A Bamako, Jean-Marie Bockel confronté à la sensible question de l''immigration

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(AFP – MALI) – 11 juillet 2007 – Comment éviter la "fuite des cerveaux", comment aider le Mali à se développer ? Le secrétaire d”Etat français à la Coopération Jean-Marie Bockel a été assailli de questions sur la politique d”immigration de Paris, lors d”une rencontre avec des jeunes à Bamako.

"On entend parler d”immigration choisie, concertée", lance l”un des quelque cinquante représentants de la jeunesse malienne venus dialoguer mardi avec M. Bockel, lors de sa première visite au Mali en qualité de secrétaire d”Etat.

"Mais ça encourage les meilleurs d”entre nous à partir pendant qu”on a besoin d”eux ici. Je voudrais savoir quelle est la stratégie de la France pour amoindrir l”hémorragie ?".

Le secrétaire d”Etat juge ce sujet d”une "extrême importance". "S”il y a une fuite des compétences dont le Mali a besoin pour se développer, on n”aura pas réussi", répond-il, sans plus de précisions sur les moyens d”éviter ce phénomène.

Les bras se lèvent dans le centre de documentation et de formation Djoliba. Beaucoup semblent inquiets du durcissement de la nouvelle politique française, qui se veut plus ferme envers les clandestins et entend renforcer la sélection des candidats à l”immigration régulière.

Quelque 100.000 de Maliens vivent en France, et près de la moitié sont en situation irrégulière.

Jean-Marie Bockel, issu du parti socialiste, défend la politique du président Nicolas Sarkozy: "Je pense que c”est l”intérêt de tous qu”il y ait une politique d”immigration de la France. Il faut qu”elle soit ferme, et en même temps généreuse".

En contrepartie d”un durcissement des conditions d”entrées en France, Paris a promis d”aider l”Afrique à se développer. A cet égard, la France est le quatrième bailleur de fonds du Mali, pays qui compte parmi les plus pauvres au monde.

"Ca fait 50 ans qu”on distribue de l”argent et le résultat reste toujours le même, les enfants sont dans la rue, n”ont même pas un centime pour manger et pour eux, aller en France, c”est la seule solution!", lance Boutout Sall, un jeune Malien qui vit depuis deux ans en France.

Il est très applaudi.

Ils sont nombreux à prendre la parole pour suggérer des idées afin de rendre l”aide au développement réellement efficace.

Certains parlent de la nécessité de concentrer l”effort sur la création de petites et moyennes entreprises et d”opérer des transferts de compétence. Un autre conseille d”investir dans l”agriculture, l”élevage et l”artisanat. "Des secteurs qui fixent les populations", dit-il. "Il faut faire en sorte que les jeunes Africains cessent de mourir en Méditerranée", en tentant de gagner clandestinement les côtes européennes sur des bateaux de fortune.

Le secrétaire d”Etat écoute attentivement. "Toutes ces idées sont enrichissantes, je les transmettrai à Brice Hortefeux", le ministre de l”Immigration et de l”Identité nationale, lance-t-il, avant de proposer plusieurs pistes de réflexion pour optimiser l”aide au développement, par le biais notamment de partenariats avec le service privé.

Pour lui, le "très sensible" problème de l”immigration ne peut se résoudre que par le "dialogue" dont cette réunion est pour lui une amorce.

A la sortie de la réunion, Siriman Traoré, président du conseil national de la jeunesse, résume la position de la grande partie des intervenants. "Il faut que parallèlement à ces mesures restrictives, il y ait aussi une carotte, pour fixer les jeunes ici".

Rassuré par le dialogue qui vient de se tenir ? "Ce n”est pas une heure qui va tout changer", répond-il.

M. Bockel reconnaît que les nouvelles mesures annoncées par la France "sont vécues très durement". "Il faut mieux éviter qu”il n”y ait que l”image du charter, il faut agir en amont", dit-il. "Je ne dis pas que ce sera facile".

AFP

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