Guerre au Moyen-Orient : Quelles répercussions pour les pays de l’AES ?

L’enseignante à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap), Mme Samaké Fatoumata H. Traoré, met en exergue les répercussions éventuelles de cette guerre sur la Confédération des états du Sahel. La directrice du Centre d’études pour l’équité et l’excellence (C2E-Nyetaa) recommande également la solidarité régionale, l’interconnexion électrique et l’industrialisation énergétique pour circonscrire la menace de flambée des prix à la pompe

24 Mars 2026 - 10:25
6
Ecouter cet article
Guerre au Moyen-Orient : Quelles répercussions pour les pays de l’AES ?
00:00
Guerre au Moyen-Orient : Quelles répercussions pour les pays de l’AES ?

Le conflit opposant les États-Unis d’Amérique-Israël et l’Iran entre dans sa quatrième semaine. Selon la directrice du C2E-Nyetaa, si cette guerre venait à s’embraser, le prix du litre de l’essence à la pompe pourrait augmenter forcément en Afrique, et particulièrement dans les pays de l’AES comme on le voit aujourd’hui en Europe. «Alors que le monde observe les tensions dans le détroit d’Ormuz- par où transite un tiers du pétrole mondial-  sommes-nous prêts à payer le prix d’une guerre qui n’est pas la nôtre ?», s’interroge la doctorante Fatoumata H. Traoré. Selon elle, c’est une vulnérabilité qui ne dit pas son nom.

De son point de vue, nos pays sont aujourd'hui dans une situation de dépendance paradoxale. «Le Mali, par exemple, ne produit pas de pétrole et importe l'intégralité de sa consommation», souligne l’universitaire, ajoutant qu’au Niger, c’est le paradoxe de l’abondance. «Malgré des ressources en brut, l’absence de capacités de raffinage locales nous contraint à réimporter nos propres ressources sous forme de carburant à prix d'or», fait remarquer notre interlocutrice. En ce qui concerne le Burkina Faso, renchérit-elle, bien que le pays ait fait des efforts significatifs dans le solaire, il reste dépendant des importations pour environ 40% à 50% de son électricité, notamment via les interconnexions avec la Côte d'Ivoire et le Ghana.

 


Mme Samaké Fatoumata H. Traoré

 

 La coordinatrice du Réseau stratégique des observateurs (Reso-AES) avertit que la crise énergétique peut se transformer très rapidement en crise alimentaire à cause du coût exorbitant du diesel (faisant fonctionner les matériels agricoles) et des engrais (dérivés du pétrole) qui menace directement la capacité de nos pays à nourrir leurs populations. L’experte en développement et genre poursuit que cette fragilité n'est pas qu'une statistique économique, précisant que c’est une taxe invisible qui pèse sur chaque foyer malien, burkinabè et nigérien. 

«Quand le pétrole flambe, c’est le paysan qui ne peut faire tourner sa motopompe pour irriguer ses champs. C’est le transporteur qui voit ses marges de bénéfices s’évaporer. C’est, enfin, la mère de famille qui doit choisir entre nourrir ses enfants et payer leur scolarité à cause d’une inflation galopante», explique la doctorante. De son analyse, il ressort que le scénario du pire est évitable. «Si les prix du baril venaient à doubler demain, nos budgets nationaux exploseraient», relève la spécialiste en développement.

TROIS FRONTS- Pourtant, Mme Samaké Fatoumata H. Traoré est persuadée que cette crise peut et doit être le catalyseur de notre transformation. À l’entendre, le Sahel possède l’un des gisements solaires les plus importants au monde. La doctorante se demande pourquoi les États du Sahel continuent à dépendre de cargaisons lointaines pour irriguer nos terres et nourrir nos populations. Alors que la clé de notre indépendance brille au-dessus de nos têtes (le soleil).  

