Séisme du 12 Janvier 2010, un Imam malien d’Haïti, rescapé, témoigne

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A l’occasion de la commémoration du séisme du 12 Janvier 2010, un rescapé malien, replonge dans le passé enfoui de ce triste jour, ou il a perdu des amis, collègues et connaissances.
Mon ami d’enfance et camarade d’école, Ali HOUDOU, m’écrit, le 9 février 2010, du Mali, une longue missive : “Alors cher Ami, comment la vie s’organise à Port-au-Prince, après l’apocalypse ? Bon, d’un coté si vous habitez dans les arbres ce n’est qu’un retour normal des choses. C’est l’adaptation qui nous ramène nous, les noirs en ville. Et pour un natif d’Ansongo, quoi de plus juste, on vit sous ces horizons plus de temps à l’air libre que dans des habitations qui sont aussi rustiques que chez les cousins de Haïti. Au téléphone, tu me disais aller faire des courses. C’est difficile à imaginer, car des images qui nous parviennent, il ne reste plus rien de comparable à ce genre d’activités. Et je me suis dit : « Est-ce que mon bonhomme a toutes ses vis en place ? » Tu dois être toujours dans les « va- peurs » ou du moins dans la brume de poussière car il n’y a rien qui tienne encore debout, à fortiori faire des courses. Dans l’autre monde oui ! La suite de la conversation m’a quelque peu rassuré. Du coup, on ne compte pas seulement Djibi Hassimi parmi les miraculeux, notre cousin et ami qui est sorti indemne dans deux accidents mortels de route. Et donc quelles sont les dispositions que nous allons prendre ? Pour Djibi, il faut éviter de voyager en sa compagnie, et toi ? Il faut éviter d’être sur la même planète que toi, sans exagérer, il suffit de ne pas habiter le même continent que toi.
Ensuite là, j’ai entendu les commentaires les plus invraisemblables du déroulement des évènements. Tantôt par miracle tu étais absent de ta mai- son, dans une rue en train de faire des courses, tiens, tantôt ta maison s’est fendue en deux et le toit par miracle a été emporté par quelques anges protecteurs. Tantôt, c’est qu’après le cataclysme, que revenu à toi, tu t’es trouvé dans une rue errant en compagnie de tes anges protecteurs. Ça, c’est dans notre microcosme bamakois, tu peux donc imaginer tous les pouvoirs mystiques dont tu serais le détenteur ou l’héritier, là-bas dans le terroir. En tout cas ta réputation d’homme à dimensions multiples est maintenant faite, il ne te reste plus qu’à nous mettre dans la confidence. Tu peux au moins nous faire une copie des talismans, afin que nous jouissions des mêmes protections. Je te le demande sans conviction, car en la matière la règle numéro un, est : ne pas partager ? N’est-ce pas ? Figure-toi, qu’en fait, tu es le fils de feu Hari Malam, qui est lui-même condisciple de feu Yacouba Adjina, ton défunt père. Voilà l’ascendance vers les djinns, les bons.
Ce fut long, mon cher, peut être que tu es occupé dans l’aide à la re- construction, pour nous c’est l’aide à la survie. Je déconne”.
Non tu ne déconnes pas cher ami. Ton humour positiviste, est contagieux et thérapeutique pour moi, en ces temps, où nous ne parvenons toujours pas à contenir la peur. Tu n’imagines pas la force entropique, que tu me procures, après t’avoir lu. Tu viens de m’obliger à écrire, ma part d’émotions, mon histoire sur le séisme du 12 janvier 2010, en guise de réponse à ton message. Mon cher ami, c’était un mardi, gravé à jamais dans ma mémoire, un mardi qui ne me quittera plus.
