en Côte d’Ivoire. A celles-ci, je voudrais rappeler que je reste le premier à avoir ouvertement dénoncer les travers du pouvoir en place et appeler les Ivoiriens à la réconciliation afin de pouvoir retourner à la maison en Côte d’Ivoire.

Mon analyse est simple. Deux personnes se battent, elles refusent d’aborder ensemble les raisons profondes de leur division. Elles font semblant en inondant la télé de spots autour de faux sujets. Alors qu’en réalité, chaque partie veut en découdre avec l’autre par des armes pour arriver à ses fins. Ce n’est donc pas la peine de chercher à les réconcilier dans une telle hypocrisie. Le blocage va donc perdurer.

Laurent Gbagbo est au pouvoir depuis bientôt sept ans. A chaque occasion, il cherchera toujours une prorogation. Or, quand il était encore dans l’opposition, c’est lui qui criait au scandale sur tous les toits.

S. : Bien que vous ayez exprimé votre neutralité vis-à-vis des acteurs politiques ivoiriens, qui des loyalistes ou de la rébellion peut sortir la Côte d’Ivoire de cet œil de cyclone ?

T.J.F. : Je le répète c’est celui que le peuple ivoirien dans sa majorité élira qui pourra résoudre la crise actuelle. Elu démocratiquement, le nouveau président devra tenir compte de électeurs qui lui ont accordé leurs suffrages et de ceux qui n’ont pas voté pour lui. Et concilier les points de vue dans l’intérêt supérieur de la nation. Le peuple ivoirien doit lui apporter son aide dans cette difficile tâche de la réconciliation. La communauté internationale viendra également en appui.

On ne peut pas aujourd’hui dire que tel acteur politique est mieux que l’autre ou s’il y en a qui sont bons et d’autres mauvais ou voilà l’homme providentiel et le diable. Des preuves montrent que des hommes comme Charles Konan Banny avait à cœur de bonnes intentions pour leur pays. L’on a mis des bâtons dans ses roues. Il n’a pas bénéficié de tous les soutiens possibles. Kofi Annan et l’ONU ont essayé, tout le monde les a insultés.

Il appartient donc aux Ivoiriens de tirer les leçons de la crise pour envisager l’avenir. Evitons toute myopie dans la résolution de la crise ivoirienne. Elle n’a pas commencé le 19 septembre 2002. Il y a des causes profondes à rechercher. C’est un ensemble de frustrations qui ont abouti à cette date fatidique. Les problèmes de la Côte d’Ivoire ont pris leur source sous Houphouët pour éclater sous Gbagbo. Aucun dirigeant n’a su jusque là avec courage et sagesse, trouver des solutions définitives.

Mon père appréciait la politique d’Houphouët-Boigny tandis que je me retrouvais dans les dénonciations de Laurent Gbagbo. C’est parce que ceux qui ont massacré les Guébié (une tribu Bété) en 1970 n’ont jamais été inquiétés que d’autres aient cru bon de répéter les mêmes exactions. C’est parce que des propos d’exclusion (Nordistes-Sudistes) ont été tolérés qu’ils ont continué dans la boucle de certains ivoirien. Le 19 septembre est venu dire : “trop c’est trop”. Il faut aborder les vrais sujets tels quels et trouver des solutions durables. Recenser les Ivoiriens dans leur ensemble sans discrimination aucune, désarmer toutes les parties prenantes et aller aux élections.

S. : Côte d’Ivoire, Tchad, Soudan, immigration clandestine, famine… les Africains sont pris entre l’étau des conflits et des calamités. Qu’est-ce que cela inspire à un Reggaeman engagé comme vous ?

T.J.F. : Bien que je souhaite que tous les maux (génocides, rébellions, misère, famine) qui minent l’Afrique prennent fin, je me résous à reconnaître que c’est le passage obligé pour aboutir à une vraie démocratie sur le continent. Les nations dites démocraties avancées, les Etats Unis, l’Angleterre, la France sont passées par là.

Quand elles vivaient ces moments difficiles, les Africains étaient paisibles dans leurs royaumes. Leur contradiction interne terminée, les pays développés ont trouvé un système durable d’équilibre des pouvoirs. Ils sont venus imposer une autre civilisation, une autre façon de gouverner à l’Afrique. C’est dans l’apprentissage de cette nouvelle leçon que les Africains sont en ce moment. Cela peut prendre 200 ou 300 ans. Quand les peuples noirs auront bien assimilé ce qu’est un génocide, une guerre civile, la famine et leurs dangers pour la survie et la vie en communauté, ils auront plus conscience de la Nation et appréhenderont mieux le développement.