 Pour protéger les populations et garantir notre souveraineté, l’enseignante à la Fsap suggère d’agir sur trois fronts, à savoir la solidarité régionale, l’interconnexion électrique et l’industrialisation énergétique.  Concernant le premier point, la juriste trouve qu’il faut une stratégie commune d'achat et de stockage de sécurité pour tenir au moins trois à six mois en cas de choc majeur. «Cela équivaudrait par exemple pour le Mali d’initier un projet d’installation d’un port sec à la frontière guinéenne pour stocker l’énergie», avance-t-elle comme solution à d’éventuelles crises.  D’après elle, cela permettrait de sécuriser et réduire le trajet et d’acheminer plus vite et à moindre coût, les convois de carburant. S’agissant de l'interconnexion électrique, Mme Fatoumata H. Traoré conseille d’accélérer la création d'un marché commun de l'énergie (Banque d’énergie sahélienne) pour partager nos surplus et stabiliser nos réseaux. 

Dans ce volet, la coordinatrice du Reso-AES développe que l’AES doit connecter ses réseaux électriques pour créer un marché commun de l’énergie, capable de sécuriser l’approvisionnement et de réduire les délestages. «Aujourd’hui, chaque pays affronte seul ses déficits de production. En interconnectant nos réseaux, l’électricité pourra circuler entre les États selon les besoins et le surplus produit dans un pays pourra immédiatement alimenter un autre en difficulté», explicite l’experte en développement. 

Se prononçant sur l’industrialisation énergétique, notre interlocutrice déclare que le raffinage local au Niger et l’investissement massif dans des centrales solaires de grande échelle (plus de 1.000 MW) ne sont plus des options, mais des impératifs de sécurité nationale. Pour l’enseignante, cela contribuerait à l’accélération du processus de transition énergétique qui consiste à opter définitivement pour l’énergie propre (soleil, vent, gaz, déchets) et exploiter nos propres gisements pour ravitailler nos foyers. Elle recommande par exemple au Mali, une distribution envisageable à large échelle du gaz (cas des réserves de Bourankèbougou) pour ravitailler les familles, accélérer la modernisation et contribuer à la sauvegarde de l’environnement. 

La directrice du C2E-Nyetaa argumente que l’énergie constitue le socle de notre économie, de notre stabilité sociale et de notre souveraineté.  Elle rappelle que les crises de 2008 et de 2022 ont révélé une réalité préoccupante, attestant que nos États restent très vulnérables et disposent de peu de mécanismes pour absorber les chocs énergétiques. À ce propos, Mme Samaké Fatoumata H. Traoré dit sans ambages qu’il devient donc impératif pour les pays de l’AES de passer d’une gestion dans l’urgence à une véritable stratégie d’anticipation. 

Namory KOUYATE

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (8)