Ce jour-là, le ciel était couvert et brumeux, lourd et pesant. A 8 heures du matin, comme à l’accoutumée, nous nous retrouvons entre amis à la cafétéria de l’Hôtel Christopher, pour le petit déjeuner. Nous avons pris cette habitude de nous retrouver chaque matin, avant d’entamer la journée de travail, pour échanger autour d’un livre, d’une nouvelle, ou tout simple- ment se remplir les poumons de blagues et de rire pour affronter le travail. C’est notre café littéraire. Beaucoup de collègues nous envient, et le groupe s’agrandit de jour en jour. Ce matin du 12 Janvier, Mamadou Ba, pourtant d’habitude très prolifique en blagues, se fait discret. Mamadou Ba, journa- liste dans l’âme, est l’assistant de l’adjoint du chef de la Mission de l’ONU en Haïti, MINUSTAH. Beaucoup de collègues prennent part à nos cafés littéraires, pour rire de ses blagues dont lui seul, a le secret. Son charme et ses rires fous ne laissent personne indiffèrent. Ce jour-là, pris dans la préparation d’une réunion de haut niveau du leadership de la Mission avec une délégation chinoise arrivée la veille, il ne reste pas longtemps, avec nous. Nous nous séparâmes en donnant rendez-vous pour le mercredi, au même endroit à la même heure.
Aux environs de 16 heures, je reçois la visite d’un collègue et compa- triote, officier de la police internationale de l’ONU, Sekou Salah Dolo, dans le bâtiment principal abritant les bureaux de la Mission. Après les salutations d’usages et échanges des nouvelles du pays, je l’éconduis gen- timent, car je dois rejoindre mes collègues à notre bureau, situé dans une des annexes de l’hôtel Christopher, en contrebas du bâtiment principal. Il repart non sans m’exprimer son mécontentement en me lançant : « Petit Maïga, tu vas me payer ton attitude irrespectueuse de m’avoir chassé comme un mal propre ».
A peine, assis dans mon bureau, je découvre un message, m’annonçant le décès de ma tante Hannatou, petite sœur de lait à ma mère. La nouvelle m’afflige énormément, car plus qu’une tante, c’est ma mère adoptive et qui est très proche de ma fille Oumou, étudiante au Maroc. Après le coup de massue, je reprends mes esprits et appelle Oumou pour l’informer de la nou- velle du décès de ma tante. Pendant que je parle avec elle, j’entends un bruit immense, qui fait bouger le bureau. Il est 16h 50 min, quand je me penche vers la fenêtre, qui est juste derrière ma chaise, pour vérifier si ce ne sont pas encore ces camions citernes distributeurs d’eau de l’hôtel qui passent en longueur de journée sous la fenêtre et qui font trembler le bureau. Aucun ca- mion. Une seconde secousse me ramène à la réalité. Ma collègue qui partage le même bureau que moi, Sandra crie tout en courant vers la sortie : Yachim c’est un tremblement de terre. J’ai juste le temps de dire à Oumou, restée au bout du fil, que c’est un tremblement et que je suis en vie, avant de jeter le combiné du téléphone et me précipiter vers la sortie. Mes pieds flanchent, je tombe une première fois, je me relève et parvins, en chancelant, à atteindre la sortie du studio en quelques secondes. En moins d’une minute mes collègues et moi, nous nous retrouvons hors du bâtiment.
Pendant que nous nous regroupons devant l’entrée du bâtiment an- nexe abritant notre bureau, l’immeuble de six niveaux de l’Hôtel Chris- topher, s’écroule comme un château de cartes, dans un vacarme assourdis- sant, soulevant une poussière noire dans le ciel. Soudain l’obscurité enve- loppe le ciel. Des cris de détresse, des pleurs, des appels au secours, nous parviennent des décombres de l’hôtel. Nous nous éloignons le plus loin possible de l’hôtel et des arbres. Mais courir devient difficile car la terre continue de trembler sous nos pieds. C’est la fin du monde, pouvait-on entendre au loin.
J’envoie de mon téléphone portable le message « TRBLT D TERR, suis vivant », à ma femme, ma fille Oumou et à mon ami Anourou, pen- dant que nous nous sauvons. Ça fait une heure depuis que l’intensité des répliques a diminué. L’heure est au secours et à la gestion de survie. Cha- cun s’implique comme il peut et tout le monde s’improvise, secouriste, psychologue.
Les premières victimes et les rescapés se comptent. Les survivants sont regroupés sur le parking de l’hôtel et chaque service fait le point des pré- sents et des absents. Deux collègues et amis, pourtant présents au bureau le matin manquent à l’appel : Riquet Michel et Mamadou Ba. Il est 22H, nous nous mettons en route sous la houlette des collègues de la sécurité pour rejoindre la base de la Mission qui se trouve de l’autre coté de la ville près de l’aéroport international Toussaint Louverture, vers la sortie Nord de la ville, à une dizaine de kilomètres de l’hôtel Christopher. Dans la nuit noire, en file indienne, et en rang serré, nous marchons en silence. Nous traversons la ville du sud au nord, et atteignons le lieu de regroupement, à l’aube. Affamés, épuisés et assoiffés, nous nous installons dans la cour de la base, à même le sol en attendant que le jour se lève.