Nos gouvernants et dirigeants ne s’amuseront plus avec certaines choses. Ils connaîtront désormais les dangers de tel ou tel risque dans la gestion d’un pouvoir. Je parle en tant qu’un Africain optimiste. Tous les maux qui sévissent sur le continent prendront fin un jour. Il y a eu des morts pendant la guerre de sécession aux Etats-Unis, les Révolutions française et maoïste.

Donc, l’Afrique ne peut pas échapper à une réalité que ceux qui lui ont imposé la démocratie ont vécue. Il faut bien apprendre la leçon imposée. C’est ce que l’Afrique est en train de faire. Elle va connaître des difficultés énormes, vivre de pires moments. Mais tout cela fera partie de l’histoire démocratique de l’Afrique. J’ai bon espoir que c’est un continent d’avenir. Tous ces Occidentaux qui viennent en Afrique ne veulent plus retourner. C’est un bon signe parce qu’en Afrique, tout reste à faire alors qu’en Occident, tout a été fait.

S. : Outre cette leçon de la démocratie dont l’assimilation se fait si attendre, n’y a -t-il pas une autre explication aux conflits armés et autres misères qui infligent tant de souffrances aux peuples africains ?

T.J.F. : Les souffrances des peuples africains traduisent en partie, l’échec de leurs dirigeants. Pendant mes concerts, je ne cesse de dire qu’ils doivent démissionner. C’est une honte de se réclamer chef d’un Etat, à feu et à sang, laissant son peuple dans la faim et la pauvreté, ses compatriote obligés de fuir le pays aux périls de leur dignité et de leur vie. Et le président de la République ne se sent nullement concerné. Il est assis sur son trône comme dans un empire ou un royaume.

Devant cette insouciance et cette irresponsabilité de nos chefs d’Etat, je propose qu’on essaie les femmes au pouvoir en Afrique. Cela fait 40 ans que les hommes sont là. Ils ont montré leur limite, ils n’ont qu’à foutre le camp pour laisser la place aux femmes. Elles sauront peut-être se montrer attentives aux préoccupations de leurs compatriotes. Tout le monde reste convaincu aujourd’hui qu’en Afrique, les époux ne travaillent pas. Ce sont leurs épouses qui labourent la terre pour survenir aux besoins de la famille. C’est difficile pour une femme d’abandonner son enfant. Un homme le fait à tout bout de champ.

Les problèmes actuels de l’Afrique sont aussi imputables à ses gouvernants. Ils se rendent au palais dans un cortège de 40 voitures. Pendant ce temps, les localités qu’ils traversent n’ont ni écoles ni centres de santé. Et ils sont contents. Or normalement, ils devraient rouler à vélo puisqu’à cause d’eux, on ne fabrique rien dans leur pays. Ils ont un niveau de vie incroyable.

Rien que leur carburant d’un mois peut construire maternités, hôpitaux, écoles, usines. En même temps que j’accable nos dirigeants de tous les maux, je demande à l’Occident d’ouvrir ses frontières pour les jeunes Africains qui veulent y aller. Un Européen rentre en Afrique comme il veut . Pourquoi pas la même chose pour aller en Europe. J’en parle dans mon prochain album baptisé “L’Africain”. Equité et égalité dans la délivrance des visas.

S. : Les misères de l’Afrique ne s’expliquent-t-ils pas aussi par une manipulation extérieure pour maintenir le continent dans cet état ?

T.J.F. : Evidemment, les occidentaux sont pour quelque chose dans le retard de l’Afrique. C’est pourquoi j’ai chanté la politique France-Afrique. C’est du “blaguer-tuer”. Ils ont partagé le monde. L’Occident se sert toujours de l’Afrique. J’ai toujours expliqué qu’on a donné aux Africains la photocopie de l’indépendance.

C’est maintenant que les Africains doivent récupérer l’original, la vraie copie de notre indépendance. C’est ce que nous reggaemen Africains faisons à travers nos chansons. Des dirigeants comme Modibo Keita, Ahmed Sékou Touré, Thomas Sankara ont essayé de réclamer la vraie indépendance, ils sont tombés les armes à la main devant l’Occident.

S. : Comment expliquez-vous que de grands ensembles comme l’Union européenne, l’Amérique Latine, la Chine fassent une cour à l’Afrique malgré sa misère ?

