Panafricanisme et Démocratie en Afrique

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Avant d’aborder avec vous chers amis, frères et compatriotes d’Afrique et d’ailleurs ce bref résumé de l’histoire du panafricanisme, et les quelques réflexions que je me suis permis d’émettre, je tiens à vous remercier tous, au sujet de mon dernier article « la France a spolié l’Afrique » pour les nombreux messages (172 en tout) que j’ai reçus, tous, empreints d’amitié, de félicitation, de contribution. Je remercie tous les lecteurs de Maliweb qui m’ont appelé des USA, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, de Hollande, d’Espagne, d’Italie, et d’Afrique.
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rnJe remercie tout particulièrement les historiens et chercheurs d’afrique et d’ailleurs qui ont soutenu et confirmé la véracité des données. Je tiens aussi à rassurer les amis français qui m’ont écrit ou appelé au téléphone, et je leur dis que le peuple français est un grand peuple d’histoire, des droits de l’homme, d’accueil et d’hospitalité. Nous sommes en Afrique très touchés par leur soutien à notre communauté et leur amitié, et nous en sommes reconnaissants, mais la politique d’un gouvernement et ses agissements ne traduit pas très souvent la pensée du peuple ni ses sentiments. 

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Quant à moi, je ne suis qu’un simple fils de ce continent noir. J’ai eu la chance d’acquérir une culture négro africaine avant ma propre culture arabo berbère car chez nous en Afrique, l’enfant appartient à toute la société qui s’occupe de son éducation et le conduit dans la voie du savoir, de la politesse, du respect de l’autre et du goût du travail et de la patience. L’aventure aussi forme et mûrit les hommes.

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Union africaine ou renaissance du panafricanisme

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Le 26 mai 2001 l’union africaine vit le jour à Lusaka en Zambie, pays de Kenneth Kaunda l’un des pionniers du panafricanisme en afrique. Les 36 états qui ont ratifié le document venaient de tourner une page de l’histoire d’Afrique. Il aura fallu 38 ans. A Lusaka les chefs d”État ont choisi le pragmatisme, un fédéralisme à l”européenne car en Afrique subsistent encore des obstacles. Même si la proposition était du colonel Khaddafi, il faut préciser qu’il est allé la chercher à Accra, en réveillant la mémoire de Kuamé NKrumah chantre du panafricanisme et des Etats-Unis d’Afrique depuis 50 ans.

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Etrange destin que celui du panafricanisme : Né aux Etats-Unis, il part de l”Amérique du Nord et des Antilles, traversa l’Europe et perdit pied en Afrique. Il faut rappeler que  les pionniers du panafricanisme furent surtout Maître Sylvester William (originaire de Trinidad) qui, du 23 au 25 juillet, réussit à organiser à Londres la première conférence panafricaine issue de l’ancienne « Associa­tion africaine » au sein de laquelle il militait déjà depuis 1886 et qui regroupait à l’époque le Nigeria, le Gold Coast, la Sierra Leone et la Gambie.  Arriva alors Burghart Du Bois, originaire du Massachusetts, et premier noir admis à Harvard qui fondera en 1905, la fameuse Association américaine pour le progrès des gens de couleur (NAACP).

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Blaise Diagne député du Sénégal et secrétaire d’Etat auprès de Clemenceau le rejoignit et avec lui organisa le premier congrès dit « panafricain » les 19, 20, et 21 février 1919. Une résolution de taille : l’adoption du Code de protec­tion internationale des « indigènes d”Afrique », qui garantirait leur droit à la terre, à l”éducation, au travail libre.

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Les congrès se succèdent alors :  1921 puis 1923 à Paris, Bruxelles, puis Londres ensuite Lisbonne marquant la révélation  de la personnalité noire et son affirmation à travers le droit des Africains à accéder au gouvernement local, ensuite à l”autono­mie municipale. Le 4e congrès est tenu à New York en 1927. Le 5e congrès panafricain, de Manchester en février 1945, sera celui de la vraie liberté de l’homme noir, une liberté décrite par lui-même dans une forme volontariste à la face du monde :  « Nous sommes résolus à être libres… Peuples colonisés et assujettis du monde, unissez-vous ». Le premier manifeste tombe. George Padmore devint le nouveau leader du mouve­ment panafricain.