Le lendemain, les secours reprennent et s’organisent mieux. Désor- mais nous vivons sous les arbres dans des abris de fortune, la peur au ventre, avec les répliques incessantes. S’engage une course folle contre la montre pour trouver des survivants sous les décombres. Depuis trois jours, les secouristes tentent sans succès de creuser une ouverture dans les dé- combres de la villa au quartier Canapé vert, où habitent des officiers de la police internationale de l’ONU. Sous les décombres, partent des coups de feu, provenant de pistolet, preuve que les policiers pris au piège sont toujours vivants. Le quatrième jour, les secouristes américains, parviennent à extraire, vivante, mais avec beaucoup de blessures, une policière de na- tionalité nigérienne des décombres. Le cinquième jour, c’est le gardien de l’immeuble qui sort indemne et en bonne santé. Il parvient même à racon- ter sa longue vie de cinq jours, sous les décombres, devant les caméras du monde entier qui ont accouru en Haïti, le lendemain du 12 janvier. Il y a encore les deux policiers guinéens sous les décombres, dit-il. Ils m’avaient même envoyé acheter des cartes de recharge téléphonique. Jusqu’au troi- sième jour, on se parlait à travers les décombres, chacun de son côté. Ce sont eux qui tiraient de leurs pistolets, pour manifester leur présence, les trois premiers jours, ajoute-il.
Après le troisième jour, ils ne donnent plus signe de vie. L’espoir de les retrouver s’amincit surtout que les secouristes sont stoppés devant la masse de béton et de ferrailles qui bloquent toute avancée de recherche.
C’est le quinzième jour du séisme que les secouristes découvrent l’in- soutenable : deux corps collés en un seul. Pénible d’imaginer comment ont-ils affronté les derniers instants de leur vie en se soutenant mutuel- lement. Les deux compagnons unis par le destin, étaient en fait au terme de leur mission en Haïti. Ils avaient déjà envoyé par fret leurs bagages et devraient rentrer en Guinée, par le vol du jeudi 14 Janvier.
Dans les rues de Port au Prince, c’est partout un décor de désolation et de chaos indescriptible. L’air est irrespirable à cause des odeurs nauséa- bondes.
Des cadavres qui jonchent les rues, des décombres, des maisons réduites en gravas de ciment et de fer. Là-bas des chiens errant qui se ré- galent de cadavres humains. Des hommes déboussolés, marchant dans les rues, ne sachant point où aller. Des enfants en pleurs, assis dans des coins de rues, scrutant les passants à la recherche d’un parent ou proche disparu. Une véritable atmosphère apocalyptique.
C’est dans ce chaos de fin du monde, que la vie reprend petit à pe- tit. Les recherches se poursuivent. Mes collègues Mamadou Ba et Riquet Michel, eux, restent introuvables après deux semaines de recherche. Une semaine plus tard, tomba la terrible nouvelle : les restes de Mamadou Ba et Riquet Michael sont identifiées et authentifiées, le jour même où nous apprenons que des secouristes ont extrait vivant, un étudiant qui a sur- vécu pendant 21 jours sous les décombres du supermarché Caribéen, sur l’avenue Delmas. Revenu à la vie, il a même la force de raconter avec phi- losophie : « Je m’alimentais de tout ce qui se trouvait autour de moi, et la dernière semaine, avant d’être sorti, je buvais mon urine pour étancher ma soif et mouiller ma gorge pour pouvoir tenir ».
Je passe et repasse dans ma tête, les moments de joie, partagés avec l’ami, le collègue et le frère de religion, Mamadou Ba. Musulmans, nous faisons ensemble, tous les vendredis le chemin de la mosquée. Après la prière de vendredi, nous nous arrêtons, en cours de route, à « Epis d’or », sur l’avenue Delmas, un Fastfood, prisé par la jeunesse de Port au prince, pour manger un Chickenburger.
