Traditions – D’où viennent les chants Djandjon et Douga (suite)

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Douga est né à Méma, une province du Ouagadou. Là, dans un bosquet secret, les grands prêtres des Aigles, les ancêtres des Détéba Kamissoko et ceux des hyènes, les aïeux des Doumbouga, les Djimbigafing, sacrifiaient les ennemis irréductibles de l’empire.

Les corps des personnes tuées étaient jetés en pâture aux hyènes et aux vautours. A cette occasion on jouait Douga. Voici ses paroles : « sere kumu sere, eh, Mam Djaliya ! Kara kumu kara eh, mama Djaliya ! ». Traduction « témoignage amère eh, maman ! Quel sort pour les griots guigne amère ! Quel sort peu enviable pour les griots !»

Explication « sere kumu sere ». Vous avez par exemple commis un crime. Vous êtes votre propre témoin, responsable de votre forfaiture. « Kara kumu kara » la guigne amère, conséquence de vos actes ne touchera que vous, personne ne répondra de vos actes, ni votre père, ni votre mère, ni aucun parent ». Cette vieille mélodie se termine par une mise en garde sévère : « jonni be duga soso, n’a ma tulonkila », « quiconque ose enfreindre nos lois sera pulvérisé par le regard du maître des nues » Les griots étaient chargés de révéler aux malheureux les raisons de leur condamnation à mort. Après avoir accompli leur douloureuse mission, ils plaignaient leur propre sort : « eh maman ! Que c’est dur d’être griots ! ». Douga, tout comme Djandjon présente cette curieuse particularité. Chaque fois reprise sous d’autres formes, elle a enfin de compte été vidée de son contenu premier. Initialement chanté pour Kantara Famadi dit Mari, fils de Sata, ce chant compte maintenant plusieurs versions.

Lorsque le joueur de la harpe des chasseurs (donson’koli fôla) décrit les prouesses de l’oiseau noir des fleuves (balakononifing) il glorifie en même temps Douga sirimandjan « petit oiseau noir des rivières, tu es grand chasseur comme Douga, ce puissant oiseau qui ne se nourrit point d’herbe » Devenu hymne des braves, Douga incite les hommes de guerre à se surpasser sur le champ de bataille. « Douga n’est pas adressé à l’homme lâche, le peureux qui s’enfuit sans jeter le moindre regard par derrière ». Chanson épique ou rappel historique, il rend hommage aujourd’hui aux grands hommes du Mali. « Où sont les Bambougou N’Tji, Korè Dougakoro, Dah Monzon, Bakaridjan, Biton Coulibaly, Babemba de Sikasso, Tiéba ? Que sont devenus les guerriers de Korè, Samaniana, Diakourouna ? Où sont à présent les grands clans guerriers (kélèmassa bondaw). Ce chant raconte l’histoire des Tondjons de Ségou et des conquérants de Samaniana, Korè et Diakourouna.

Toutefois, le narrateur se garde de dévoiler toutes les vérités autour de leurs victoires obtenues souvent par la trahison, l’horrible trahison, et d’autres moyens aussi odieux. Douga, faut il le préciser a cessé d’être exclusivement l’hymne de l’aigle. A l’occasion, on n’en fait une chanson quelconque en le dédiant même aux plus minables des chasseurs fanfarons. Un chant populaire condamne cette situation (accorder à quelqu’un un mérite qu’il n’a pas, par hypocrisie ou intérêt. « Donso mim mana n’koloni kelenfaga, o waso te ban », « le chasseur fanfaron n’en vaut vraiment pas un. Il n’a jamais abattu qu’une toute biche. Alors effrayé par son propre coup de feu, il s’est sauvé à toutes jambes.

Pourtant au village, sa vantardise a fait grand bruit ». Nous terminons en expliquant le contenu d’une chanson à la mode présentement. Là, les paroles n’ont point changé. C’est la manière d’exécuter le morceau qui laisse à désirer car « Dabi » de la jeune artiste de Ségou, Touma Diabaté relate une page triste de l’histoire de notre sous région. En 1914, une grande famine sévit au Mali. Les gens mouraient de faim parce qu’il n’y avait plus rien à manger. Le « moudé » de mil (2 kg) coûtait 100 F (ce qui était exorbitant à l’époque). Puis son prix grimpa jusqu’à atteindre 500 F, somme que seules les personnes très riches pouvaient posséder.

Une griotte (Djali) parvint elle et sa famille, à survivre grâce à la générosité d’un homme aisé qui savait partager avec les autres. Notre griotte composa et dédia à son bienfaiteur ce joli chant qui fait désormais partie du répertoire de Touma Diabaté. En le jouant, l’artiste et ses accompagnatrices débordent de joie. Aucune tristesse, aucune émotion ne se dégage de son visage, on dirait même qu’elle évoque un évènement heureux tant la gaieté et le sourire sont présents sur la scène. A-t-elle cherché à comprendre ce que dit sa chanson ?

En tout cas, le sourire éclatant n’a pas sa place lorsqu’il s’agit de faim et de morts. Dabi c’est la solidarité du riche envers les démunis, un chant de reconnaissance mais Dabi, c’est le malheur qui a frappé des milliers de personnes sans ressources. C’est la misère humaine.

Moussa Fofana, Conseiller Pédagogique à la retraite
Formateur au Collège Moderne de Sincina Koutiala.

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