ROUE LIBRE : L’alternance est possible en 2007

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On peut tout reprocher au régime honni de l’UDPM sauf qu’il était bourré de propagandistes abreuvés à la sauce nazie.  Et l’un de leurs slogans préférés qui figurait dans le préambule des textes portant création de ce parti militaro-fasciste était ainsi libellé : «quand on refuse la parole au peuple, il finit toujours par la prendre ; il n’a pas besoin d’autorisation pour le faire…».

Nobles idéaux mais qui cachaient mal la volonté des dirigeants de l’époque d’instaurer au Mali l’une des dictatures les plus féroces d’Afrique.  A l’image de ce qu’ont connu les Grecs dans les années 70 sous le règne de Georges Papadopoulos, l’Argentine sous le général Videla en 1976 ou le Chili sous Pinochet. Puis arriva ATT en 1991 comme un libérateur. Homme sans parti et détestant cordialement les partis politiques, il inventa de toutes pièces la formule magique du consensus pour mettre le pays en coupe réglée. Toutes les libertés étaient certes respectées mais le système pêchait par son caractère contraignant : pas de contestation, pas d’opposition, aucune velléité ne sera tolérée. On en vient encore à paraphraser les idéologues de l’UDPM à l’heure de la démocratie : «un seul parti, non ! Un seul chef, oui !». Dont le corollaire est le culte de la personnalité comme au temps du glacis soviétique, la flagornerie, la courtisanerie, la délation.

A ce sujet, le professeur Hammadoun Dicko est un exemple rare de responsable politique servile.  Désormais il remplace Daga Maïssa comme griot d’ATT. Non content, celui-là, de rouler pour le boss, l’autre jour en lieu et place du congrès de son parti, le PSP, il a pris la myre pour chanter les louanges du chef. Mieux qu’un troubadour du Moyen Age.

Fort heureusement pour les Maliens que tout le monde n’est pas d’accord pour porter une camisole de force tout simplement parce que Moïse a échoué à mener son peuple à la terre promise. Le miracle ATT est devenu un vrai mirage.

Les fondateurs de la nouvelle démocratie sont porteurs d’espoirs nouveaux en ce sens qu’ils veulent redonner la parole au peuple, réinstaller les partis dans leurs rôles premiers de conquête et d’exercice du pouvoir, d’éducation, de formation et de sensibilisation du citoyen. Mettre fin au béni oui-ouisme, à l’embrigadement, à la politique du ventre, réinstaurer une politique de dignité basée sur les valeurs intrinsèques de l’homme, bref mettre fin au cycle infernal de la mendicité et du griotisme politique, la corruption généralisée et le népotisme pour construire une société plus juste et plus humaine.
FDR contre ADP, certes la bataille sera rude mais l’alternance est fort possible en 2007. Surtout que dans le camp présidentiel le nombre ne fait pas la qualité. Car mise à part l’inconnue URD, l’ADEMA n’est plus désormais qu’un épouvantail pour moineau, le diktat de son état-major, les guerres de tranchées entre chefs de tribu ont fini par saper le moral des troupes et ébranler la certitude des militants.

C’est un fait qu’à l’approche de chaque échéance électorale, ce parti étale sur la place publique le triste spectacle de ses divisions. On se fait beaucoup d’illusion sur sa place de locomotive de l’ADP. Quant au reste des troupes, du CNID au PSP en passant par l’UDD, Mon Général, combien de divisions ? Es-qualité le président n’ignore pas que la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Alors pour ne pas paraître au jour dit comme «Marlborough – s’en-va-t-en guerre», il a tout intérêt à ne pas snober ses adversaires et à tenir compte des sages conseils de Laurent Gbagbo à Robert Guéi : ne pas confondre peuple et foule.

Ce d’autant plus que le camp d’en face est un modèle de cohésion, une rencontre de guérilleros rompus aux luttes clandestines, au minage du terrain, à l’élaboration de stratégies efficaces pour la conquête des électeurs. Au charisme d’IBK s’ajouteront incontestablement, les schémas tactiques de Boubèye Maïga, la force de mobilisation de l’ADJ, du Parena et de la CDS de Blaise Sangaré et, pourquoi pas, la capacité de nuisance de Dr Oumar Mariko.

Même s’il est difficile de détrôner en Afrique un chef d’Etat en exercice, il faut se méfier de l’eau qui dort. En politique tout ce qui brille n’est pas or.
Dans ces conditions, il est loisible à tous les matamores de bercer d’illusion le locataire de Koulouba mais le réveil risque d’être difficile. Car, en 2007, il n’y aura pas de «takokélen» mais un «takofila». Tant mieux pour la démocratie malienne qui en sortira renforcée. Une seule hirondelle ne fait pas le printemps.

Mamadou L DOUMBIA

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