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 Au cours de ce congrès historique de Manchester apparut un jeune et chétif militant arrivé d’Afrique et déterminé à engager les pays Ouest-africains sur la voie des indépendances et l”unité des territoires d”Afrique de l”Ouest. Ce jeune homme plein d’ambition n’est autre que Kwameh NKrumah premier président du futur Ghana. Il sera par la suite l’un des éléments les plus engagés du mouvement.

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 Les 6e et 7e congrès sont orga­nisés par Nkrumah lui-même et Padmore, en 1953 à Kumasi et en 1958 à Accra ; le 7e congrès prit le nom de première Con­férence des peuples noirs.

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 En pleine tourmente des indépendances Nkrumah prêche l”unité du continent africain avec un gouvernement central africain, et l’élimination des frontières. NKrumah soutient que les différences ethniques, de culture ou de langue ne peuvent constituer des barrières car disait-il «  je suis très impressionné par tout ce que nous avons en commun. Ce n”est pas seulement notre passé colonial ou les buts que nous partageons : cela va beaucoup plus profond. Le mieux est de dire que j”ai le sentiment de notre unité en tant qu”Africains ».  En Avril 1958 toujours à Accra, le Maroc, la Tunisie l’Egypte, la Libye, le Soudan et l’Ethiopie s’engagent à poursuivre une politique africaine commune.

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Ces pays dits «  États  progressistes » seront rejoints par la Guinée Conakry, le Mali et l’Algérie  au sommet de Casablanca au Maroc, du 3 au 7 janvier 1961. Ils élaborent alors une charte politique.

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Cinq mois plus tard, exactement les 8, 9, 10, 11 et 12 mai 1961 une vingtaine d’Etats africains réunis à Monrovia retiennent le principe d’une organisation commune d’Afrique et de Madagascar qui défend la thèse de la simple coopération inter-étatiques  avec pour objectif de contrecarrer l’ambitieuse vision des Etats-Unis d’Afrique.

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Les Etats unis d’Afrique latine virent le jour sous la direction du centrafricain Boganda

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Les Etats-Unis d’Afrique centrale dirigée par Filbert Youlou se manifestent à leur tour et l’éclatement de la fédération du Mali mit fin au rêve d’union politique. Une puissance étrangère était passée par là …

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Senghor, dans son essai Nations et voie africaine du socialisme, constata que « l”unité africaine n”est pas pour demain ». L’histoire lui donnera raison.

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 En 1963, la Charte d”Addis-Abeba, fondatrice de l’OUA, opte pour la défense de la souveraineté des États, leur intégrité territoriale et leur indépendance. Le principe de la non-ingérence dans les affaires internes des États  et le  droit inaliénable de chaque État à disposer d’une existence indépendante acheva de cloisonner les Etats d’Afrique. Ce fut la naissance d’une organisation qui s’érigera plus tard en un syndicat de roitelets au service d’étranges puissances étrangères, mais plus que jamais présentes sur le sol africain.

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Les frontières  tracées par le colonisateur feront fi de la  configuration ethnique des peuplements concernés  au profit de la préservation des intérêts des anciennes métropoles. Les conflits éclatent partout avec le soutien des blocs de l’Occident :

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– En 1970 c’est-à-dire en 10 ans  d’indépendance de la majorité des pays africains, il y eut sur le continent africain plus de 30 guerres,  dont la plupart avaient  pour origine des conflits internes. 
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– En 1996, 14 pays d’Afrique ont connu des conflits armés, responsables de plus de la moitié de tous les décès causés par des conflits dans le monde entier et provoquant plus de 8 millions de réfugiés et de personnes déplacées ;
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– EN 1998,  Sur les 6 conflits armés du monde,  5 se déroulaient en Afrique. Seule la guerre du  Kosovo, se passait ailleurs. 

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Dans sa tumultueuse évolution, l’Afrique, elle, connut plusieurs dominations : elle fut vendue à travers l’atlantique par la traite négrière ; elle fut exposée et décapitée à la conférence de Berlin. Elle subit depuis les indépendances, une nouvelle forme d’esclavage voilé, le néocolonialisme.