User
Coulibaly Yacouba
Coulibaly Yacouba 7 mois
Avec cette guerre insensée et irréfléchie de la part de TRUMP et des américains, le monde sera fortement secoué sans équivoque, il faut que les pays de l'AES se mettent tout de suite en rang serré pour amortir le choc qui s'annonce à l'horizon. Nous sommes entrain de trembler déjà sans risque de nous tromper, les crises successives sont à notre porte et ensemble nous pourrions juguler le mal qui se pointe au bout du tunnel.
Matt
Matt 7 mois
Les prix du carburant en hausse exponentielle. Conséquence: Le JNIM va revoir à la hausse ses conditions pour poursuivre la trêve avec la junta de goita...
Kankan
Kankan 7 mois
We need more ingenuity fit for situation Ms. Traore have given us. It may not be feasible plus affordable solution we seek but, its presence lead to to ultimate best solution under circumstance. I believe we should contribute financially plus as feasible to bringing necessary withal to dramatically increase oil refining in Niger to where it may fully supply African Sahel States (ASS) at affordable costs. please put your corrupt self hate desires away plus fulfill this dynamic need. That refining upgrade is essential to our survival in every way especially security plus timely upgrades in living developments set forth in Ms. Traore article. Once more our failure is result of corruption plus self hate. If self hate did not exist we would not allow corruption to hold like dynamic condition in Ubuntu ASS daily living. I believe we should place more input at developing solar powered rural communities especially where FAMA provide competent security plus prevent infiltration of destructive plus evil terrorists. This would help ease burden of need for gasoline power in some conditions. During ongoing world oil emergency one of biggest criticism of United States have been despite United States oil production being excess what United States uses its gasoline prices have risen excess one dollar per gallon since war of United States plus Israel versus Iran begin. In addition, gasoline prices show signs of it will continue to rise. This is result of insatiable greed of American oil producers. In nutshell under total circumstance considering United States oil production gasoline prices should be stable bearing price it did one month past. ASS do not need like business mindset being it sacrifice upgrading plus maintaining upgrade in living conditions for sake of profit. Unfortunately ASS keep getting self hate plus psychologically enslaved business mindset resulting to mediocre success plus us again falling into cesspool of praising mediocrity of keep us poor. Let us take kick ass mentality of anything that is not right that it is feasible for us to immediately fix. If we do we will progress plus those leaders who hinder our progress will end up with their ass kicked by our leaders who do not hinder process plus citizens that support leaders who do not hinder progress. We must thank Ms. Traore for her comment. Thank you Ms. Traore for your comment. Now it is for government without allowing one cfa of corruption to act on referred too condition. Failure to do so is admission of desire to keep Malians poor plus in line to be first to genocide where wealth will not matter. We are our brothers' keepers. Africa first people of books. Henry Author Price Jr. aka Kankan
sangare
sangare 7 mois
Des USURPATEURS au sommet de l'Etat du Mali est plus préoccupant que la crise énergétique mondiale. Ce n'est pas fortuit si le Mali a,après deux décennies de DICTATURE MILITAIRE,décidé de faire du coup d'Etat un CRIME IMPRESCRIPTIBLE. LES CONSÉQUENCES DE PLUS DEUX DÉCENNIES DE DICTATURE MILITAIRE ONT GUIDÉ LES MALIENS À PRENDRE DES DISPOSITIONS AFIN QUE LE PEUPLE MALIEN NE PUISSE REVIVRE CETTE EXPÉRIENCE IGNOBLE. L'intention a été annoncée dans la LOI FONDAMENTALE,mais des mesures n'ont pas été prises pour éviter que l'ÈRE DÉMOCRATIQUE soit interrompue par des nostalgiques de l'ère de la DICTATURE MILITAIRE. Avec ASSIMI GOITA et ses camarades depuis 2020,les maliens revivent les périodes dures de la DICTATURE MILITAIRE. Des avancées majeures, pendant l'ère démocratique,sont entrain d'être dilapidées. L'Etat s'appauvrit d'année en année depuis 2020. Naturellement les maliens aussi. Donc, c'est la présence des PUSCHISTES au sommet de l'Etat qui doit plus préoccuper les maliens qu'une crise énergétique mondiale. Plus ASSIMI GOITA et ses camarades prolongent leur bail, plus la difficulté économique se renforce. Après plus de DEUX DÉCENNIES DE DICTATURE MILITAIRE, MOUSSA TRAORE n'arrivait plus à payer régulièrement les fonctionnaires, les entrepreneurs maliens refusaient les marchés de l'Etat constatant que l'Etat du Mali n'avait plus les moyens de respecter ses engagements. Qui peut douter qu'avec ASSIMI GOITA et ses camarades le Mali est entrain de connaître cette expérience de l'incapacité de l'Etat à faire face à ses engagements? Des impositions imaginées pour avoir plus de liquidités indiquent que l'Etat du Mali manque de ressources financières. Ce n'est qu'un début tant que les puchistes sont au sommet de l'Etat. C'est eux qui doivent nous préoccuper, non la crise énergétique.
Nfp
Nfp 7 mois
"Ce n'est qu'un début tant que les puchistes sont au sommet de l'Etat " Hélas, il n'y a rien à ajouter tant c'est une évidence ! Une TRISTE évidence...
kan
kan 7 mois
Ce pays est perdu .......
Nfp
Nfp 7 mois
Hélas Kan, la question se pose chaque jour un peu plus tant que les clowns en treillis ne seront pas dégagés une bonne fois pour toutes !
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (109)
  • Nfp (75)
  • Kankan (58)
  • Sissoko (27)
  • Citoyen du monde (22)