T.J.F. : Des statistiques ont récemment montré que l’Afrique reste le continent le plus riche. En plus de sa richesse minière et pétrolière dont les pays développés ont besoin pour soutenir leur croissance, le continent est en chantier et intéresse les entreprises occidentales. Nos dirigeants devaient profiter de cette position de force pour imposer leurs conditions. Malheureusement chaque pays campe sur ses intérêts personnels.

Il faut une unité d’actions entre les chefs d’Etat africains pour faire plier les occidentaux devant les exigences de leurs peuples. Qu’ils arrêtent de jouer la comédie lors des sommets. Ce n’est pas normal que les richesses de l’Afrique profitent à d’autres qu’à ses enfants. Il y a tellement d’intérêts en Afrique que si un dirigeant s’amuse seul à braver le diktat des entreprises ou des puissances étrangères, c’est la mort programmée pour lui.

Que nos chefs d’Etat prennent conscience qu’ils doivent aller ensemble et faire en sorte que le partenariat entre l’Afrique et les autres ensembles du monde participe au bonheur des Africains. Tout le monde sait que le continent noir est riche mais ses habitants demeurent pauvres. Les Africains sont dans une maison en or mais ne trouvent pas à manger. Ce sont des hommes d’ailleurs qui reconnaissent la valeur. Voilà le paradoxe.

Il y a plus de publicité sur le Sida en Afrique que sur ses potentialités. Les richesses du continent font l’objet d’un pillage et ses misères sont montrés au monde entier. Si la France a relancé sa campagne de lutte contre le Sida, c’est que le taux de séroprévalence y est monté. L’Afrique doit se réveiller comme l’Amérique Latine. Hugo Chavez insulte George Bush chaque jour mais ce sont des entreprises américaines qui se disputent le pétrole et le marché de l’automobile au Vénézuela.

Elles savent la valeur de ce pays et son dirigeant sait qu’il a quelque chose de très intéressant pour l’économie des Etats-Unis. Quand il prend leur argent, il ne le retourne pas chez eux. Il le garde ou l’investit pour le bien-être de ses compatriotes. Pourquoi donc 40 ans après les Africains sont incapables de montrer qu’ils sont indépendants ?

Quand Jacques Chirac visite la Côte d’Ivoire, le Mali, le Sénégal ou le Burkina Faso, les élèves ne vont pas à l’école ce jour. Il y a des cas où des jours fériés sont décrétés pour l’accueillir. Quand Gbagbo, ATT, Wade ou Compaoré se rend en France, personne ne sait qu’un chef d’Etat est là.

Or ce sont les Européens en général et les Français en particulier qui répètent que l’instruction et le travail constituent la clé du développement. Voilà une preuve que l’indépendance est confisquée. Il appartient aux gouvernants africains de se lever, de prendre leurs responsabilités et parler d’égal à égal avec l’Occident.

S. : A vous entendre, vos propos s’inscrivent dans l’appel à un développement endogène en Afrique lancé par le professeur Joseph Ki-Zerbo que vous avez d’ailleurs eu à rencontrer. Quels souvenirs gardez-vous de cet homme qui s’est éteint le 4 décembre 2006 ?

T.J.F. : Du professeur Joseph Ki-Zerbo, je retiens l’image d’un grand intellectuel et d’un homme politique de premier plan. En tant qu’histoirien, il a écrit les plus belles pages du passé de l’Afrique. Elles servent beaucoup à la jeunesse africaine. Les livres du professeur Joseph Ki-Zerbo permettent à bon nombre d’Africains de découvrir leur histoire, leurs origines, leur continent.

Les Africains ne voyagent pas assez, ils ne se connaissent pas. Ce sont des blancs qui leur révèlent des parties de leur histoire avec quelquefois des erreurs. Ki-Zerbo a rendu aux Africains leur histoire. Il a rapporté ce qui s’est réellement passé au temps des royaumes et des empires en Afrique.

En tant qu’homme politique, il ne s’est pas borné à un discours creux. Il a proposé une voie qui peut être originale pour le développement du continent. Ses enfants et l’Afrique toute entière peuvent en être fiers. Même s’il n’a pas pu réaliser ses ambitions politiques, il a posé des actions et laissé à l’Afrique et à sa jeunesse des leçons à retenir pendant longtemps.

Interview réalisée par Jolivet Emmaüss, Sidwaya (Burkina Faso)

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