Mali: «L'influence du capitaine Sanogo existe toujours»

15 Mars 2013 - 11:37
Mis à jour: 14 ans
77
SanogoAu Mali, il ne fait pas bon critiquer le capitaine Sanogo. La preuve en est, l'arrestation, le 6 mars dernier, du directeur du journal Le Républicain, qui avait publié une lettre ouverte de soldats contre l'ancien chef putschiste. Un an après son coup d'Etat, le capitaine Sanogo est-il toujours l'homme fort de Bamako ? Depuis Dakar, Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l'Ouest de l'ONG International Crisis Group (ICG), analyse la situation.   RFI : « Pas touche au capitaine Sanogo », disent les autorités maliennes. Un journaliste de Bamako l’a appris à ses dépens. Est-ce que le chef putschiste ne reste pas l’homme fort de Bamako ? Gilles Yabi : Je ne pense pas. Il y a quand même eu beaucoup de développement depuis le coup d’Etat de mars 2012. Aujourd’hui, le capitaine Sanogo a perdu une partie significative de son influence. Mais évidemment, réduction de l’influence ne veut pas dire élimination de l’influence et neutralisation politique totale du capitaine Sanogo et de la junte qui a fait le coup d’Etat l’année dernière. L’arrestation du directeur du journal Le Républicain, Boukary Daou, n’est-elle pas la preuve qu’il a toujours la main sur l’appareil sécuritaire ? C’est la preuve que son influence existe toujours. Mais il ne faut pas oublier que le capitaine Sanogo a nommé les chefs d’état-major des différents corps des forces maliennes, qu’il a également nommé les chefs du service de renseignements, la fameuse sécurité d’Etat à Bamako. Ces personnes lui sont donc toujours redevables. Forcément, on est également dans un contexte où le président Dioncounda Traoré a certes été renforcé par l’intervention militaire française, mais il cherche toujours à ménager le capitaine Sanogo dans cette phase de la transition. Beaucoup disent que pour l’instant, le capitaine Sanogo fait profil bas, mais qu’en réalité, il ne renonce pas et que dès que les troupes étrangères seront parties, il tentera de reprendre la main. Le coup d’Etat était davantage la conséquence d’une crise de la gouvernance du secteur de la sécurité et de la gouvernance du pays pendant des années, que, au fond, l’élément déclencheur de cette crise. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui la classe politique civile est décrédibilisée. Tant que la classe politique n’occupe pas l’espace politique, cela laisse la possibilité au capitaine Sanogo et à d’autres militaires d’occuper cet espace et de s’opposer à l’alternative à la classe politique. Cela peut effectivement toujours donner une place aux militaires. Cela étant, le capitaine Sanogo, contrairement à d’autres capitaines dans la région qui ont pu prendre le pouvoir, est conscient de la réaction des partenaires internationaux et régionaux qui lui sont extrêmement hostiles, qui ne vont pas accepter qu’il puisse revenir, en tout cas au premier plan politique, à court ou à moyen terme. Il paraît qu’entre eux, les lieutenants du capitaine Sanogo se disent : « En Mauritanie et au Niger, nos frères d’armes putschistes ont pu gouverner pendant au moins un an et se constituer un petit capital, pourquoi pas nous ? On n’a pas fait tout cela pour revenir au point de départ. » Il y a des frustrations très claires aujourd’hui au sein de l’ex-junte. Elles sont liées au sentiment d’avoir fait un coup d’Etat, d’avoir dénoncé les responsables politiques - notamment l’ancien président Amadou Toumani Touré, mais également tous les acteurs politiques principaux des dernières années -, et finalement de voir revenir au premier plan ces acteurs politiques-là et y compris le président intérimaire Dioncounda Traoré. Evidemment, il y a aussi la perception de risque que les élections organisées rapidement n’induisent finalement pas un changement important au niveau de la classe dirigeante du pays. Il y a donc cette frustration. Mais, à nouveau, on est dans un processus malien qui est quand même très internationalisé maintenant, avec une opération de maintien de la paix de l’ONU qui va se mettre en place. Dans ce dispositif-là, il sera difficile au capitaine Sanogo et aux éléments de la junte de résister et d’imposer leur vision. Mais cette force internationale, dans un an ou deux, sera partie. Est-ce que d’ici là la Misma n’a pas intérêt à neutraliser les quelque 400 militaires qui sévissent au camp militaire de Kati ? Bien entendu. De