J’étais perdu dans mes rêveries, quand je reçois un appel inhabituel car tout est devenu inhabituel dans ce pays ravagé, d’un collègue sénégalais, Abdoul Aziz Thioye. Ce dernier travaille aux Gonaïves, au Nord de Haïti, ville qui a été épargnée par le séisme. D’une voix grave et le souffle coupé, il balbutie au téléphone : “Mon cher Yachim, j’ai besoin de tes services, il faut que tu m’aides. Hier, une journaliste sénégalaise répondant au nom de Die Maty Fall, m’a contacté au sujet d’une étudiante sénégalaise, morte dans le séisme à Port Au prince. Les parents de la défunte qui s’appelait Fatou Fall, sont à la recherche d’un musulman qui accepterait d’organiser une sépulture digne pour la disparue.
Aziz prend une pause, pour respirer avant de continuer : « Comme tu le sais je ne suis pas à Port au prince, et je ne suis pas parvenu à trouver un compatriote sénégalais, c’est pourquoi, je me tourne vers toi. Après une petite pause pour comprendre ce qui se passe, je donne mon accord à Aziz Thioye et lui dit qu’il peut compter sur moi et la famille de la défunte aussi. Il respire profondément comme s’il vient de se libérer d’un lourd fardeau. Il me met séance tenante en contact avec la journaliste Die Maty Fall, intermédiaire de la famille de la défunte. Celle-ci m’appelle et après les salutations d’usage, me passe la mère de la défunte. D’une voix tremblante et lointaine, mais forte, elle parle pendant que je l’écoute en silence, avec les larmes aux yeux, mais avec courage. De temps en temps, je la relance avec « inshaalahu Maman ». Je ne parle ni ne comprends la langue, Ouolof dans laquelle elle m’explique, mais je saisis tout au passage sans traduction, avant que la journaliste servant d’interprète, me dise que la mère effondrée serait heureuse dans la douleur de savoir que sa fille a bénéficié d’une sé- pulture dans la pure tradition musulmane. Elle me l’a demandé dans ses mots en psalmodiant des prières, pour la défunte et pour moi, l’inconnu, à qui revient la lourde et redoutable tâche. Pendant qu’elle me parle, une décharge électrique parcourt mon corps et mon cœur bat si fort que je ne sentais pas les chaudes larmes sur mon visage. J’interromps la communica- tion pour reprendre mon souffle. Ensuite rappelle la journaliste, l’amie de la famille, pour lui rassurer que la famille puisse compter sur moi. La dé- funte qui fait désormais partie de ma vie, est arrivée en Haïti avec la bourse de la francophonie pour des études à l’Institut Aime Césaire de Port Au Prince. Elle préparait ses derniers examens de fin de cycle, ce triste mardi du 12 Janvier, quand le tremblement l’a surprise dans son lit.
Je rends compte à mon ami et collègue, Aziz Thioye qui me transmit le numéro de téléphone de la responsable de l’Institut Aime Césaire. C’est elle qui avait informé la famille. Je prends contact immédiatement avec elle. Nous arrangeons ensemble les dispositions pratiques de l’organisa- tion des funérailles. Elle propose dans la cour de l’Institut, un endroit qui servira de tombe et mis deux manœuvres à la tâche, suivant mes indications, pour préparer la tombe, selon le rite musulman. Je me rends sans tarder, accompagné d’un collègue et jeune compatriote, rescapé lui aussi, du tremblement de terre, Ngolo Diarra, sur les décombres de l’immeuble de la défunte Fatou Fall. Volontaire des Nations Unies, Ngolo est arrivé en 2007, en Haïti. Depuis, avec lui, je partage mes heures de joie et de peine.
Sur place, nous trouvons la responsable de l’Institut Aimé Césaire. Deux sacs en plastique noir sont posés sur les décombres. Elle nous ex- plique que ce sont les restes de Fatou Fall et d’une autre étudiante de na- tionalité togolaise. Elle nous remet les objets récupérés, dans un sachet plastique, appartenant à Fatou Fall : un passeport sénégalais, un bracelet portant les initiales, Fatou.
