Afrique : l’ENACT pointe du doigt les politiciens d’utiliser l’argent de la drogue « pour financer le favoritisme et les campagnes électorales »

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Des liens étroits existent entre l’économie de l’héroïne et la corruption, la violence urbaine et d’autres économies illicites. Dans une de ses études, l’ENACT fait ressortir ces liens tout en montrant le rôle du commerce de l’héroïne dans le développement urbain en Afrique. Il appelle à des mesures de riposte rapide pour réduire ces effets sur le continent.

Près de 20 à 40 tonnes d’héroïne arrivent en Afrique chaque année, selon les Nations unies. Une plus grande quantité de ces arrivages est échangée et consommée par les populations locales. Une situation qui n’est point sans impact sur le développement local de ces contrées.

Selon de nouvelles données du programme ENACT sur la criminalité transnationale organisée, les transports terrestres et les centres urbains intérieurs sont devenus des plaques tournantes de la consommation de ce stupéfiant. Cela au fur et à mesure que la consommation locale de la drogue augmente. Les aéroports, avec des connexions sur le plan régional et international, sont devenus de véritables corridors pour la transaction de l’héroïne, indique l’ENACT. « La drogue se déplace également vers le sud et l’ouest le long d’un réseau de routes, créant de nouveaux marchés et attirant de nouveaux utilisateurs dans les petites villes en cours de route », indique la même source avant d’indiquer que « le changement dans l’économie de l’héroïne du continent concerne désormais les marchés locaux et les consommateurs africains ».

Cette circulation et consommation massive de la drogue par les populations locales est en grande partie tributaire d’une urbanisation rapide, mais disproportionnelle. Les villes prolifèrent, les populations augmentent, mais les ressources disponibles sont insuffisantes. En effet, selon l’ENACT, cette forte consommation de la drogue en Afrique est rendue « possible par une urbanisation non planifiée, une gouvernance faible et une corruption généralisée ». Une fragilité que les trafiquants ont su alors exploiter à leur profit : « La drogue et la corruption forment des relations symbiotiques préjudiciables », indique notre source qui précise que dans la plupart des cas, des fonctionnaires corrompus se laisse servir comme relais entre ces trafiquants et les mécanismes d’application et de gouvernance. « ENACT a constaté que dans certains cas, les réseaux criminels de drogue opèrent à l’intérieur des systèmes politiques locaux », précise-t-on avant de souligner : « Ils prennent le contrôle de la fourniture des infrastructures urbaines, ce qui augmente les coûts de développement et fait obstacle aux efforts de réglementation ou de modernisation des services ».

À travers cette étude, l’ENACT démasque tout le circuit de l’argent sale issu de la circulation de la drogue. En effet, il est indiqué que l’argent de la drogue a été utilisé par des politiciens « pour financer le favoritisme et les campagnes électorales ». Pour être plus clair, l’ENACT explique que le commerce de l’héroïne a participé, tant bien que mal, au développement urbain en Afrique.

L’ENACT ne se limite pas à branler seulement son arme critique. Elle fait des propositions aux gouvernements. Car il estime que « sans une réponse officielle aux problèmes générés par les marchés illicites, il y aura une augmentation de la violence des gangs, des abus de la police et des attaques de justiciers ». D’où la nécessité, selon lui, pour les gouvernements, de lutter contre la corruption systémique de la police et des policiers locaux par les trafiquants de drogue. À côté de cela, il invite à des interventions à long terme afin de faire face à l’économie illicite et à ses moteurs sociaux.

Fousseni Togola

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