POLITIQUE : Et si l’Afrique s’inspirait d’autres expériences ?

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Tandis qu’aux Etats-Unis et en Europe, notamment la France, on assiste à un renouvellement de la classe politique, l’Afrique est encore étouffée par des dinosaures solidement cramponnés au pouvoir.

Qu’est-ce que les élections présidentielles françaises peuvent changer en Afrique ? C’est la question qu’un confrère nous posait récemment. A regarder de près, notre continent peut tirer de riches enseignements de ces élections. La principale leçon étant le renouvellement de la classe politique. En France par exemple, cette rupture se fait par le genre et l’âge. Une rupture que Ségolène Royal incarne à elle seule aussi bien au niveau du Parti Socialiste et que de la France elle-même.

Personne ne donnait chère de sa peau face à des vieux « Eléphants » comme Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Et même si elle multiplie les gaffes, mettant ainsi en évidence une certaine inexpérience dans la gestion d’une campagne électorale, elle s’impose de plus en plus dans le cœur d’une frange non négligeable de l’électorat français. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont loin d’incarner les traditionnelles Gauche et Droite. Ils sont le fruit du « gouverner autrement » longtemps désirer par les Français.

On constate la même quête du renouvellement de la classe politique en Grande Bretagne. En effet, à peine reconduit pour un 3e mandat à cinquante deux ans, Tony Blair a fait l”objet de pressions de la part de nombreux membres du Parlement, appartenant à son parti, pour qu”il cède rapidement la place au jeune Gordon Brown. Après avoir longtemps résisté, Blair a été contraint de céder à la pression de son parti. « En Europe, il ne manque pas aujourd’hui de situation témoignant de la montée en puissance d”une nouvelle génération de dirigeants, manifestement en pleine possession de leurs moyens intellectuels et physiques, quelle que soit par ailleurs l”opinion que l”on peut avoir sur leurs positions respectives », souligne un analyste politique.

Un métis ou une femme bientôt à la Maison Blanche ?

Du côté des Etats-Unis, l’ascension du métis Barak Obama, sénateur de l”Illinois, en dit long sur l’évolution des mentalités politiques dans ce pays et surtout de la volonté de la nouvelle Amérique de se départir de certains clichés ou croyance comme fondement de la gestion politique. Ce jeune leader Démocrate vient de former une commission pour réfléchir à son éventuelle candidature à l’investiture de son parti pour les présidentielles de 2008. Il est le premier Afro-Américain auquel on accorde des chances sérieuses d”obtenir une telle investiture.

Il va avoir certainement en face Hillary Rodham Clinton, épouse de l”ex-président Clinton et actuellement sénateur de l”État de New York. Elle a aussi annoncé, le 20 janvier dernier, la formation d”une commission. Ce qui l”a immédiatement catapultée parmi les grands favoris du parti démocrate. Que Obama passe ou qu’il soit coiffé au poteau par Hillary, ce serait la preuve que la politique ne sera jamais ce qu’elle a été aux Etats-Unis : l’affaire de vieux briscards.

Une affaire de famille en Afrique

Voilà autant d’expériences enrichissantes qui doivent inspirer les dirigeants et les classes politiques africaines. Hélas ! L’Afrique a encore du mal à s’affranchir des griffes des vieux dinosaures comme Omar Bongo Odimba du Gabon, Lassana Conté de la Guinée, Robert Mugabé du Zimbabwe, Abdoulaye Wade du Sénégal, Hosni Moubarak en Egypte… Des présidents mourants qui préfèrent préparer leur succession dans leurs familles comme Eyadema l’a réussi avec Faure. Qu’est-ce qu’un président à moitié dans la tombe comme Lassana Conté peut offrir encore à son pays ? Pis, il prépare la Guinée au chaos après lui en essayant d’imposer son fils, le Capitaine Ousmane Conté.

A 83 ans, Wade est déterminé à briguer un second mandat de 7 ans au lieu de céder son fauteuil aux jeunes de son parti comme Idrissa Seck qui sihne un retour médiatisé dans sa chapelle d’origine. En la matière, Wade ne manque pas pourtant de référence. Il aurait pu faire comme Léopold Sédar Senghor qui a passé le témoin à Diouf en 1980 pour consolider les chances des Socialistes de longtemps rester au pouvoir. Il aurait été inspiré de suivre les traces de Senghor et de Nelson Mandela qui ont su s’effacer à temps au profit d’autres plus jeunes qu’eux.

Et Bongo a récemment averti ceux qui se disputaient sa succession qu’il n’a pas encore dit son dernier mot. Une façon de dire que l’héritier naturel, Aly Bongo, n’est pas encore prêt pour le trône. Voilà ce que c’est que la politique en Afrique. Les expériences positives vécues au Mali, au Bénin, en Afrique du Sud, au Botswana … ne paraissent que comme des exceptions rares.

Moussa Bolly

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