L’ancien ministre Harouna Niang à propos du processus de sortie de crise : “Les ressources humaines et naturelles peuvent constituer des ingrédients pour faire du Mali une économie émergente et très compétitive”

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Dans une de ses réflexions, l’ancien ministre Harouna Niang a posé un diagnostic sans complaisance du processus de dégradation de création de la nation malienne et le risque que cela peut avoir sur l’unité nationale et le vivre ensemble.

A le croire, la régionalisation et la question ethnique doivent être gérées avec beaucoup de prudence pour ne pas servir de base à une division irréversible du pays. Et d’ajouter que, sous Modibo Keita, le brassage ethnique et régional était une politique nationale. Pour cela, dit-il, les ressortissants de Kayes étaient mutés à Gao, ceux de Tombouctou à Sikasso, etc… Tout était fait pour que chacun se considère comme Malien d’abord avant toute autre considération.

Selon lui, le féodalisme et les castes étaient combattus car les autorités d’alors voulaient réaliser l’égalité de tous les Maliens avec les mêmes avantages et les mêmes obligations. Ainsi, ajoute-t-il, l’œuvre prioritaire et la plus importante était la construction d’une nation malienne d’où la devise : “Un Peuple, Un But, Une foi “. ” Bâtir une nation était vue comme un processus à long terme qu’il faut entretenir et enrichir de façon permanente”, a-t-il fait savoir.

A ses dires, après le coup d’état de 1968, cette politique a été abandonnée et depuis, le Mali est rentré dans une phase de pilotage à vue parce que le processus de nation “building” a été abandonné au profit de la recherche du gain facile et du pouvoir. Ainsi, la seule chose qui compte, c’est d’avoir de l’argent et le pouvoir et quelques soient les moyens utilisés.

D’après lui, l’enseignement qui était une priorité a été relégué au second plan et les enseignants et les étudiants étaient considérés comme les principaux ennemis des militaires. Comme une sorte de lutte de classes, il fallait donc les punir à travers des arrestations et emprisonnements qui étaient malheureusement devenus la règle. Aussi, la construction de classes et l’amélioration de la vie des enseignants ont été réduites ou freinées. “La vie des enseignants était devenue si difficile que les parents refusaient de donner leurs filles en mariage aux enseignants. C’est pendant cette période que le Mali a connu la fuite de cerveaux la plus importante. Les bons enseignants ont fui en grand nombre vers la Côte d’Ivoire et le Gabon, notamment”, a-t-il déploré.

Du côté de l’armée, poursuit-il, ce sont les critères d’avancements de grade et de recrutements qui ont été changés parce qu’ils ont été politisés et rendus plus subjectifs et cela continue encore. “Une politique de libéralisation et de privatisation de l’économie mal conçue et mal appliquée sous la pression des Institutions de Breton Wood est venue aggraver l’affaiblissement de l’Etat. Un Etat qui n’arrivait même pas à payer régulièrement les salaires des fonctionnaires”, a-t-il laissé entendre.

Selon lui, c’est dans ce contexte qu’est venue la démocratie pluraliste avec un Etat déjà affaibli, faisant face à plusieurs défis, notamment l’injustice, la corruption, l’impunité, le terrorisme, la rébellion, les influences extérieures, l’insécurité généralisée et la pandémie de Covid-19. Aussi, l’éducation et la santé continuent à se dégrader. “Voilà comment les problèmes du Mali ont commencé. La descente aux enfers a commencé avec le régime de Moussa Traoré et continue toujours. Après Moussa Traoré, c’est la corruption, l’impunité et les influences extérieures qui se sont succédé. S’y ajoutent le terrorisme depuis 2012, le séparatisme, la mauvaise gouvernance et la pandémie du Covid-19”, a-t-il ajouté.

De son point de vue, malgré ce parcours difficile pour un pays pauvre comme le Mali, l’espoir est toujours permis car le Mali possède de nombreux atouts, à commencer par les ressources humaines (une population composée en majorité de jeunes très créatifs et très courageux) ainsi que d’autres ressources naturelles (soleil, eau, terres fertiles, sous-sol, etc.), des ingrédients pour faire du Mali une économie émergente, très compétitive (en agro-industrie notamment) et capable de jouer un rôle majeur dans la sous-région, en Afrique et dans le monde.

                          Boubacar PAÏTAO

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  1. A le croire, la régionalisation et la question ethnique doivent être gérées avec beaucoup de prudence pour ne pas servir de base à une division irréversible du pays. Et d’ajouter que, sous Modibo Keita, le brassage ethnique et régional était une politique nationale. Pour cela, dit-il, les ressortissants de Kayes étaient mutés à Gao, ceux de Tombouctou à Sikasso, etc… Tout était fait pour que chacun se considère comme Malien d’abord avant toute autre considération. Merci Niang comme le dit Nampe Sadio: ne m’appeles pas Marakaden, Fouladen, Dogonoden, etc. Ne m’appeles pas Bamakoka, Sokassoko, Tombouctouka, Moptika, Kayikas, etc mais appeles-moi : Malien tout court!

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