Justice : Les vérités du Président

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    A l’occasion de la rentrée solennelle des cours et tribunaux 2006-2007 hier matin dans la salle Banzoumana Cissoko du Centre International de Conférence de Bamako, le Président de la République et non moins président du Conseil supérieur de la magistrature a assené ses vérités aux magistrats et aux Avocats.

    Fidèle à son habitude, le Président Amadou Toumani Touré à clairement fait savoir aux acteurs de la justice que "dans le cadre de la lutte contre la corruption et la délinquance financière, aucun résultat ne peut être obtenu sans l’adhésion de la Justice". Il leur a demandé d’éviter l’humiliation politique mais de rester fermes dans la lecture de la loi. "Vous devriez respecter ceux qui ont décidé de venir investir chez nous. Ne les laissez pas à la merci des prédateurs", leur conseilla-t-il. Avant de leur demander "de mettre fin aux activités des marchands d’actions Judiciaires et d’arrêter de mener des procès sans fin". Selon le Président de la République, quand ont entame un procès au Mali, il traîne en longueur et on ne s’en sort jamais. "Il faut que les juges arrêtent de jouer le rôle des avocats, en demandant aux justiciables de se confier à eux au lieu d’aller voir les Avocats".

    Une déclaration qui a provoqué les applaudissements nourris de la centaine d’avocat qui étaient dans la salle. Cependant, sans attendre la fin de ces applaudissements, ATT s’adressa aux Avocats avec la même tonalité en affirmant que "l’Avocat aussi ne se prenne pas pour le juge et qu’il cesse de partager avec le juge". Il faut, ajoute ATT, une réserve morale, une formation morale solide pour accéder au corps des auxiliaires de Justice.
    Selon le Président ATT, n’importe qui ne peut être ni Avocat, ni magistrat, ni Greffier, ni huissier de justice.

    Le civisme selon ATT
    A propos de la rentrée judiciaire, le Chef de l’Etat a estimé : "cet exercice Républicain montre, à chaque fois, combien les audiences de rentrée, par la dimension pédagogique qu’elles comportent, peuvent avoir un impact important, aussi bien sur les citoyens, que sur les acteurs même de la Justice".
    Selon lui, le thème de la rentrée de cette année, "Civisme, Gage de Paix sociale" procède d’un choix pertinent parce qu’il est d’une actualité brûlante et qu’il fait écho aux préoccupations tant des populations que des autorités. Selon ATT, ce choix atteste en effet que la Cour Suprême
    du Mali, loin d’être une institution coupée des réalités quotidiennes, reste attentive à l’état général du pays.

    Le civisme, selon le Président de la République, exprime le dévouement à la chose publique et il est "regrettable de constater que cette vertu fondamentale tend dangereusement à devenir une denrée rare dans notre pays". Et pourtant, affirme-t-il, le Civisme n’est pas une notion, ni une réalité nouvelle dans notre pays. Le Civisme est et demeure, encore aujourd’hui pour notre pays et ses dirigeants, la mère des Vertus républicaines. Dans l’entendement du Président de la République, "le Civisme est d’abord la conscience de l’existence d’un espace public qu’il faut préserver pour le bien de tous à travers le comportement individuel de chacun". Le Chef de l’Etat a tenu cependant à distinguer cette notion et il ne pas confondre Vertu Privée et Vertu Publique. Sursaut éthique "L’incivisme, selon lui, se manifeste de nos jours sous des formes diverses, à des degrés de gravité différents, au point que certains actes d’incivisme sont en même temps des infractions pures et simples. C’est le cas par exemple de la ménagère qui jette en pleine rue les ordures, à l’automobiliste distrait qui roule en sens interdit en passant par le citoyen qui oublie de payer ses impôts, le fonctionnaire qui déserte son lieu de travail pour des raisons non professionnelles, le citoyen qui oublie de participer au vote".

    Tous ces actes ont en commun de saper les fondements même du vouloir vivre en commun qui caractérise les citoyens d’un même pays.
    Et le Président Touré de faire le constat : "la préservation du crédit de l’Etat et celui de la nation nous commandent la mise en oeuvre de tous les leviers pour enrayer ce phénomène pernicieux dont les causes sont connues : la perte de repères culturels, l’affaiblissement progressif des pôles d’autorité traditionnels, le relâchement de l’éducation familiale, la mauvaise compréhension des règles de la démocratie, le déficit de la formation civique des populations et bien d’autres".

    L’incivisme hypothèque le progrès collectif auquel nous aspirons tous et annihile les efforts gigantesques consentis pour cela. En effet, lorsqu’on sait le manque à gagner que cause au trésor public le non paiement des impôts et les passe-droits, "le gâchis que représentent les dépenses électorales faites pour les citoyens qui oublient de voter ou encore le gaspillage financier causé par des agents de services publics qui négligent de débrancher la climatisation ou d’éteindre l’éclairage dans leurs bureaux après les heures de travail, ce gâchis est énorme". Il aurait pu servir à trouver des réponses satisfaisantes aux aspirations du plus grand nombre.

    Au delà des conséquences économiques et financières de l’incivisme, révéla le Président ATT, la plus grande menace qu’il fait peser sur notre pays demeure le risque de dégradation de la paix sociale. En effet, ajouta-t-il, "lorsque l’incivisme se cristallise et se développe impurement dans la société, il génère les frustrations et le pessimisme voire le sentiment de révolte des honnêtes gens travailleurs, des citoyens responsables, soucieux du devenir harmonieux de leur collectivité". ATT dira qu’il demeure convaincu que l’incivisme constitue véritablement un terrible frein à l’épanouissement de la collectivité et à la paix sociale parce qu’il est synonyme de désordre. La seule solution qui vaille, selon lui, c’est de renforcer notre dynamique dans le cadre d’un vrai sursaut éthique et moral de tous nos compatriotes. Il exhortera la justice à jouer sa partition en faveur de scrutins apaisés.
    Nous reviendrons dans nos prochains parutions sur les discours de la présidente de la Cour suprême, du procureur général près la cour Suprême ainsi que du Bâtonnier de l’ordre des avocats.

    Birama Fall

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