Adame Ba Konaré: «Diviser pour régner, pierre angulaire de la politique coloniale française»

28 Déc 2018 - 07:08
Mis à jour: 8 ans
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Adame Ba Konaré: «Diviser pour régner, pierre angulaire de la politique coloniale française»
Adame Ba Konaré, l’invitée de marque au 25ème anniversaire de l’Adema
Une rue porte son nom à Paris, mais il est tombé dans l’oubli... Ferdinand Duranton est un explorateur français du début du XIXe siècle. Aujourd’hui, la grande historienne malienne Adame Ba Konaré, qui est l’épouse de l’ancien président Alpha Oumar Konaré, décide, comme elle le dit joliment, de « faire sortir Duranton de la crypte où il a été enfermé ». Chez Présence africaine, elle publie Le griot m’a raconté... Ferdinand Duranton, le Prince français du Khasso. Pourquoi cet intérêt pour un précurseur du colonialisme ? En ligne de Bamako, l’ancienne Première dame du Mali répond aux questions de Christophe Boisbouvier. Rfi : Adame Ba Konaré, pourquoi vous intéressez-vous à un explorateur qui a ouvert la voie à la colonisation française ? Adame Ba Konaré : En fait, je travaillais sur mon Dictionnaire des Femmes célèbres et je suis tombée sur cette Sadioba Diallo, qui aurait épousé un Français en 1825. Donc j’ai cherché à savoir qui était ce Ferdinand Duranton dans le Haut-Sénégal. C’est comme cela que je suis tombée sur ce personnage explorateur, aventurier. Et pourquoi vous intéressez-vous à ce personnage ? Peut-être parce qu’il a épousé la fille du roi du Khasso, cette région qui est aujourd’hui dans l’ouest du Mali ? Oui, tout à fait. Parce qu’il a épousé la fille du roi du Khasso, Sadioba Diallo. Il se trouve aussi que ma belle-mère, c’est-à-dire la mère du président Konaré, descend directement de ce roi, donc l’histoire devenait un peu une histoire familiale. Mais, très rapidement, le personnage de Duranton lui-même a pris le pas sur la figure de Sadioba à cause de tout ce qu’il a eu à faire dans la sous-région. C’était vraiment un personnage très, très intéressant pour l’historienne que je suis. Mais à priori, un explorateur français qui ouvre la voie aux futurs colonisateurs français, à commencer par le général Faidherbe, cela ne devrait pas être quelqu’un de très sympathique pour vous. Oui, c’est cela. Mais il est intéressant pour l’historienne, parce que c’est vraiment le concepteur de l’interventionnisme militaire colonial et postcolonial français. Vous savez, à cette époque, quand il est arrivé, ses chefs lui disaient : « Nous n’avons pas à nous mêler des guerres intestines africaines. Laissons ces roitelets s’entredévorer entre eux-mêmes. Nous, nous n’avons qu’un seul objectif, c’est le commerce ». A l’époque, il s’agissait du commerce de la gomme sur fond de rivalités entre l’Angleterre et la France. Les Anglais étaient établis sur la côte de la Gambie, donc il fallait sauver le commerce. Pour eux, il n’était pas question d’intervenir. Mais Duranton a dit : « Non, au contraire. Il faut aider les chefs les plus intéressants ». C’est à dire abattre les chefs belliqueux au profit de ceux dont la cause paraissait la plus avantageuse aux intérêts français. Donc il est également le père concepteur de ce devoir d’ingérence, qui est à l’ordre du jour, et du « diviser pour régner ». Diviser pour mieux régner ou diviser pour régner tout court, cela va être la pierre angulaire de la politique coloniale française. Donc Duranton est vraiment au commencement de tout, sans compter que c’est lui qui va négocier l’édification du fort de Médine, qui va être un point stratégique également de l’avancée coloniale dans ces régions-là. Dans votre démarche d’historienne, Adame Ba Konaré, vous passez par un griot de Médine, cette ville historique près de Kayes, dans l’ouest du Mali. Un griot qui raconte l’histoire de cet explorateur français, grâce au récit que se sont transmis ses aïeuls griots depuis cinq générations. Oui. En fait j’ai mis les propos dans la bouche du griot. C’est un