Double “Je” de ATT

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Pour la deuxième fois, le Président de la République a présidé le 8 mars dernier les festivités de la journée internationale de la Femme. Rien n’était trop beau pour le plaisir de ATT qui, selon les femmes elles-mêmes, est le seul Président du Mali à laisser ses occupations pour venir présider leurs manifestations. Ce qui mérite bien entendu tous les excès. Les animateurs, les maîtres de cérémonies, l’ensemble instrumental, tout le monde y est allé de son petit grain de sel pour magnifier ATT qui trônait aux côtés du Premier ministre et de son épouse élevée pour l’occasion au rang d’institution de la République. Mais fort heureusement, la lucidité n’avait pas quitté les lieux.
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En effet, la représentante de la CAFO Mme Nana Aïcha Cissé et la porte –parole du cadre de concertaton des femmes des partis politiques Mme Mariko Korotoumou Théra ont rappelé quelques vérités. La première a insisté sur la sous représentativité des femmes dans les rouages de décisions : « 5 ministres du 27 ; 14 députés sur 147 ; 7 maires sur 703 ; 418 conseillères municipales sur 10.505 ; un préfet sur 49 ; aucun gouverneur ; aucun secrétaire général ; deux chefs de cabinet sur la trentaine ». Elle a également souhaité que le Code de la famille sorte des tiroirs dans lesquels il est séquestré depuis quelques années. La seconde a mis le doigt le manque de volonté politique  pour favoriser l’émergence des femmes.

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Comme il sait le faire souvent, ATT s’est comporté comme si ce n’est pas lui qui dirige le pays depuis 5 ans. Pour la sous représentativité des femmes dans les cabinets, il a complètement botté en touche. « Je prends un exemple parmi tant d’autre, commença-t-il. Si on faisait des quotas dans les cabinets pour faire de la place aux femmes… » et blablabla. Le Président attend la fin de son mandat pour parler de quota qu’on pourrait imposer dans la constitution des cabinets ministériels par exemple. Avec tous les pouvoirs qu’il a cumulés, avec des ministres qui s’aplatissent devant lui et qui ne nomment personne dans leur cabinet sans l’informer ou sans prendre son avis, il avait tout pouvoir pour permettre aux femmes d’être dans les cabinets s’il le voulait sincèrement. Personnellement, il aurait pu donner l’exemple. Aucune femme n’occupe un poste « prestigieux » dans son entourage : secrétaire général, secrétaire général adjoint, chef de cabinet, chef de cabinet adjoint (poste qu’il a créé de toutes pièces pour contenir l’appétit d’un ami et frère), directeur administratif et financier, conseiller diplomatique, conseiller économique etc.

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Au niveau des ambassades, rares sont les femmes qui jouent les premiers rôles. Or ces domaines là sont sa chasse gardée. Il est à son honneur qu’il ait nommé la seule « préfète » sur les 49. Mais il aurait pu dépasser le symbolisme et nommer d’autorité plus de femmes à ces postes de commandements. Cela aurait pu non seulement assurer une plus grande visibilité aux femmes mais cela aurait sans doute pu contribuer à mieux asseoir l’image de la femme dans une société malienne très conservatrice. Et il y a fort à parier que son exemple aurait été suivi par les autres membres du gouvernement parce que comme on le dit les pintades regardent la nuque de celle qui les précède. Les femmes ne sont pas dupes et malgré le ton humouristique utilisé, la pilule n’est pas passée.

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Pour le code de la famille, ATT n’a pas fait mieux que de promettre que dans les prochaines semaines, il sera déposé à l’Assemblée nationale. Comme s’il ignorait que les femmes savent que les députés sont en fin de mandat et qu’ils ne pourraient plus rien faire avant les élections de juillet prochain. Or, à supposer même que ATT sera réélu, rien ne dit quelle configuration il y aura dans la nouvelle Assemblée et surtout rien ne dit que le code de la famille sera la priorité de son second mandat. Mais en se défaussant sur des députés en congés, ATT essaye de cacher son manque de volonté pour l’adoption de ce code. Il faut rappeler qu’il a trouvé le code relu et corrigé. Il suffisait au pire des cas de proposer une autre relecture parce que c’est un sujet sensible et sur lequel il y avait eu beaucoup d’incompréhensions pour ne pas dire de divergences. Mais sachant le sujet explosif et craignant des débats houleux pouvant l’éclabousser, il a préféré maintenir ce code dans les tiroirs.

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Quant à l’absence de volonté politique pour favoriser l’émergence politique des femmes, il a emboîté le pas à sa ministre chargée de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille: charger les hommes politiques. S’appuyant sur le rejet par l’Assemblée nationale du quota des 30% en faveur des femmes sur les listes électorales, il estime que les hommes politiques n’ont pas suivi le gouvernement. Belle parade pour masquer le fait que l’on veuille prendre les femmes pour des nigaudes. Avant que cette notion de quota ne soit introduite dans la loi électorale, aucun débat sérieux en amont n’a été entrepris avec les partis politiques. Et les initiateurs de la démarche escomptait sur un jour comme le 8 mars, où le Président serait face aux femmes afin qu’il puisse se décharger sur les hommes politiques qui non contents d’être “irresponsables” sont en plus devenus des misogynes.

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Le jeu du Président n’a échappé à aucun observateur. Les cinq ans de son mandat sont peut-être passés rapidement à ses yeux au point de donner l’impression de se comporter comme un spectateur sans prise sur les actes et les actions menés. Quand cela arrange le candidat qu’il est, ATT joue sur le temps qui a pris de court le Président dont la volonté de faire les choses au mieux de tous, des femmes dans le cas du 8 mars, est incontestable. Et quand cela arrange le Président, il met en avant le temps qu’il faudra accordé au candidat pour prouver sa bonne foi et mettre en application sa volonté et ses belles résolutions. C’est cela le double « je ». Le « je » du Président qui n’a pas pu tout faire même quand il le pouvait et le « je » du candidat qui palliera les « oublis » présidentiels.

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Bassaro Touré.

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