Situation sécuritaire par la DIRPA : Six mois de reconquête passés à la loupe
Sur le théâtre des opérations, la guerre obéit à une temporalité implacable, faite de silences tactiques, d'exigences logistiques et de fulgurances planifiées.
Du 25 avril au 20 octobre 2026, l'arc stratégique malien a traversé l'une des séquences les plus denses de son histoire moderne. Dans l'enceinte de la Direction de l'Information et des Relations Publiques des Armées (DIRPA), le Colonel-major Bakary Bocar Maïga a dressé devant la presse nationale et internationale, le vendredi 23 octobre 2026, le bilan opérationnel d'une reconquête menée sur l'ensemble des fronts, bilans arrêtés au 20 octobre 2026.
Dans son propos liminaire, l'officier supérieur a d'emblée recadré la boussole morale et stratégique de l'institution militaire : «Je voudrais rappeler le sens de l'engagement des forces armées maliennes : elles combattent pour défendre l'intégrité du territoire national, protéger les populations et permettre à l'État d'exercer ses pleines responsabilités sur toute l'étendue du territoire. Elles font face à un irrédentisme armé, au terrorisme et aux réseaux criminels qui contribuent à leur financement et à leur approvisionnement. La durée du conflit ne change ni la nature de la menace ni la responsabilité de l'État. Ce qui était inacceptable en 2012 ne devient pas acceptable avec le temps».
C'est précisément dans cette continuité que s'inscrit le point de situation : «Notre rencontre de ce matin porte sur le renforcement du dispositif sécuritaire dans la région de Kidal et plus largement sur le théâtre Est. La période que nous considérons dans notre entretien est celle qui s'étend du 10 septembre au 20 octobre 2026. Cependant, pour expliquer la préparation de l'offensive sur le théâtre Est, nous présenterons également la campagne sur toute sa durée, c'est-à-dire après les attaques du 25 avril 2026».
Poursuivant son exposé, le porte-parole de la DIRPA a désigné le fait majeur de cette séquence : «Le fait majeur de la période a été la consolidation du dispositif sécuritaire dans la ville de Kidal à la suite de l'offensive lancée le 6 octobre 2026 dans le cadre de l'opération Dougoukoloko, en application de l'ordre opérationnel complémentaire baptisé Cram-Cram».
«Il fallait conserver les points d'appui, acheminer les moyens nécessaires au renforcement des forces, empêcher l'ennemi de se réorganiser. Ces trois efforts combinés et simultanés ont contribué à l'offensive du 6 octobre».
Développant la mécanique de cette manœuvre, l'état-major a structuré son action autour de trois piliers fondamentaux : «Le premier point de ce plan, c'était le maintien du point d'appui d'Anéfis. Les combats du 4 au 9 juillet ont été éprouvants selon les bilans du commandement : ils ont infligé de lourdes pertes humaines et matérielles aux groupes armés terroristes».
«Le deuxième pilier de la manœuvre est la continuité du soutien logistique. C'est le rôle qu'ont rempli les convois de ce que nous avons nommé la "grande marche vers le nord", qui ont acheminé équipements, matériels et ravitaillements nécessaires aux unités».
«Le troisième pilier est la campagne aérienne d'attrition. Engagée dès le lendemain du 25 avril (le 26 avril), cette campagne visait à réduire les capacités adverses, empêcher leur regroupement, frapper les positions identifiées et entraver la réorganisation des combattants, de leur logistique et de leurs sources d'approvisionnement (notamment l'or et les trafics)».
Illustrant l'intensité de cet engagement aérien, le bilan chiffré fait état de : «De mai à septembre 2026, les bilans de l'armée de l'air recensent 1887 missions opérationnelles de surveillance et de suivi. De ces 1887 missions, 791 frappes en ont résulté sur l'ensemble du théâtre, et 65 frappes supplémentaires ont été recensées du 1er au 20 octobre. Le bilan consolidé de mai au 20 octobre 2026 fait état de plus de 4880 combattants des groupes armés mis hors d'état de combat ainsi que la destruction de plus de 162 bases, 315 véhicules de type pick-up, 1300 motocyclettes».
Élargissant le panorama aux autres théâtres d'opérations, le commandement a souligné que : «Sur le théâtre Centre qui concerne Ségou, Mopti, Bandiagara, Tominian et Taoudénit, il s'agit de réduire les capacités ennemies. Les opérations ont combiné frappes aériennes, reconnaissances offensives et patrouilles au sol. Dans les secteurs de Sofara, au nord-est de Sévaré et de N'Daki, [les actions] totalisent 16 frappes, le bilan faisant état de plus de 200 combattants ennemis mis hors d'état de combattre, 10 véhicules et 95 motocyclettes détruits».
«Sur le théâtre Sud qui comprend Kita, Kati, Koulikoro, Nara, Dioïla, Sikasso, Bougouni et Koutiala, il s'agit de traquer les refuges et de sécuriser les approvisionnements. Les FAMa, appuyées par leurs partenaires russes d'Africa Corps, ont visé notamment à empêcher les groupes terroristes d'utiliser les massifs forestiers (Fina, Nafadji, Mahou, Sounsane, Baoulé) pour se dissimuler, se regrouper et préparer des attaques contre les convois. En septembre 2026, plus de 2 556 citernes ont été ainsi escortées. À Bafoulabé, les FAMa ont assuré le franchissement de 656 véhicules grâce au génie».
Enfin, le point de situation s'est conclu sur la dynamique de formation et de montée en puissance : «S'agissant des formations, arrêté à la date du 20 octobre, nous pouvons compter 548 nouveaux sous-officiers issus de Banamba, plus de 2 700 nouvelles recrues au sein des forces armées. Le 13 octobre, nous avons assisté sous la présidence du Président de la transition, le Général d'armée Assimi Goïta, chef suprême des armées, à la présentation au drapeau de la cohorte du Service national des jeunes, d'où sont sortis près de 2400 jeunes dont 800 femmes qui ont achevé six mois de formation militaire et civique».
Les faits
L'examen rigoureux des données présentées par la DIRPA confirme la fiabilité des engagements. Sur le plan statistique, les chiffres communiqués - 1887 missions aériennes, 791 frappes de mai à septembre et 65 frappes supplémentaires du 1er au 20 octobre, soit 856 frappes au total, plus de 4880 combattants mis hors d'état de combat, plus de 162 bases et des centaines de véhicules détruits-s'inscrivent dans une comptabilité de guerre tenue pour la période de mai au 20 octobre 2026. L'arc opérationnel s'étend sur l'ensemble des zones sous juridiction, de Ségou à Taoudénit et de Kita à Koutiala. Sur le plan tactique, l'offensive du 6 octobre 2026 matérialise l'efficacité d'une doctrine combinée reposant sur trois axes indissociables : la sanctuarisation du point d'appui d'Anéfis, la résilience logistique de la «grande marche vers le nord» et la pression continue d'une campagne d'attrition aérienne.
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