clin d’œil à la tradition griotique. J’ai voulu remettre à l’honneur l’une des sources essentielles de l’histoire du Mali, que j’ai moi-même abondamment utilisée au cours de mes travaux de recherche. Cette source-là était délaissée et même méprisée au profit des sources écrites. Donc, dans les années 1960-70, c’est à cette époque-là que la tradition orale, de façon étendue et élargie, et la tradition des griots ont gagné leurs lettres de noblesse. J’ai ressenti un besoin presque militant de valoriser l’histoire africaine avec toutes ses sources d’information. C’est un clin d’œil, en fait, en direction de la tradition des griots, qui est une source incontournable de notre histoire. Mais ce n’est pas cette tradition figée, comme on le pense, ce n’est pas un griot dont le savoir est basé sur la récitation, la mémorisation, dont le savoir est transmis de génération en génération, de bouche à oreille, etc. En fait, le griot donne à son récit un caractère actuel. Plus qu’un clin d’œil, c’est un hommage à tous ces griots africains qui sont les détenteurs de la tradition orale et qui luttent, dites-vous, contre la dictature de l’écrit. Oui. C’est un hommage, mais en même temps c’est une façon, aussi, de comprendre le discours du griot, qui n’est pas un discours figé, mais un discours qui joue une fonction sociale précise et qui fait des clins d’œil au présent. C’est à dire que les anciens ne sont intéressants que dans la mesure où ils peuvent servir d’exemples aux générations qui vivent. Donc ça, c’est une dimension qui n’avait pas été suffisamment prise en charge, parce qu’on s’est dit que c’est un savoir qui se transmet, comme si le griot était un robot qui recevait un enseignement qu’il transmettait comme un facteur. Mais, au contraire, le griot élabore son discours. Il le repense, il le reconstruit… C’est un homme moderne, donc il tient compte de son environnement matériel. Idéologique aussi. Il est au courant de tout ce qui se passe. Il est au courant de l’actualité. Il ne se contente pas seulement de transmettre de façon mécanique le savoir qu’il a reçu de son père, de son grand-père, de ses ancêtres. Et du coup, est- ce que cette tradition griotique peut être considérée quand même comme un outil de connaissance au même titre que les archives, par exemple ? Mais bien sûr. Il faut appliquer les méthodes d’analyse, pour qu’on piste la vérité jusqu’à s’approcher, quand même, du seuil de vérité qui est un critère essentiel pour l’historien. On ne prend pas ces traditions pour de l’argent comptant. On applique là-dessus les mêmes règles d’analyse qu’avec les autres sources documentaires de l’historien. Vous avez cette belle phrase : « Comme la queue de l’oiseau, le griot prend la direction du vent». Et vous ajoutez : « Le griot moderne se recycle auprès de ses clients, il participe aux jeux de rivalités entre les hommes politiques, notamment pendant les campagnes électorales ». Est-ce que le griot moderne n’est pas en train de dévoyer la fonction traditionnelle du griot ? Il ne dévoie pas, mais il est associé au pouvoir d’abord. Il ne faut pas l’oublier. Il vit de ses services aussi. Il est rémunéré pour sa fonction. Donc, là où il sent qu’il y a de l’argent - je n’hésite pas à le dire - évidemment, le griot se dirige dans cette direction-là. Fondamentalement, la tradition du griot est rattachée à une institution bien précise qui est le pouvoir. ......lire la suite sur rfi.fr

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Commentaires (14)

User
Kinguiranke
Kinguiranke 8 ans
Il faut parler de son histoire pour ne pas l'oublier mais il ne faut pas vivre de son histoire. Apres 60 annees d'independance si nous sommes par derriere, demandons-nous les raisons, osons nous regarder dans le mirroir afin de reconnaitre ce que nous avons fait pour rester par derriere et ne pas pointer le doigt ailleurs. Le seul peuple qui vit foncierement de son histoire c'est Haiti et si nous suivons Mme Konare notre avenir ce sera Haiti.
