Rocambolesque Affaire de Fétiche à la Police du 3ème Arrondissement : Quand le «n’gondron ni sanè» s’en mêle

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Ô chers lecteurs ! Vous êtes certainement habitués à ces histoires de vols de motos, de moutons, de véhicules ;  à ces trafiquants de drogues ;  aux cas d’escroquerie et d’abus de confiance, de viol, etc. Mais, aujourd’hui,  il n’est nullement question de tout cela, mais d’une rocambolesque affaire de vol de fétiche ou « boli», plus précisément de « n’gondron ». Le fétiche le plus redoutable chez les bambaras resté toujours païens.  rn

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Bourama Koumaré et Issa Djourté sont deux amis de longue date habitant à Korofina Sud à Bambiabougou. Mais le «n’gondron» semble avoir fait son effet. Ils ne parlent plus le même langage. Le premier soupçonne le second d’avoir volé son fétiche et refuse de le lui rendre. L’accusé nie tous les faits qui lui sont reprochés. Ils ont décidé de se retrouver devant l’Inspecteur Principal Papa Mamby Keïta de la Brigade de Recherche du Commissariat du 3ème Arrondissement. Beaucoup de personnes n’aimeraient pas être à la place de celui surnommé l’Epervier du Mandé aujourd’hui. 

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Le sieur Bourama Koumaré jure la main sur…, « n’gondron » que son désormais ex-ami, Djourté, est son voleur. Le fétiche vieux de plus de 200 ans selon ses explications, est un patrimoine familial que lui aurait légué feu son père avant de mourir. Le fils aurait perpétué la tradition. Et chemin faisant, lui, à son tour, a décidé d’initier son ami Djourté au langage ésotérique permettant d’approcher et d’utiliser le totem en question. Ce dernier, M Djourté aurait donc profité de son absence une nuit, pour s’accaparer de l’objet. Faux, rétorque l’accusé ! « Tu n’as jamais possédé de «n’gondron». Moi, j’en possédait bien avant que nos destins se croisent ».

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Afin de montrer ou plutôt  de démontrer la preuve de leur déclaration, chacun des protagonistes fit, séance tenante des incantations et demanda aux autres fétiches (amenés au Commissariat pour les besoins d’enquête) de se manifester. Au fil des incantations, les objets se muaient comme animés d’une vie. Tantôt, ce sont les offrandes, des morceaux de colas, qui roulaient sur elles mêmes et, comme attirés par un aimant, venaient se coller aux fétiches. En somme, selon leur croyance et le verdict des fétiches, les deux protagonistes avaient tous deux raisons. Mais nous sommes dans un commissariat. Le législateur n’a prévu de telles pratiques pour la manifestation de la vérité.

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En matière de sorcellerie et d’occultisme, la loi malienne ne retient qu’un éventuel trouble à l’ordre public. Tel n’est pas le cas ici. Il s’agit de vol mais quel vol !  Pas question de prendre la pièce à conviction pour l’examiner de très près. Notre cher Inspecteur est bien contraint de se débrouiller autrement. Dans son Mandé natal, il en a vu et entendu, mais lui préfère se confier à Dieu. Alors on attend les témoins. Ces derniers ne se sont pas encore présentés. L’affaire reste donc pendante pour l’instant, au niveau du Commissariat. En hommes avertis, les policiers ont préféré mettre les fétiches loin de leurs bureaux. Ce «boli» a la particularité de ne pouvoir être enfermé dans la même habitation avec les humains.Il doit être regulièrment arrosé du sang d’animaux comme le chien, le bouc… Avec le sang poulet, il ne donne pas de grands résultat. C’est le bouc qui est recommandée. C’est bien pour toutes ces raison qu’il est gardé quelque part au milieu des champs à bambiabougou.

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Le fetiche en question est redoutable. Selon la première conclusion de l’enquête désormais ouverte, l’objet appartient bien à la lignée des Koumaré dans le village de Nonkon Boulouma, un village situé à une centaine de kilomètres de la capitale dans le cercle de Kolokani. Il s’agit d’un village exclusivement DIARRA, donc des Bambaras du Bélédougou. Et comme le veut l’usage dans ce milieu, la garde de la tradition (totem, fétiche, etc) revient aux Forgérons réprésentés ici par les «Koumaré». Vu sous cet angle, Bourama Koumaré a donc bien raison de réclamer la paternité de l’objet. selon des informations déjà disponibles, c’est ainsi qu’à la mort du patriache (Koumaré) et avec la modernité, l’objet de culte a été abandonné. Pour se venger de cette négligence, le «boli» aurait commencé à provoquer des malheurs dans le village. Des morts mystérieuses, des disparutions, des accidents inexpliqués… au point qu’on organisa un conseil de village pour consulter les oracles et connaître les raisons de cette infortune. Le verdict tomba: c’était le fétiche qui ne supportait d’être abandonné.

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Le Conseil de Village décida alors de faire chercher et retrouver le descendant des Koumaré pour le lui confier car, c’est lui et lui seul qui connaissait le langage incantatoire susceptibles de contenir le mal. Bourama Koumaré accepta donc. Du village, il ramena le «boli» à Bamako à Korofina Sud où il habite non loin des espaces SOTERCO. C’est là qu’il connut Issa Djourté avec lequel il se lia d’amitié. Ce dernier l’apercevait et l’entendait regulièrement adorer le totem. Il sut tout. Desormais dans le secret, il aurait donc profité d’un moment d’inattention pour chiper l’objet. Mais  Koumaré sut que nul n’osait et ne pouvait commettre un tel acte si ce n’était cet ami qui savait désormais comment se comporter avec. Le petit fils Koumaré aurait été reveillé dans son sommeil par le fétiche qui lui reclamait de le retrouver et de l’adorer. Il ménacerait de le tuer lui et Issa Djourté lui-même, accusé de vol. Mais ce dernier nie les faits.

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Ceci est donc un appel à témoin : toutes personnes qui en sauraient juste un bout sur cette affaire est priée de se présenter à l’Inspecteur Principal Papa Mamby Keïta lequel ne serait pas mécontent de se débarrasser de ce dossier plutôt encombrant… A suivre quand même !

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B.S. Diarra

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