MME HATOUMA S.: « La femme fait partie de l’héritage »

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Ménagère domiciliée à Lafiabougou, Mme Hatouma S., après le décès de son mari avec qui, elle eut 5 enfants a été contrainte de se remarier au jeune frère de son défunt mari. Dans l’interview qui suit, elle nous livre ses sentiments sur cette pratique décriée de nos jours.

Les Echos : Pouvez-vous nous retracer le film de votre remariage ?

H. S. : C’est une longue histoire. Mon mari et moi avions passé plus de vingt ans de vie commune. Nous avons sillonné plus de quatre pays en Afrique. Mais c’est en Côte d’Ivoire qu’il est décédé en 2002. Ainsi, ses parents ont été nous chercher mes enfants et moi. Arrivés au Mali et après mon veuvage, on m’a informé que je suis proposée au jeune frère de mon mari défunt.

Les Echos : Quelle a été votre réaction ?

H. S. : Naturellement, j’ai décliné l’offre.

Les Echos : Pourquoi ?

H. S. : Parce que tout simplement, après 20 ans de mariage, se retrouver avec le frère de lait de son mari était dur à supporter pour moi. Je voulais oublier tout ça et refaire ma vie. Et puis personne ne sait de quoi il est mort. Donc, pour moi, il était insensé de contracter un mariage avec le frère de celui avec qui, on a tout partagé (joies et peines). C’est de la folie, ça n’a pas de sens à mon avis.

Les Echos : Mais vous n’avez pas été écoutée ?

H. S. : M’écouter ? Est-ce que mon avis compte ? Même mes parents qui, à mon avis, devaient m’aider, étaient consentants. J’ai compris alors que chez nous la femme, tout comme les objets, fait aussi partie de l’héritage. Ils disent avoir agi au nom de la solidarité, de la pitié ou je ne sais quoi encore.

Les Echos : Vous n’avez pas contacté des associations de femmes ou des associations de défense des droits…

H. S. : Non ! Ça n’aurait rien changé, car la décision était prise et bizarrement le prétendant était pressé.

Les Echos : Quels sentiments vous animent à présent ?

H. S. : Si je n’acceptais pas, je serais isolée et rejetée par ma propre famille, donc, je n’avais pas le choix. Mais mon sentiment est que je me rends compte que la femme, dans nos sociétés est comme une marchandise. Or, je pense que cette pratique est d’une autre époque. Les hommes doivent comprendre cela et refuser de se lancer dans des aventures sans issues. Il est temps qu’on accorde un peu de liberté aux femmes.

Propos recueillis par
Idrissa Sako

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