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Au lendemain des indépendances, elle subira de profondes mutations causées par les orientations des nouvelles politiques des Etats. L’attitude antipathique  des nouveaux dirigeants politiques à l’égard des intellectuels africains provoquera la dégradation des rapports entre les Etats et les têtes pensantes. Les conséquences furent dramatiques. De multiples paradoxes, de failles énormes d’ambiguïté  et d’incongruité briseront les ardeurs et ralentiront  la marche continentale.
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rnIncapables de renoncer au Pouvoir, les présidents recouraient aux menaces, intimidations arrestations et surtout à l’appareil militaire pour briser les oppositions et consolider leurs pouvoirs. Ils verrouillèrent ainsi tous les mécanismes démocratiques de l’appareil de l’Etat. La suite logique fut la succession de coups d’Etat qui ont secoué l’Afrique au cours de la période 1960-1980 qui va ouvrir le chemin du pouvoir aux officiers militaires et aux régimes totalitaires. Devant la dégradation progressive et irréversible  du continent, les rapports entre intellectuels et militaires se cristallisent. La dictature installe le marasme économique. Les répressions aveugles provoquent les disparitions de grands hommes, d’intellectuels compétents qui finiront leur vie au fond de sinistres bagnes. 

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La corruption, l’aliénation, la perte des valeurs et la déchéance de l’homme provoquée par l’incompétence des militaires à diriger finiront par enfoncer les états africains dans le chaos total à l’entière satisfaction des ennemis de notre continent.

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Le silence coupable de quelques groupes et mouvements sociaux ayant opté pour une forme de cohabitation complaisante  se soldera  par de timides nominations aux postes ministériels ou départementaux enfonçant ces mêmes mouvements passifs dans une forme de chantage toléré.

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Cette situation catastrophique intolérable et désormais insupportable poussera les classes moyennes  abusées outrées à dire Non à la dilapidation, au galvaudage, à la gabegie, au silence complice, à la clochardisation. Elles se soulèveront et subiront les répressions militaires qui vont provoqué  dans certains pays africains la mort de centaines de milliers de victimes. L’action pour le changement est engagée. Elle ne s’arrêtera plus. Le processus  devient irréversible. Dans les années 1990, les mouvements associatifs mèneront les marches de protestation. Les soulèvements populaires, des classes syndicales et estudiantines  vont sécouer les piliers de l’arbitraire et terrasser les régimes dictatoriaux. Les luttes pour la démocratie, la vraie, venaient de prendre forme.

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Après l’euphorie des premières années du multipartisme et des libertés individuelles et collectives, les peuples d’Afrique  auront vite fait de déchanter.

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Le détournement du processus démocratique a relancé de plus belle le pillage des deniers publics, la culture de l’arbitraire, la corruption généralisée et l’anarchie. Les élections truquées, le bourrage des urnes, la prise en otage de l’appareil judiciaire assurent aux présidents une assise solide sous le manteau d’une hypothétique démocratie érigée sur la corruption, l’achat des voix et des consciences, les situations conflictuelles, la perte des droits universitaires. La fuite désespérée des cerveaux, puis celle des bras valides ouvre les voies de l’émigration vers l’Europe et les USA.
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rnL’intimidation politique, la diffamation des responsables politiques intègres, le flottement médiatique et les soubresauts des régimes au pouvoir dévoileront une autre forme d’échec de nos démocraties. Nous la vivons encore en certains endroits du continent… malheureusement.

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Un intellectuel  africain a écrit que la démocratie est « un choix irréversible, mais elle n’est jamais définitivement acquise ».

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Nous sommes persuadés que l’évolution des peuples passe nécessairement  par des évènements mémorables, marquants, historiques. Le développement et sa stabilité politique résulteront  seulement d’une combinaison de la constitution de l’Union africaine, le métissage culturel des peuples africains d’une part, et les choix politiques d’autre part. De la somme de ces deux  forces émergera une réelle intégration politique et économique. Nous en avons les ressources et les compétences.

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Nos responsables politiques doivent  exiger de nos partenaires étrangers  la redéfinition des règles du jeu en commençant par l’instauration d’un  dialogue direct franc d’égal à égal. Les forces en présence reposent sur les arguments économiques et les compétences intellectuelles. Pour ce faire, l’Afrique doit d’abord parler d’une seule voix et se fixer des objectifs clairs précis avec une vision africaine, une démarche africaine non imposée, et des moyens africains. En somme une approche panafricaine, la seule alternative pour un développement harmonieux de notre continent. 

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Ne peut-on pas après une étude des origines du panafricanisme, son parcours et son évolution, nous interroger sur la nécessité d’une relance de ce concept, à l’heure de la mondialisation.

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Ne serait-il pas un idéal unificateur et d’intégration, un facteur de fédération de l’Afrique.

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L’affirmation de l’identité culturelle africaine. Nos valeurs morales et sociales pourraient devenir un facteur d’impulsion. Nous devons  susciter les mutations nécessaires à l’insertion de l’Afrique dans le contexte mondial.

