Présidentielle 2012 :L’alternance piégée ?

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Sa Majesté Amadou II, Roi de Koulouba, va-t-il céder à l’appel des « bouffecrates », en prorogeant son second et dernier mandat jusqu’en 2014 ? Ou en brigand un troisième mandat ?

 

Telles sont les deux questions, qui écorchent les lèvres des Maliens. Convaincus, face à ces deux interrogations, relève d’une stratégie, dont le but est de tester la réaction des Maliens.

 

Sa Majesté a beau jurer, la main sur le cœur, qu’il ne briguera pas un troisième mandat, rien n’y fait : les Maliens, du moins dans leur écrasante majorité, n’y croit pas. « C’est lui qui avait dit, à la fin de la transition qu’il présidait, qu’il faut être un fou pour vouloir diriger le Mali. Mais cela ne l’a pas empêché de se présenter aux présidentielles de 2002 », déplore un vieil enseignant à la retraite. Avant de conclure, l’air déçu : « qui a bu, boira ».

Au delà de notre interlocuteur, c’est l’écrasante majorité des Maliens qui prêtent à Sa Majesté, l’intention de « s’éterniser » au pouvoir. « La fameuse pétition, venue de Sikasso, et demandant aux Maliens de répondre « oui » à un troisième mandat d’A.T.T, n’est qu’une mascarade », assure un leader politique. Avant de poursuivre, sur un ton ironique : « Les caciques du pouvoir ne veulent plus quitter la mangeoire. Ils veulent manger leur piment avec la bouche des Sikassois ».

 

Nos interlocuteurs en veulent pour preuve trois indices : la transformation du Mouvement Citoyen en parti politique dit « Présidentiel », les pétitions appelant le peuple malien à permettre au Chef de l’Etat de proroger son mandat afin de parachever ses chantiers et le silence, pour le moins assourdissant, de Sa Majesté, face à cette question.

 

Pourquoi le Mouvement Citoyen, l’association « apolitique » qui a aidé le candidat A.T.T à se hisser sur la colline du pouvoir a-t-il attendu la veille du départ du pouvoir de son « mentor » pour se muer en parti politique ?

 

Si nous n’avons pas, du moins pour l’instant, une réponse claire à cette question, certains leaders politiques considèrent l’harmonisation des mandats, législatif, municipal et présidentiel, comme une « arme de distraction massive ».

 

Une arme de distraction massive

« Je ne vois aucun moyen de rallonger le mandat du président de la République et des députés, même s’ils le veulent, sans passer par la révision des articles 30 et 61 de la constitution en vigueur », déclare Mr Ousmane Sy, ancien ministre de l’Administration Territoriale et non moins secrétaire politique du Comité Exécutif de l’Adema, dans une interview publiée, vendredi dernier, par notre confrère « Les Echos ». Et de poursuivre : « Je pense que cette rumeur sur le projet d’harmonisation des mandats, que la presse relaie depuis quelques semaines, ressemble une vaste farce, qui est faite pour divertir les Maliens. Les temps sont durs, il faut donner au bon peuple un os pour l’occuper. C’est le comble du cynisme et c’est méchant ».

Selon nos informations, l’Union Européenne serait favorable à un troisième de Sa Majesté. Contrairement, à l’Oncle Sam qui lui aurait, selon nos sources, déconseillé de jouer les prolongations.

 

Soutenu, selon la presse, par plus de 90% des députés le projet d’harmonisation des mandats continue de défrayer la chronique au sein de l’opinion nationale, voire internationale.

 

Soupçonnés d’appeler le peuple malien à accorder, au Chef de l’Etat une prorogation de son mandat jusqu’en 2014 – et si possible, au delà – à la remise, le 5 février prochain, d’une médaille en or massif au chef de l’Etat pour, dit –on, « tout ce qu’il a fait pour le Mali », un groupe d’opérations économiques –avec à sa tête Jeamille Bittar -, viennent d’être désavoués par leur base. Le Groupement des Commerçants du Mali se désolidarise de ce Projet. Un projet jugé inopportun. Surtout, dans le contexte actuel. « Comment peut –on accepter d’attribuer, au président de la République, une médaille en or d’une valeur de 250 millions CFA, alors que plus de 70 % de nos populations peinent à se procurer trois repas par jour ? », s’interroge un de ses membres, qui a requis l’anonymat. Avec un brin de déception dans la voix.

 

L’alternance ou le chaos

Le secrétaire politique du Comité Exécutif de l’Adema estime que l’alternance se fera, en 2012. A moins que quelqu’un ait intérêt au chas. « Je n’ose pas croire que quelqu’un a un intérêt à cette situation, qui amènerait le chaos dans notre pays et dans la région ouest –africaine, déjà, en très mauvais état », averti –il.

 

Comme on le voit, le débat est loin d’être clos sur l’harmonisation des mandats. Mais surtout, sur un troisième mandat de Sa Majesté Amadou II.

Les cas de Mamadou Tandja au Niger voisin et de Ben Ali en Tunisie devraient inspirer les apprentis –sorciers. Mais hélas !

Comme ce fût le cas un certain 26 mars 1991.

Oumar Babi

 

 

 

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