toute façon, il y a beaucoup de défis qui se posent aux partenaires internationaux du Mali. Parmi ces défis, il y a la réforme du secteur de la sécurité. Ce n’est pas un comité militaire de réformes qui va faire cela et certainement pas un comité dirigé par le capitaine Sanogo. Tout dépendra de l’accompagnement international qui sera mis en place. Il y a aujourd’hui la possibilité de neutraliser progressivement l’influence de la junte. La communauté internationale compte beaucoup sur la future élection présidentielle pour qu’arrive au pouvoir un président légitime qui s’imposera naturellement à tous. Mais est-ce qu’elle ne se trompe pas ? C’est une question délicate. Je crois qu’il y a vraiment de solides raisons pour parvenir à des élections rapidement. En même temps, les élections rapidement, ce n’est pas à n’importe quel prix. L’échéance de juillet pour organiser ces élections me semble très ambitieuse et pas très réaliste, et peut-être pas très souhaitable. Mais évidemment, l’échéance pourrait être simplement trois mois plus tard, peut-être à la sortie de la saison des pluies. Cela pourrait laisser davantage de temps, non seulement pour la sécurisation du territoire du nord du pays qui n’est pas totale, mais également laisser du temps pour créer des conditions psychologiques qui soient favorables à l’organisation d’une campagne électorale et pour que les populations maliennes sentent réellement que les élections font partie du processus de sortie de crise. C’est un pays, tout de même, où les taux de participation aux élections ont été beaucoup plus bas que ce qu’on observe dans les pays voisins d’Afrique de l’Ouest. Est-ce qu’il faut réconcilier les communautés avant les élections ou peut-on faire les deux choses en même temps ? Il faut réconcilier dès maintenant. Il faut entreprendre dès maintenant. Et surtout il faut s’assurer qu’on ne fasse rien qui aggrave la rupture de confiance qui existe déjà entre les communautés. C’est pour cela que la mise en place de cette Commission dialogue et de réconciliation est extrêmement importante. Il est nécessaire d’avoir très rapidement la composition de cette Commission et d’entreprendre un travail qui pourrait commencer à la base, localité par localité. Car il y a des différences importantes d’une région à l’autre, et même d’un cercle de régions à l’autre, en terme de crispations et en terme d’évolution des rapports de forces entre les communautés pendant les neuf mois d’occupation par les forces du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) d’abord et ensuite par les forces jihadistes. Par Christophe Boisbouvier   RFI

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (77)

User
Massaye
Massaye 14 ans
Qui disait:"je suis pour le Mali ce que De Gaulle fut pour la France?"Une offense pour Le Général et pour la France,alors que 5 soldats français sont tombés pour le Mali.Jamais un capitaine qui se planque à Kati ne pourrait ressembler à un très grand homme.Ce qui est triste,c'est que le capitaine Sanogo détient à l'ombre les rênes du pouvoir et en fait de Kati un bastion terroriste d'où la peur du président et du premier ministre de se voir tabasser. Aujourd'hui,Sanogo et sa bande tirent,tuent, tabassent,enlèvent,emprisonnent,volent,interdisent la libre expression au seul motif semer la terreur pour qu'ils gardent plus longtemps le pouvoir pour s'enrichir,chose qu'ils ne cachent pas.La junte de Kati est un danger pour l'unité,la stabilité,la sécurité du pays...
malika
malika 14 ans
J'ai beaucoup de respect pour tous les combattants qui aident le Mali au Nord, mais sans vouloir vous offenser, les 5 soldats français sont tombés pour la France uniquement. Cela peut te sembler ingrat de ma part, mais je te dis la vérité. Ce n'est pas par "amour" pour la liberté et je ne sais quoi d'autre que la France s'est engagé au Mali. C'est plutôt pour : 1- Protéger les 6000 ressortissant français qui sont à Bamako en évitant qu'ils soient soumis à la charia et amputés ou flagellés. 2- Défendre les intérêts français, car il est certain que Total, Orange-Mali, Bolloré (SDV), BNP Paribas (BICIM) ... auraient été saccagés et vidés de tous ce qui peut ressembler de près ou de loin à l'argent. Si vous analysez le problème à fond, vous comprendrez que si la France à travers Sarkozy n'avait pas déclaré la guerre à la Libye et largué des armes aux terroristes de Bengazy, rien de tout cela ne serait arrivé au Mali.
