Mme la Gouverneure Générale du Canada, hier à l’Assemblée Nationale : «Il n’y a pas de bonne gouvernance sans l’égalité de l’homme et de la femme»

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Accueillie triomphalement à son arrivée à Bamako, mercredi 22 novembre, dans l’après-midi, Mme la Gouverneure Générale du Canada, la Très Honorable Michaëlle Jean a entamé sa visite de cinq jours au Mali (22-27 novembre) par une adresse au peuple malien, à travers son institution de représentation, l’Assemblée nationale. Un discours dense, traversé par l’émotion d’une personne qui retrouve ses racines profondes après plusieurs siècles de séparation, voire de transplantation, mais aussi un discours d’actualité, qui embrasse les différents aspects de la coopération encore jeune (elle date d’une trentaine d’années) mais déjà dynamique et pleine de promesses entre le Canada et le Mali. Dans celle-ci, la femme occupe  une place particulière et c’est la raison pour laquelle Mme Michaëlle Jean lui a réservée une part spéciale dans son allocution suivie avec le plus grand intérêt par tout ce que le Mali compte d’élus nationaux et d’institutionnels. «La voix des femmes compte. Donnez aux femmes les moyens de participer pleinement à la vie de la Cité et vous verrez reculer l’analphabétisme, la pauvreté, la faim. Comment parlez de bonne gouvernance si l’on ne croit pas à l’égalité entre les femmes et les hommes ?» a-t-elle déclaré, sous un tonnerre d’applaudissements.

Arrivée à Bamako, dans l’après-midi du mercredi 22 novembre, la Gouverneure du Canada, la très honorable Michaëlle Jean, a adressé vingt quatre heures après, un message au peuple malien à travers l’Assemblée nationale.

Belle, charmante et éloquente, l’hôte du Mali a été chaleureusement accueillie par les 147 députés de l’hémicycle, avec à leur tête, le président Ibrahim Boubacar Kéïta. C’était en présence du Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, des membres du gouvernement, des ambassadeurs accrédités auprès de notre pays, des hauts gradés de l’armée, de la société civile, des chefs des partis politiques et d’une foule nombreuse.

C’est devant ce beau monde, que la très honorable Michaëlle Jean a pris la parole avec fierté et dignité pour manifester au peuple malien son amitié, son amour, ses encouragements, ses félicitations dans la voie de la démocratisation et du développement du pays.

D’une voix à la fois douce et imposante, elle a commencé son propos en ces termes : «je vous salue et vous remercie chaleureusement de l’honneur que vous me faites en me donnant l’occasion de m’adresser à l’Assemblée nationale du Mali. J’en suis d’autant plus touchée que j’ai appris que Nelson Mandela était le seul autre chef d’Etat à avoir pris la parole en cette auguste enceinte. Nelson Mandela disait justement : Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un de sa liberté. Même captif, même enchaîné, Nelson Mandela n’a jamais cessé d’être un homme libre, libre de toute envie d’opprimer l’autre. En quelques mots, l’homme d’un grand rêve dit ici le véritable fondement de toute démocratie. Or, le lieu où nous nous trouvons aujourd’hui n’est-il pas le cœur battant de la démocratie au Mali ? C’est ici que s’exprime, haut et fort, la voix riche, courageuse et diversifiée du peuple malien. C’est ici que circulent librement des idées porteuses d’espoir pour tant de femmes, d’enfants et d’hommes. Des idées comme celles que vous avez énoncées avec beaucoup de ferveur, monsieur le président, au sujet de votre vision pour le Mali».

La très honorable Michaëlle Jean a, ensuite, réaffirmé sa volonté d’accompagner le Mali dans un esprit de solidarité et de coopération, et par des gestes nombreux de fraternité qui consolident et enrichissent les relations entre le Canada et le Mali.

«Si je suis au Mali, c’est pour être à l’écoute d’un peuple aux racines profondes, un peuple laborieux et discipliné, un peuple riche de toutes ses cultures irriguées par une vingtaine d’ethnies qui ont marqué l’histoire de l’Afrique et qui contribuent d’inestimable façon au patrimoine de l’humanité. Et jamais je n’ai entendu plaidoyer plus percutant en faveur de l’Afrique que dans le film Bamako, du cinéaste Abderrahmane Sissoko, présenté et acclamé il y a quelques semaines au Canada, au festival de Toronto. Le Canada suit attentivement la trajectoire malienne» a-t-elle déclaré. Avant de relever que quinze ans après les évènements du 26 mars 1991, «le Mali est à l’avant-garde du développement démocratique et de la promotion des droits et libertés de la personne sur tout le continent africain. L’expérience malienne retient l’attention du monde entier, à la manière d’une leçon d’un encouragement. Le Canada constate avec admiration la mise en œuvre au Mali de plusieurs initiatives fructueuses». Au nombre de cellesci, l’oratrice a cité, entre autres, l’établissement d’un Bureau de Vérificateur Général indépendant, les efforts déployés pour assurer une meilleure gouvernance, la réforme de la justice (PRODEJ).

