Diawoye Traoré, secrétaire général de l’Association Nationale des Chasseurs : ‘’Le Donso protège…le soma tue’’

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On n’hérite pas du ‘’Donsoya’’ on le devient. Seul un homme droit, intègre honnête peut devenir Donso. Le secrétaire général de l’Association nationale des chasseurs du Mali (Anacma) nous parle de lui-même, de son association et de la vie du bon Donso.rn

Qui est  Diawoye Traoré ?

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Je suis le secrétaire général de l’association nationale des Chasseurs du Mali (Anacma). Je suis né en 1938 à Bamako. Et je suis le fils de Zoumana Traoré et de Kamissa Diakité, tous originaires de Néguéla.

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Depuis quand avez-vous adhéré à la confrérie des Donso?

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Depuis 1956.

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Etre Donso, ça veut dire quoi ?

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Le Donso est un guerrier. Seul un homme qui réunit toutes les qualités peut prétendre appartenir à la confrérie. Un homme qui a l’amour de la chasse et de la nature.

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Comment fait-on pour devenir Donso?

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En dehors des qualités que j’ai citées tantôt, vous devez d’abord avoir une autorisation de posséder une arme. Un fusil dans notre cas. Ensuite, apprendre à  le manier. Et avant d’aller à la chasse, il vous faut le permis de chasse.

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Vous ne l’avez donc pas hérité ?

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Non. Même si je meurs aujourd’hui, mon fils ne peut pas devenir Donso à ma place. Il ne pourra pas se servir de mon fusil. Il doit passer par toutes les étapes que j’ai décrites plus haut. En plus, il vous faut une bonne maîtrise du fusil. Personnellement j’ai appris d’abord à tirer sur les petits oiseaux. Aujourd’hui, je peux abattre un éléphant.

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Et le gibier que vous abattez ?

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On consomme la viande, mais on en vend aussi. Aujourd’hui, on ne trouve même plus de gibier à abattre avec la dégradation de la nature. En plus, il y a l’abattage massif de gens qui ne sont pas autorisés à chasser. Ce qui fait que le gibier est devenu  rare. Nous ne chassons plus parce qu’il n’y a plus de gibier à Bamako et environs. Pour voir les gibiers il faut aller vers la frontière guinéenne ou ivoirienne ou à Kita.

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Pourquoi une association de Donso ?

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C’est à cause de l’argent. Chacun pense à sa poche. Chaque fois qu’on nous donne de l’argent pour exercer une activité, il y a des problèmes au moment du partage. L’argent ne va pas là où il doit aller. Sinon la manière de chasser, les règles et tout ce qui fait de nous des chasseurs n’ont pas changé.

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Par exemple, quand on organise les manifestations officielles, le gouvernement nous fait appel et nous donne de l’argent pour l’organisation. Ces sommes ne sont pas gérées comme il faut. Elles sont souvent détournées par certains responsables qui ne rendent pas compte aux autres membres. C’est à la suite de ces expériences malheureuses que les chasseurs se sont décidés à créer leurs associations. C’est ainsi que nous nous sommes organisés pour défendre nos intérêts.

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Vous êtes combien d’associations ?

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Nous nous sommes retrouvés à trois associations : l’Anacma, la Fédération des chasseurs qui est en réalité une association et  le ‘’kontron ani sanè’.

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 En créant l’Association nationale des chasseurs du Mali, notre souhait était de rassembler tous les chasseurs. Nous continuons donc à sensibiliser les deux autres pour qu’on puisse travailler ensemble dans l’intérêt de tous.

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En 2000, quand on voulait organiser le Festival international des chasseurs, les autorités m’ont approché pour prendre mon avis sur l’organisation. Comme il n’y avait pas d’entente,  j’ai proposé au directeur national de la conservation de la nature de nous réunir. A la suite de cette réunion, nous nous sommes  jurés de nous unir, de dépasser nos différends pour organiser le festival jusqu’à la fin. Ce qui fut fait. 