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Nos  chefs d’états doivent exiger une place  au Conseil de Sécurité car l’Afrique représente 53 Etats indépendants. Ils doivent  s’impliquer dans toute décision touchant l’Afrique et émanant d’une institution internationale.

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Il ne s’agira plus pour nous de hocher la tête dans le sens toujours vertical mais apprenons aussi à remuer la tête dans le sens horizontal. Nous ne sommes pas des « béni oui oui ». Apprenons à dire non s’il le faut.

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Occupons notre place dans le concert des Nations et imposons notre présence. Nous avons les moyens de notre politique. 

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Notre  diaspora noire longtemps à l’avant-garde de la lutte pour l’émancipation, l’affirmation identitaire et des valeurs du monde noir mérite toute notre considération. Ne doit-on pas nous interroger sur son sort et lui prévoir un siège au sein de l’union africaine et de nos organisations sous régionales africaines, encourager la contribution des intellectuels de la diaspora aux efforts d’intégration du continent.

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Les compétences des hommes de  la diaspora peuvent contribuer à développer l’Afrique longtemps handicapée par l’insuffisance des connaissances de la technologie, le manque de savoir-faire, le sous-équipement, l’insuffisance de ressources consacrées à la recherche etc..

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Pour un panafricanisme nouveau mariant les réalités socio-culturelles, politiques et identitaires, nous devons créer un environnement favorable à la créativité. Nous devons instaurer un partenariat à partir de nos besoins et objectifs propres, favoriser la mobilité et la circulation des chercheurs à l’échelle africaine, sans tenir compte de leurs nationalités respectives,  protéger les inventions, développer les NTIC et  faciliter aux femmes africaines l’accès aux métiers des sciences.

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Le panafricanisme dans son essence même consiste à restaurer  la conscience et la dignité du peuple noir, son indépendance, son auto-détermination et la fusion du peuple africain et de sa diaspora.

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Le flambeau du panafricanisme brille à travers la renaissance africaine, la consolidation des démocraties et de l’idéal identitaire.

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Quant à la démocratie, elle doit être africaine d’abord. Une démocratie qui n’acceptera pas nos réalités africaines, nos traditions africaines, nos mœurs  africaines ne nous sera d’aucune utilité. Nous n’avons que faire d’une démocratie à l’occidentale qui ne reconnaît pas nos valeurs, l’émotion nègre, les vertus de la tolérance, la sagesse le pardon, l’acceptation de l’autre dans sa diversité en somme, toutes les qualités propres à l’Afrique et aux africains. Nous n’avons que faire d’une démocratie taillée sur mesure et importée, une démocratie qui déteint au bout de quelques années. Nos valeurs africaines seront la sève nourricière de notre démocratie qui bâtira notre liberté et nous propulsera vers le panafricanisme réel.

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Notre engagement dans la lutte pour la démocratie passe nécessairement par l’organisation transparente d’élections libres, l’égalité des chances, le pluralisme politique et la bonne gouvernance. Nous devons combattre les vulnérabilités politiques et sociales. Le jeu démocratique doit être le seul moyen d’accéder au pouvoir. Bâtissons une alternance politique saine, constructive. Bâtissons une Afrique unie réconciliée avec elle-même, une Afrique qui lutte, éduque, forme qui produit et évolue. Les intellectuels doivent se mobiliser et élargir les dimensions de notre démocratie, briser les chaînes du totalitarisme et de l’injustice.

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Luttons pour la prévention des conflits chez nous, pour la promotion des droits de l’homme. Assurons notre autosuffisance et notre souveraineté alimentaire sans lesquelles nous ne serons jamais totalement indépendants et surtout luttons contre les inégalités entre africains et pour la justice sociale. Voila la quintessence  même du panafricanisme.

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Un grand penseur musulman disait « une nation impie peut prospérer mais jamais une nation injuste ».

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Aux jeunes d’Afrique je rappelle ce conseil de notre regretté Daniel Ouézzin Coulibaly  « La lutte sera longue. Les anciens disparaîtront. Mais vous serez là, vous les jeunes, pour poursuivre notre tâche »

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A bon entendeur Salut !

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rnMohamed Ould Sidi Mohamed
rnConsultant Indépendant en développement

rnCommunautaire et Ingénierie sociale

rnNouakchott Mauritanie.

rnTél 00 222 622 31 36   [email protected]

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