Des zones d’ombre persistent sur les frappes aériennes sur Bounty : Des thèses qui confirment les versions de la bavure militaire

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Plus d’une semaine après la tuerie survenue près du village de Bounty, dans le cercle de Douentza, causée par des frappes militaires, le dimanche 3 janvier dernier, c’est toujours le flou et la confusion qui règnent. C’est vrai que le mystère sur les auteurs et les objectifs de ces frappes aériennes a été levé, ce n’est pour autant toujours pas le cas quant à l’identité des victimes. Même s’il y a une certitude quant à la présence des djihadistes près de la zone, des victimes collatérales ont bien été enregistrées.

Les langues commencent à se délier sur les frappes aériennes ayant tué plusieurs personnes, le dimanche 3 janvier dernier, près du village de Bounty, commune de Dallah, cercle de Douentza, dans la région de Mopti. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre persistent encore.

L’état-major qui n’a revendiqué les tirs que 48 heures après, est une nouvelle fois sur la sellette. C’est vrai que du côté des officiels français comme maliens, ces frappes ont surtout permis de neutraliser plusieurs «djihadistes». Cependant, dans les communiqués officiels diffusés par les deux camps pour la circonstance, il y a une confusion sur le nombre de personnes éliminées ainsi que sur l’identité réelle des meneurs de cette opération.

En effet, alors que l’armée française évoque l’élimination d’au moins une trentaine de «djihadistes», la partie malienne ne parle que d’une dizaine. Ensuite, dans le document produit par les Français, il n’a été indiqué nulle part que cette opération a été menée conjointement. Alors que le ministère malien de la Défense affirme y avoir participé ne serait-ce que dans les échanges d’informations et des renseignements.

Cette confusion ou mésentente qui ne dit pas son nom a été observée en novembre 2018, lorsque la prétendue mort du chef de la Katiba Macina d’Ançar Dine, Amadou Koufa, a été annoncée suite à un raid non loin de la forêt de Wagadou. Depuis la réapparition de Koufa, quelques mois plus tard, l’on avait cru que ce genre d’erreur dans la communication des informations militaires ne surviendrait plus.

Visiblement, ce n’est pas le cas puisqu’on a du mal à rompre avec les vieilles habitudes. Autre grande erreur commise dans le cadre des opérations de Bounty, c’est le retard pris dans la diffusion des communiqués officiels.

Il a fallu attendre 48 heures pour avoir les premières informations officielles du côté des Français. Pour la partie malienne, ce sont plutôt 72 heures. Alors que pour  ce genre d’opération, la rapidité dans la diffusion de l’information permet de canaliser les autres sources et ne pas laisser la place à toutes sortes de rumeurs ou d’informations contradictoires.

Ce cas a notamment été observé lors du raid mené par Barkhane en novembre 2017 contre un camp de terroristes à Abeïbara, dans la région de Kidal, qui abritait aussi 11 militaires maliens capturés comme otages par AQMI. On se souvient aussi du mineur qui a été tué par les militaires français le 30 novembre 2016 à Aguelhock, dans la région de Kidal.

Dans ces deux événements, un grand retard a été pris avant la diffusion de communiqués officiels. Chose qui a laissé la place à toute sorte d’interprétations, de rumeurs et d’informations contradictoires. De telles pratiques ne peuvent que discréditer le bien-fondé de ces opérations militaires.

La dernière erreur commise et non des moindres sur ces frappes de Bounty, c’est surtout au sujet de l’identité des victimes. Selon leurs proches, celles-ci étaient de simples civils venus participer à un mariage au domicile d’un certain Hama Idiarra Diallo. L’association Talpital Pulaaku, ayant rendu disponible la liste des victimes, leur identité ainsi que leur filiation, a déclaré que celles-ci sont au nombre de 19. La même structure a aussi affirmé qu’il y avait 8 blessés actuellement hospitalisés à Douentza.

Une information d’ailleurs confirmée par l’ONG humanitaire «Médecins Sans Frontières», qui prend en charge ces blessés, précisant que certaines blessures ont été causées par balles et d’autres par des explosions. Alors que les officiels tant du côté malien que français, aucune information sur l’identité des personnes tuées ou des «djihadistes» abattus, n’a été donnée.  Pour l’heure, seule une enquête indépendante, comme réclamée par la FIDH et d’autres organisations de défense des droits de l’homme, s’impose pour faire la lumière sur cette affaire qui continue de diviser l’opinion.

En tout état de cause, face à ces multiples zones d’ombre, il apparaît ainsi que la thèse de la bavure est bien plausible. Surtout que l’on sait aussi que les Français sont actuellement dos au mur après la perte récente de cinq militaires entre le 28 décembre 2020 et le 2 janvier 2021. Et les revers militaires s’enchaînent, on dirait !

C’est le lieu de rappeler qu’une cinquantaine de militaires français ont perdu la vie au Sahel dont une écrasante majorité au Mali depuis leur engagement en janvier 2013. Une situation qui intervient alors qu’aussi bien en France qu’au Sahel, la présence militaire française fait grincer des dents. D’aucuns n’hésitent même pas à réclamer le départ pur et simple de cette zone.

D’ailleurs, à l’occasion du 20 janvier prochain, date-anniversaire de la création de l’armée malienne, un grand rassemblement est prévu à Bamako pour réclamer le départ des militaires français.

Cheick Bougounta Cissé  

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