malika
malika 14 ans
@Massaye : Vous savez même De Gaulle s'est planqué en Grande Bretagne au moment ou la France affrontait les nazis sur son sol! Nous n'avons peut-être pas la même lecture de l'histoire, mais De Gaulle c'est l'homme qui a aussi ordonné le "blanchissement" des troupes à la fin de la guerre. Ainsi tous les tirailleurs Sénégalais ont été dispensés de fêter la victoire avec leurs compagnons d'armes parce qu'ls n'étaient pas blanc !!! De Gaulle c'est aussi celui qui a ordonné le massacre des tirailleurs du camp de Tiaroye (si tu n'as pas vu le film, je te le conseille vivement) qui n'ont rien fait d'autre que réclamer leur salaire. Si De Gaulle est un héros en France, moi en tant que malien, je ne peux voir en lui qu'un criminel raciste. Finalement, je crois vraiment que tu as raison, Sanogo a tort de se comparer à De Gaulle, car il a plus de Dignité que cet assassin(De Gaulle).
MOUSSA1
MOUSSA1 14 ans
ARRETEZ D ETRE NAIFS LES FRANCAIS SONT VENUS PROTEGER LEUR RESSORTISSANTS POINT BARRE LES FRANCAIS NE VOULAIT PAS INTERVENIR MILITAIREMENT PARLANT LA PREUVE http://www.youtube.com/watch?v=Dsr6CirvzRU
bangobare
bangobare 14 ans
Ahhh ca c'est quoi ca encore ,donc au Mali il ny a pas un seul home pour faire le job ,mais il faut le tombaiser et puis c'est fini Dadis a eu la chance de rester en vie mais toccard devrait etre saute pour une belle fois . :evil: :evil: :evil:
Pseudo supplementaire
Pseudo supplementaire 14 ans
MENTION SPECIALE A BOBARA (98 commentaires)POUR LES POSTS LES PLUS LIMPIDES, LES PLUS CLAIRS, ET LES PLUS EXPLICITES, DE TOUTE L'HISTOIRE DE CE FORUM! Un exemple: "c est simple je t explique ce le desir inconsient ou satisfaction pulsionnelle inconscient que les anti sanogo ressente de qu il s agit de lui et qui devient par la suite une representation generale et abstraite de la realite d une situation qui vous echappe" :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D Remarquez bien qu'il me dit en intro : "C'EST SIMPLE, JE T'EXPLIQUE!" :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D :-D BOBARA RECOIT LE PRIX SPECIAL "NEURONES EN SALADE" :-D :-D :-D :-D
BOBARABA
BOBARABA 14 ans
ce trop fort pour toi cherche a connaitre la nature humaine ce qui doit te prendre quelques annees apres tu comprendra mes mots au revoir fais moi signe dans 5 ou 7 ans :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:
doucara 14 ans
<b> Me l228 commentaires France15 mar 2013 - 21:18 <b> Douc tu est trop bête tu n’est ni au queu ni au bout du pirogue alors tais toi con <b> sache que tu peux me dire tout ce que tu veux mais la vérité si je mens tu toi même tu sais qui d entre toi et moi est BÊTE et CON :mrgreen: mais sur le net «MW » tout le monde est intelligent ça non arrêtez de dénigrer les autres regarder autour de vous même et essayer de mettre un correcteur sur vos erreurs d abord 8-O voyons @mel
Mel
Mel 14 ans
@douc qui se prend pour le centre du monde je fait des fautes et alors, ce qui est important c'est de pouvoir réfléchi correctement et toi tu est incapable de le faire si tu pense que sanogo est le sauveur du Mali ce que tu est le roi des cons
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (108)
  • Nfp (79)
  • Kankan (53)
  • Sissoko (25)
  • Citoyen du monde (22)