Yacouba Diarra alias Kays du journal « Les Echos » : Un caricaturiste au parcours atypique

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    Le Mali est un pays où la caricature dans la presse n’est pas très développée. Parmi les quelques artistes téméraires qui la pratiquent figurent Yacouba Diarra connu sous la signature de Kays. Pionnier dans le domaine, Kays laisse son empreinte sur les articles de la Coopérative Culturelle Jamana, notamment "Les Echos " depuis plus de 20 ans.

     Autodidacte, Kays s’est fait une place de par son courage, son calme et son abnégation dans le paysage médiatique notamment en matière de caricature.

    Âgé de 64 ans, l’homme qu’on appelle affectueusement Kays pour son sens élevé de la justice, (Kays est un grand justicier dans un film policier), est arrivé à Jamana par l’intermédiaire de l’ex-président de la République, Alpha Oumar Konaré, qu’il a connu quand celui-ci était ministre de la Culture. "A l’époque, je partais le voir pour lui montrer mes  caricatures" témoigne-t-il. Entre temps, Yacouba Diarra alias Kays est allé en Côte d’Ivoire où il travaillait au compte de la Société " Ivoire immédiat ". Engagé dans cette entreprise pour faire des dessins sur les bus de transport, Yacouba va faire la connaissance d’un Français du nom de Gérald Gaultier, avec qui il liera une amitié sincère et désintéressée. "Il m’a proposé de venir en France. Et c’est dans une université des beaux arts que j’ai  rencontré beaucoup d’artistes dessinateurs et caricaturistes" avoue-t-il.

    L’amour pour la caricature, il l’aura grâce à ses lectures des bandes dessinées.

    C’est à la suite de cet exercice qu’il a eu cette vocation. Depuis, il ne vit que de son art, malgré les difficultés qu’il rencontre. " Quand  le journal «Les Echos» était à Ouolofobougou sous le régime dictatorial et du fait que mes caricatures ne plaisaient pas à certains dignitaires du régime, on avait mis des gendarmes habillés en civil à mes trousses. Avec l’aide de mes collègues, particulièrement Abdoulaye Barry, j’ai pu échapper à toutes les fois qu’on a voulu m’arrêter " se souvient-il.

    C’est ainsi que Kays a pris l’habitude de travailler à la maison, en envoyant ses caricatures  en qualité de collaborateur extérieur, jusqu’aux évènements de mars 1991 où il a de nouveau repris le chemin du bureau. "C’est d’ailleurs, sous le régime dictatorial que ses caricatures sur les hommes politiques faisaient fureur, les gens se marraient beaucoup avec ça " témoigne un de ses collègues. D’ailleurs, cette époque constitue ses plus grands  succès du métier.

    Surdoué dans la décoration et le dessin, Yacouba Diarra n’avait besoin que d’un diplôme. "Il savait déjà tout ce qu’on dispensait dans cette université, mais il fallait rester pour obtenir un diplôme" témoigne un de ses amis. Il est ainsi resté en France de 1980 à 1984.

     A son retour, il a été sollicité par feu Abdoulaye Barry et Alpha Oumar Konaré à accompagner, pour les besoins de dessins, dans la revue Jamana  qu’ils venaient de créer et qui était à son deuxième numéro.  "C’était avant Les Echos " dit-il. Et d’ajouter " c’est comme ça que je me suis retrouvé dans la presse ".

     Calligraphe,  décorateur, dessinateur de bandes dessinées et illustrateur de contes pour les auteurs, Kays, aux doigts de fée, a loué ses services à la Coopérative Jamana et a participé à la promotion du magazine des jeunes "Grin- Grin"  et aux " Echos " hebdomadaire qui s’est, par la suite, transformé  en quotidien.

    Rappelons que Kays a eu une enfance troublante qui, à ses dires, l’effraie toujours. N’ayant pas connu son père, il a été élevé dans une grande famille où le chef de famille avait quatre épouses et beaucoup d’enfants. C’était la  maison de son grand père.

    Dans cette grande famille, il en a vu de toutes les couleurs. Enfant, il n’avait pas la possibilité de continuer l’école qu’il avait commencée à la Poudrière. C’est là d’ailleurs, qu’il a rencontré le rossignol de la musique malienne, Salif  Kéïta. Très tôt, à 16 ans, il quitte la maison de son grand-père,  puisque la tension devenait insupportable, au profit de la rue. Errant de famille en famille pour dormir et manger avec des amis avant d’être hébergé par une famille Diarra à Bolibana où il avait lié amitié  pour avoir été ami avec un garçon de cette famille.

    Suite à toutes ces difficultés de la vie, Kays est resté longtemps dans le célibat. Aujourd’hui, l’homme est marié et père d’un garçon âgé de 14 ans.

      Fatoumata Mah Thiam KONE

     

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