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Après le festival, le capitaine Alou de Ségou a émis le vœu de laisser en place la commission d’organisation, une façon de sauvegarder nos valeurs et de cultiver l’entente. Ainsi, Sidi Mohamed Kéita a été porté à la tête de la fédération.

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Mais, malheureusement, il  vient de présenter sa démission le mardi 06 mars dernier à la suite de la réunion hebdomadaire et à la demande de sa fédération. Comme pour dire, l’entente n’est pas pour aujourd’hui.

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Y a-t-il une différence entre un Donso et un ‘’Soma’’ ?

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Ce n’est pas la même chose. Le soma imite nos accoutrements pour tromper les gens. Le ‘’soma’’ c’est quelqu’un qui détient le ‘’komo’’. C’est un malfaiteur. Or, le chasseur protège. Tu ne vas jamais entendre qu’un Donso a tué quelqu’un, ce qui est le lot quotidien des Soma. A la vieillesse, le Donso peut devenir un guérisseur mais pas un ‘’soma’’. Normalement un jeune ne doit pas être un soma, le soma est une personne âgée qui a entre 80 et 90 ans. Mais de nos jours, des enfants se font passer pour des ‘’soma’’. Le vrai soma ne se montre pas. Il est propre et s’habille comme tout le monde. C’est à Bamako qu’on voit que être ‘’soma’’ est  un moyen de s’enrichir

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Quel est le totem des Donso ?

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Le premier totem qui est le plus grave d’ailleurs est le mensonge. Un Donso ne doit jamais mentir. Il y a ensuite la trahison,  l’adultère,  l’intégrité.

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C’est pourquoi, on dit que Donso  est comme le grain de maïs qui ne s’accommode pas de la saleté.

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Que pensez- vous de la jeune génération ?

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L’argent est en train de détruire toutes nos valeurs. Avant, un jeune garçon ne pouvait passer devant les vieux en compagnie d’une fille. Aujourd’hui, c’est le contraire. Ils n’ont ni honte ni peur et ne respectent aucune règle.

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Quel conseil  vous avez à leur donner ?

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Je leur conseille de suivre la bonne voie. De regarder leurs parents et d’être à leur écoute pour acquérir des connaissances. Un proverbe Bambara dit ‘’ kuma bè bo da koro la ka don tulo kura la’’. (La parole sort de l’ancienne bouche pour tomber dans l’oreille nouvelle.

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Entretien réalisé par Ousmane Coulibaly, stagiaire

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Le ministre s’est enfui par  la petite porte !

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L’histoire fait rigoler dans le milieu des ‘’donso’’ depuis la dernière édition de la rencontre internationale des chasseurs d’Afrique de l’ouest (la deuxième du genre) qui s’est tenue à Bamako en mai 2005. Cheick Oumar Cissoko s’est vu obligé de se tirer par une porte cochère du Palais de la Culture, aidé en cela par les responsables de l’Association des chasseurs du Mali, dont Diawoye Traoré, son secrétaire général, qui ont pu ainsi  éviter un grave incident ce jour-là.

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Qu’est ce qui a donc poussé notre ministre de la culture à s’enfuir par la petite porte ? C’est que, raconte-t-on, les ‘’donso’’ étaient très en rogne contre lui et contre son cabinet dont certains membres ont semble-t-il mal géré un détail organisationnel important : la gastronomie. Pour leurs nombreux invités venus du Mali profond et de la sous-région pour participer à la fête,  le chef des Donso avait émis le vœu de laisser leurs épouses s’occuper de cet aspect. Cette doléance n’a pas été prise en compte par certains membres du département de Cheick Oumar Cissoko.

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Résultat : les choses se sont mal passées. La nourriture n’était pas suffisante, pas de viande, pas de poisson. Ils n’ont donc pu boire ni manger à leur faim. Et c’est pour manifester leur colère qu’ils ont pris d’assaut la porte de sortie principale avec l’intention manifeste d’empêcher le ministre de s’en aller.  Il y a eu plus de peur que de mal.

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 B Gadiaga

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