«Bien sûr, il reste des défis de taille à relever, mais votre volonté très nette de ne pas bifurquer du chemin du progrès et celle de rester en mouvement vers plus de libertés et de justice pour votre peuple vous honorent. Le Canada continuera de vous épauler dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la sécurité alimentaire ou de la lutte contre la corruption» a promis la très honorable Michaëlle Jean.

Abordant l’aide au développement du Canada, elle a laissé entendre que depuis cet été, le Directeur de la coopération est basé à Bamako, et non au Canada, comme c’était le cas auparavant. Elle a également dévoilé l’intention de son pays qui consiste à s’approcher de ses partenaires, mieux cerner ainsi les réalités, les défis et les solutions à la portée des Maliennes et des Maliens. Ce qui lui a fait penser à cette citation de Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies qui parle de l’importance de «chercher des solutions africaines aux problèmes du continent». C’est une vue que le Canada partage entièrement à en croire l’illustre hôte du Mali.

En outre, elle a fait un vibrant plaidoyer pour l’émancipation de la femme : «j’ai à cœur, le Canada a à cœur l’accès des filles et des femmes aux droits les plus fondamentaux : le droit à la santé, le droit à l’éducation, le droit au respect de leur intégrité physique et de leur dignité. De même que l’accès à toutes les sphères d’activités de la société, y compris les postes décisionnels». Avec conviction et éloquence, elle a martelé que : «la voix des femmes compte. Donnez aux femmes les moyens de participer pleinement à la vie de la cité et vous verrez reculer l’analphabétisme, la pauvreté, la faim. Dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud les femmes ne perdent jamais de vue l’humanisation de l’humanité. Comment parler de bonne gouvernance si l’on ne croit pas à l’égalité entre les hommes et les femmes ? Je sais que les Maliennes et Maliens ont élaboré, il y a quelques années, un code de la famille qui vise la pleine reconnaissance des droits des femmes. Aucune société ne peut se bâtir sur l’exclusion, je vous félicite pour avoir opté pour l’ouverture et l’équité. Soyez assurés de la collaboration du Canada dans cette démarche».

Par ailleurs, elle s’est montrée opposée aux mutilations génitales féminines et a salué l’engagement de la première dame du Mali dans cette voie. De même, elle se rejouit de l’organisation de la conférence que le gouvernement malien s’apprête à organiser en février prochain, avec l’appui de la coopération canadienne, sur les mutilations génitales féminines. Un vrai signe d’espoir pour l’abolition de ces pratiques néfastes.

Enfin, elle a promis d’accorder une attention particulière, comme elle le fais au Canada, à l’enfance et à la jeunesse.

Auparavant, le président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar Kéïta, avait prononcé un discours aussi dense que celui de son hôte. Il a rappelé l’exemplarité de la coopération canadienne et les vieilles civilisations qui ont façonné l’humanisme fécond de notre pays. IBK a également relevé l’exceptionnelle transparence de la gouvernance au Canada et le rôle combien important et significatif que ce pays joue dans le maintien de la paix dans le monde, singulièrement en Afrique.

Parlant de la très honorable Michaëlle Jean, le chef du parlement l’ a couverte d’éloges : «Madame, à vous seule, vous êtes une sorte d’apax, d’espèce nouvelle et rare, mais ô combien réconfortante d’espérance en l’humanité. Immigrée ayant réussi sa totale immersion, vous ne vous êtes pas détournée avec mépris et dédain hautain de vous-même…Plût au ciel, Madame que tous les Comtes, Vicomtes, Ducs, Marquis et Lords qui vous ont précédé en cette haute charge, eussent tous, les immenses qualités et le talent de la très grande dame que vous êtes ! D’être femme ne suffit toujours pas pour être appelé à un destin hors pair mais être femme et noire ne suffit plus pour en être écarté quand le talent et la compétence se conjuguent avec un rare bonheur, dans un pays où le racisme n’a décidément pas droit de cité. Quel bel exemple ainsi offert au monde».

Enfin, le président de l’Assemblée nationale, lui a dit que ses deux patries (Haïti et le Canada) n’en forment finalement qu’une, «l’humanité».

Chahana TAKIOU

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