Commune de Fourou : Une dizaine de villages rejettent deux projets de la Somisy-SA et interpellent les autorités
À la faveur d’une assemblée générale organisée le samedi 17 octobre 2026 à Bananso, les communautés riveraines de la société des mines d'or de Syama (Somisy-SA) ont exprimé leur ferme opposition à deux projets...
À la faveur d’une assemblée générale organisée le samedi 17 octobre 2026 à Bananso, les communautés riveraines de la société des mines d'or de Syama (Somisy-SA) ont exprimé leur ferme opposition à deux projets: l’extension de la clôture du site A21 et la réalisation d’un nouveau bassin destiné à recueillir les déchets issus des activités minières, connu sous le nom de TSF3.
A cette assemblée générale, ont pris part des habitants des villages du secteur de Bananso et des localités environnantes, notamment N’golopéné, Piama, Tembléni, Syama, Lasséribougou, Conzanso et Mougnina. Une délégation de ressortissants du secteur venus de Bamako s’était également jointe à la rencontre. Trois préoccupations essentielles étaient au cœur des échanges: l’extension de la clôture du site A21, la réalisation d’un nouveau bassin de stockage des déchets issus des activités minières et l’orpaillage par dragage dans les différentes cours d’eau du secteur.
Face à des populations visiblement exaspérées, Diakalia Sogodogo, membre de la délégation venue de Bamako, a planté le décor. Selon lui, l’objectif de cette rencontre était avant tout d’adopter une position commune face à la situation imposée aux communautés par la Somisy-SA. Après être longuement revenu sur les démarches entreprises par les ressortissants du secteur, aussi bien à Bananso qu’à Bamako, il a souligné la nécessité pour les communautés villageoises, notamment la jeunesse, d’agir de manière concertée. «L’apport des ressortissants ne devrait servir que d’appoint aux actions menées au niveau local», a insisté Diakalia Sogodogo, par ailleurs membre du conseil municipal de Fourou. Ses propos furent appuyés par ceux de Seydou Coulibaly. Ce dernier a mis l'accent sur les conséquences environnementales des projets, notamment la dégradation de la nappe phréatique. "Ne tombez pas sous le coup du découragement", a-t-il mis en garde.
Manœuvres et volte-face
De son côté, Souleymane Nouhoum Sogodogo, conseiller du chef de village de Bananso, a appelé les populations à rester mobilisées et vigilantes. Selon lui, la Somisy-SA manœuvrerait pour mettre les communautés en porte-à-faux avec les autorités. « Nous nous opposons plutôt aux projets de la Somisy-SA, pas à l’autorité de l’État », a-t-il clarifié, avant de dénoncer l’attitude du préfet de Kadiolo, Bakary Dioman Diakité. Il lui reproche de ne pas accorder une oreille suffisamment attentive aux préoccupations des populations. « Le préfet nous invite souvent autour de la table du dialogue et au même moment, il nous impose le silence, sous peine d’aller en prison », a-t-il regretté. Autre autorité mise en cause, Ousmane Ouattara alias Sembène, maire de la commune rurale de Fourou. Selon Souleymane Sogodogo, l’édile défendrait aujourd’hui une position contraire à celle qu’il soutenait hier. Influent au sein de la communauté de Bananso, cette voix contestataire a conclu son intervention en mettant en garde ceux qui seraient tentés, selon lui, de troquer la cause de la communauté contre des intérêts particuliers.
Karim Sogodogo, autre conseiller du chef de village de Bananso, estime que l’opposition des communautés à un projet de la Somisy-SA, pour la première fois en quarante ans de cohabitation, témoigne de la gravité de la situation.
« Comment allons-nous vivre si au moins 40 familles sont privées de leurs champs ? », a-t-il interrogé, excluant tout compromis tant que les préoccupations des populations ne seront pas prises en compte dans les projets de la société minière.
Démenti cinglant
Baba Traoré et Adama Sogodogo, intervenant respectivement au nom de Syama et de N’golopéné, ont fermement démenti les rumeurs selon lesquelles leurs villages auraient accepté de céder leurs terres à la Somisy-SA. « Si des propriétaires de champs ont accepté de jouer le jeu, cela n’engage qu’eux. En tout cas, en tant que membre de la chefferie, je n’ai jamais signé quoi que ce soit », a déclaré Adama Sogodogo. Il a également estimé que les conséquences de ces deux projets dépasseraient les limites de la commune de Fourou.
Diakaridia Diarra, président de la jeunesse de Syama, a abondé dans le même sens. «Depuis le début du processus, Syama a toujours rejeté ces deux projets. Aucun jeune de notre village ne les acceptera en l’état», a-t-il affirmé.
Pour sa part, Youssouf Bamba, représentant de la jeunesse de Tembléni, a estimé que les deux projets contestés ne cadraient nullement avec la vision du président de la Transition, Assimi Goïta, qu’il présente comme privilégiant les intérêts du peuple malien. Il a ensuite appelé les uns et les autres à suivre l’exemple de leurs ancêtres qui, selon lui, n’ont jamais accepté de se compromettre.
Seydou Sogodogo, chef de la délégation venue de Bamako et président de séance, a, dans une intervention concise, appelé à l’union, qu’il considère comme la seule condition permettant d’atteindre leurs objectifs. Le témoignage poignant d’Abdoul Wahab Sogodogo sur les conséquences de projets similaires réalisés à Sadiola a, par ailleurs, renforcé la conviction des populations quant au bien-fondé de leur combat.
Au terme des échanges, qui se sont déroulés sous la modération de Mamoutou Sogodogo, venu de Piama, l’assemblée générale a adopté une position ferme : rejeter les deux projets de la Somisy-SA tant que leurs préoccupations ne seront pas prises en compte. Les populations exigent notamment l’attribution de terres cultivables aux familles qui seront privées de leurs champs, ainsi que la mise en œuvre de mesures nécessaires pour éviter que les déchets issus des activités minières n’exposent les riverains à des risques sanitaires et environnementaux. Les représentants des différents villages présents ont également mis en garde la société minière contre toute tentative de passage en force. Ils ont par ailleurs exigé que l'orpaillage par dragage et l'exploitation aurifère par les Chinois sous le couvert d'entreprises nationales cessent immédiatement sur l'ensemble du territoire du secteur de Bananso.
Ils ont enfin interpellé les plus hautes autorités du Mali afin qu’elles veillent à la préservation des intérêts de l’ensemble des communautés riveraines de la mine.
Dialogue de sourds
Il convient de rappeler que l’extension de la clôture du site A21 entraînerait, selon les populations, la privation de leurs terres agricoles pour au moins 40 familles. Plus préoccupant encore, cette extension risquerait d’enclaver plusieurs villages, dont certains se retrouveraient à seulement 500 mètres environ de la clôture.
Quant au projet TSF3, les populations le considèrent comme une menace environnementale et sanitaire majeure pour deux raisons essentielles. Premièrement, les installations projetées seraient situées à quatre kilomètres de certains villages et à seulement 2,5 kilomètres d’autres localités. Deuxièmement, les nouvelles infrastructures ne répondraient pas, selon elles, aux normes requises en la matière. Cette assemblée générale fait suite à plusieurs réunions entre les autorités administratives locales et régionales, les communautés riveraines et la Somisy-SA. Loin de rapprocher les positions, ces rencontres auraient plutôt contribué à creuser davantage le fossé entre les différentes parties.
Nanourgou Koné
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