Elle s’approche de moi et demande si je peux aussi m’occuper des restes de la togolaise, car dit-elle, toutes les tentatives de retrouver ses parents sont restées vaines. Fixant les restes des deux défuntes, une profonde tristesse m’envahit et je n’ai pas pu penser à leurs parents, qui ne pourront pas leur dire adieu. Du fond de moi, je remercie le seigneur de m’avoir sauvé la vie, pour pouvoir accomplir cette mission : rendre un dernier hommage, sur cette terre d’Haïti, terre de souffrances et de courage, à deux êtres que le destin a voulu que je leur parle après la mort. Je détourne mon regard des deux sacs plastiques, fixe le ciel et respire fortement. Tout d’un coup, je me rends compte, qu’à travers cette conversation avec ces deux êtres, je viens de faire mon deuil pour tous les amis, collègues disparus dans le tremblement.
Nous transportons les restes des deux défuntes à l’Institut Aimé Césaire, situé sur les hauteurs de Bourdon, sur la route de Juvenat et Pétion Ville. Sur les lieux de l’inhumation, dans la cour de l’Institut, les deux manœuvres nous attendant près de la tombe fraîchement creusée. Ngolo et moi procédons à la prière aux morts sur les restes des deux étudiantes, posées en direction de la Kaaba, comme le veut la tradition musulmane. Je dirige la prière, sous le regard de quelques curieux qui se demandent ce que nous faisons. Des larmes coulèrent à nouveau sur mon visage, mais cette fois ci, ce sont des larmes de fierté du devoir accompli. Apres l’enterrement selon le rite musulman, nous prions une dernière fois sur la tombe commune pour le repos de leurs âmes.
Après la cérémonie d’inhumation, j’appelle la mère de Fatou Fall pour lui rendre compte. Ensuite j’ai remis à Aziz Thioye, le passeport et le bra- celet de la défunte, qu’il a promis d’envoyer à la famille, à Dakar. Quant à l’étudiante togolaise, j’ai remué ciel et terre, je n’ai jamais pu retrouver ses parents. Je continue les recherches dans l’espoir qu’un jour, je rencontrerais ses parents pour les aider à faire leur deuil.
La disparition de Fatou Fall a tenu en haleine les médias sénégalais pendant toute la période de recherche, m’explique plus tard, la journaliste Die Maty Fall. Le pays entier était en émoi, dit-elle, quand après plusieurs jours de recherche, le pays appris la nouvelle de la découverte de ses restes. Ses funérailles aussi furent largement couvertes par les médias sénégalais. Plusieurs font l’écho de son inhumation par un imam malien de Haïti. C’est ainsi que je découvre sur le site d’informations sénégalais, Seneweb, que là-bas au Sénégal, on m’appelle Imam, pour avoir organisé l’inhuma- tion selon le rite musulman. Une fois de plus, le destin me rattrape.
A l’âge de six ans, mon père, Yacouba Adjina, marabout, m’envoie à l’école coranique chez son ami, maître coranique, Amadou Alhalil à Tas- siga. Malheureusement je n’étais pas doué pour devenir marabout et deux ans plus tard, la mort dans l’âme, mon père accepta de m’inscrire à l’école publique, à l’école du blanc, comme on le dit chez nous en cette année, 1968. Quand j’ai appris que les médias sénégalais m’ont consacré Imam malien de Haïti, je fus surpris, mais surtout heureux et fier pour mon défunt père, qui depuis le ciel, me sourit. Lui qui a caressé le rêve, de son vivant, de me voir devenir, dans ma vie, marabout, comme lui.
Voilà, mon cher ami, Ali, mon histoire, la vraie, du 12 janvier 2010. Une date, un instant, une vie, à jamais gravés dans ma mémoire de mortel. A toi de comprendre si oui ou non, ma réputation d’homme à dimensions multiples est réelle ou imaginaire. En attendant je te confirme que je suis un homme chanceux et qui rend grâce à Dieu, chaque seconde de sa vie.
Yachim MAIGA
[email protected]

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1 commentaire

  1. Maiga ke, je suis venu deux jours apres le seisme pour aider la population Haitienne a s’organiser et a se preparer pour lutter conte les endemies et epidemies existantes et potentielles et j’ai vecu pendu 2 mois sur un Bateau loue par le PAM comme Hotel, mais je ne suis pas senti comme un Imam mais un simple professionnel des Nations-Unies au service du peuple Haitien.

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