Moudjahidine
Moudjahidine 8 ans
Attention René Caille est mort chez lui à la Gripperie Saint Symphorien en France en 1838 à la suite d’une maladie à l’age de 38 ans,il était marié père de 4 enfants
Moudjahidine
Moudjahidine 8 ans
Attention René Caille est mort chez lui à la Gripperie Saint Symphorien en France en 1828 à la suite d’une maladie à l’age de 35ans
Mac
Mac 8 ans
Effectivement, on doit maintenant cesser de s'en prendre aux blancs car, les responsables de nos maux ce sont nos dirigeants assoiffés d'argent, incapables d'être cohérent dans leur politique.
Kankan
Kankan 8 ans
comrades communique from Julu Mandingo to Julu Ubuntu. Now that what we believed about Europe in narrow scope have been revealed by singling out France I will give you my nutshell value plus what you must do to make our union work as it have done in past. Well as saying go for Ubuntu "I level playing field". Meaning with my hunt would would you you speech cover no other race of people are able to interrogate you plus you not able to interrogate them. With playing field in that aspect being leveled you must acquire all useful knowledge possible on all modern day essentials of living plus development of future living condition. It once made us greatest community in world to do so. So great they wrote us out of history but we are on our way back but must move faster if we are going to do what we best do. Thereof we must discern timely best use of that knowledge plus abilities it give us plus will give us with greater development. Ubuntu need engineers(bilogical, mechanical, industrial etc.) of all types by millions. With these engineers we will quickly develop all aspects of living in Ubuntu community. If we stay focus plus dedicated to ultimate goal(s) it will be as easy as set forth here. Are you ready? Very much sincere, Henry Author(people of books) Price Jr. aka Obediah Ubuntu IL-Khan aka Kankan aka Gue. translationbuddy.com
LOL
LOL 8 ans
Kankan- I'm confused by all you're saying, meaning that you're not talking about the subject matter spoken about in this text. Besides, most readers do not speak English here on this platform and if they did, they may not understand some of your statements because you may come across as ambiguous - sometimes vague or miss completely the subject matter being debated. Maybe it is time to use Google Translate to translate your sentences in French before you can post them, I'm sure that will benefit the audience that is predominantly Francophone - Am I making sense? Please do us that favor because English that seems to be your cup of tea isn't working well for you or I should say for us. No disrespect but it is annoying at times to see you responding in English, when the written article was in French and the audience if French speaking as well, unless you're another audience other than the one that is concerned here. Very respectfully and happy new year brotha !!
GU€RRLAIN
GU€RRLAIN 7 ans
"La colonisation, c’est fini depuis 60 ans. Parlez nous d’autres choses." Ça c'est ce que prétendent ces CrapulAtlantistes, comme si d'un geste, ces colonialistes Atlantistes voudraient nous faire oublier les stigmates indélébiles qui ont énormément de cicatrices et pourtant la tournée de Macron en Cote d'Ivoire puis au Niger est là pour nous montrer l'inverse, la présence de cette France indésirable ! Qui nous ont longtemps causé du tord et misère! La France dans tout ça, attise et répand les guerres pour ensuite vendre ses armes de mort et de destruction massive! 20minutes.fr/monde/2560907-20190710-libye-missiles-decouverts-base-pro-haftar-appartiennent-france lemonde.fr/afrique/article/2019/11/18/au-senegal-edouard-philippe-rend-un-sabre-et-vend-des-missiles_6019648_3212.html Armes dont le Qatar se fait le revendeur pour refourguer en fait du matos de mort français ou Atlantistes ou autres https://www.maliweb.net/insecurite/le-qatar-livre-24-vehicules-blindes-au-mali-2794665.html
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