Traite négrière : crime contre l’humanité

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Il est temps de reconnaître les droits de ceux qui, par leur sueur et leur sang, ont rendu possibles le développement des Amériques et l’essor de l’Europe. La vie de ces millions d’Africains arrachés à leur terre et envoyés dans des conditions inhumaines vers les Caraïbes et l’Amérique.

Aujourd’hui encore, cette déportation industrielle n’a toujours pas reçu le seul qualificatif qui vaille : celui de crime contre l’humanité. Jusqu’à ce jour, les responsables de ce crime horrible n’ont toujours pas admis leur forfait. Au contraire, à coups de fastes indécents, d’excuses gênées, ils essaient de parachever leur oeuvre en essayant d’effacer la mémoire. Faut-il avoir derrière cette conspiration du silence une gêne due au fait que les nations occidentales, mais aussi les arabes, ont unanimement tiré profit de la traite ?

En revanche, tout le monde, au-delà des nationalités et des classes sociales, (politiques, négociants, intellectuels) porte sa part de responsabilité. On lui supprime sa liberté, son identité, on lui nie toute existence. Donc, si ce n’est pas un crime contre l’humanité, alors, le crime contre l’humanité n’a pas de contenu, mais ce mea-culpa reste marginal. La plupart des Blancs qui sont impliqués préfèrent se réfugier dans le mutisme coupable.

Le génocide suppose la volonté d’anéantir un groupe humain, ce qui n’était pas le but des esclavagistes, qui étaient plutôt à la recherche d’une force de travail. C’est un peu vite oublier que, pour le négrier, l’esclave était une chose, un objet. On anéantit un être. Pas une chose. Le paradoxe tient au fait que ceux qui ont accompli le forfait sont également ceux qui, aujourd’hui, s’auto-félicitent. Difficile, dans ces conditions, de communier avec ceux qui ont participé à la curée.

Il y a quelque hypocrisie à célébrer aujourd’hui l’abolition de la traite et non pas ou si peu le calvaire des victimes. D’autant plus que, lors des "abolitions", on a indemnisé les bourreaux, et pas les victimes. Par ailleurs, on banalise sournoisement la traite négrière en l’assimilant aux pratiques esclavagistes encore en vigueur dans la plupart des nations. Il est des responsabilités historiques qu’il faut oser regarder en face pour en tirer les leçons pour l’avenir. Cela vaut pour les nations qui ont participé à la traite négrière, pour leur intelligentsia, mais aussi pour l’église.

Plus que jamais, le devoir de mémoire s’impose aux Européens et à l’Amérique blanche. Il suppose la reconnaissance de la traite comme crime contre l’humanité, mais aussi qu’on fasse droit à ceux qui ont affronté le maître, emprisonné ses "bêtes", saboté les outils de travail, organisé, comme Toussaint-Louverture, des révoltes. Il suppose, enfin, que soit accordée, en étroite concertation avec les Africains et les Noirs de la diaspora, une réparation pour les descendants des victimes de la traite négrières.

Ce commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique n’aurait pu se développer sans l’accord des pouvoirs publics européens. Ce crime envers le continent africain avait des complices, sans la coopération des rois, des nobles et des négociants africains. Les achats donnaient lieu à de longues palabres où les vendeurs usaient de patience des Blancs. Il se réglaient en produits textiles, cotonnade et soieries des Indes, étoffes européennes, vêtements, etc., mais aussi en marchandises monnaies telles que les cauris, alcool, tabac, quincaillerie, armes. Il est évident que l’Amérique n’aurait pas été ce qu’elle a été sans les africains.

Gnimadi Destin (18 janvier 2007)

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