Mines : L’heure du grand assainissement

Le jeudi 22 octobre 2026 s'est tenu le premier point de presse trimestriel du ministre des Mines dans la salle de conférence du siège du département des Mines à la Cité administrative de Darsalam à Bamako.

26 Oct 2026 - 03:00
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Mines :   L’heure du grand assainissement

C'est un exercice inédit de redevabilité instauré pour rendre compte trimestriellement conformément aux orientations de la Constitution du 22 juillet 2023 et de la Vision Mali Kura Ñetaasira Ka Ben San 2063. Le ministre, le professeur Amadou Kéïta, était entouré de son cabinet, de la Direction nationale de la géologie et des mines, de l'ITIE-Mali et de la nouvelle Société de patrimoine minier du Mali, la Sopamim, société à 100% État. 

Le professeur Kéïta a rappelé que la réforme repose sur trois piliers constitutionnels. D'abord la souveraineté, le sous-sol est la propriété exclusive du peuple malien dont l'État est le garant légitime. Ensuite la transparence, toutes les décisions, chiffres et motifs d'annulation sont désormais rendus publics et soumis au contrôle. Le rapport ITIE 2024 cité en séance est éloquent avec 9,5% du PIB, 40,9% des recettes fiscales et 78,8% des exportations provenant du secteur extractif. Sur 1023 milliards de francs CFA de revenus déclarés par les sociétés, 978 milliards ont été effectivement encaissés par le Trésor. Enfin le partenariat gagnant-gagnant porté par le nouveau code minier de 2023 et la loi numéro 2023-041 sur le contenu local. Ce cadre permet une participation malienne pouvant atteindre 35% du capital répartie en 10% gratuit pour l'État, 20% optionnel et 5% pour les investisseurs nationaux, avec pour objectif de faire émerger des champions maliens via la Sopamim. Le ministre a insisté qu'il ne s'agit pas de tout exploiter et tout dépenser, mais d'être guidé par le souci de faire du secteur minier un pilier de la souveraineté économique.

 Trois principes, 121 titres annulés et un cadastre souverain

L'opération de nettoyage du cadastre entamée depuis le gel des attributions de 2022 constitue le choc d'assainissement. Au total 121 titres ont été annulés dont 100 permis de recherche et 21 autorisations d'exploitation pour non-conformité. Plus de 90 permis de recherche avaient déjà été annulés en octobre 2025 pour non-respect des obligations réglementaires et trois permis d'exploitation ont été récemment retirés pour absence de travaux et défaut de paiement. Le ministre a averti que d'autres annulations suivront et que la vérification des titres se poursuit. Il a précisé que ces décisions ne visent ni une nationalité ni un secteur, qu'elles visent l'inaction et le non-respect des textes nationaux. Cette rigueur n'est pas synonyme de fermeture car le gel touche à sa fin. Entre le 21 août et le 30 septembre 2026, en trois séances de Conseil des ministres, 24 permis de recherche portant sur l'or et le lithium ont été autorisés au renouvellement au profit de sociétés de plusieurs nationalités en règle vis-à-vis de la loi. L'outil clé de cette régulation est le nouveau cadastre minier numérisé présenté officiellement au Palais de Koulouba le 17 avril 2026 par le Président de la Transition et entièrement conçu par des experts nationaux. Il recense 631 titres avec pour chaque titre la titularité, la superficie et la durée, ce qui permet de sécuriser les titres, d'éviter les chevauchements et de fluidifier le traitement des dossiers.

Le secteur affiche des performances paradoxales avec moins d'or mais plus d'argent. La production industrielle d'or 2025 s'est établie à 42,2 tonnes contre 54,8 tonnes en 2024 soit une baisse de 22,9%. La cause principale détaillée est le complexe de Loulo-Gounkoto qui n'a produit que 5,5 tonnes contre 22,5 tonnes un an plus tôt en raison des différends entre l'État et l'opérateur. Malgré ce recul la valeur des exportations d'or a progressé à 2750 milliards de francs CFA en 2025 contre 1610 milliards en 2024 grâce à la flambée des cours. Les versements à l'État ont atteint un record de 888,5 milliards de francs CFA en 2025 en hausse de 6,4% par rapport à 2024. Le Jalon précise même que l'on compte 940 milliards pour 42 tonnes en 2025 contre 978 milliards pour 55 tonnes en 2024. La répartition montre plus des deux tiers en impôts et près du quart en dividendes issus des participations publiques. À cela s'ajoute le recouvrement de 761 milliards de francs CFA d'arriérés à la suite de l'audit des sociétés minières. La reprise est confirmée en 2026 avec 23,5 tonnes au premier semestre contre environ 18 tonnes au premier semestre 2025 soit une hausse de 30% pour un objectif annuel de 43,2 tonnes.

 Moins d'or, plus de revenus et le lithium comme nouveau pilier

Le lithium complète désormais le portefeuille et fait du Mali le premier producteur africain. Les sites de Goulamina opéré par Ganfeng et Bougouni prévoient 590000 tonnes de concentré en 2026. Goulamina seule affiche une durée de vie de 21 ans, plus de 400 milliards de francs CFA de revenus attendus et 500000 tonnes par an de spodumène. Bougouni développée par Kodal Mining UK et Hainan Mining avec 35% de capital malien a nécessité un investissement de 65 millions de dollars soit 36 milliards de francs CFA, a généré 500 emplois locaux et injecté 24 milliards de francs CFA en achats locaux. La redistribution locale s'est concrétisée par 18,4 milliards de francs CFA du Fonds minier de développement local répartis en mars 2026 entre 819 communes et 109,14 milliards de francs CFA mobilisés entre janvier 2025 et juin 2026 au titre du Fonds de financement des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport. La lutte contre l'exploitation illégale reste une priorité. Le ministre a rappelé les drames tragiques survenus en 2025 à Danga et Bilalikoto liés à l'orpaillage clandestin et à l'usage de produits prohibés comme le mercure et le cyanure. Pour répondre la Brigade spéciale des mines a été créée le 11 mars 2026 avec compétence nationale et pouvoirs de police judiciaire pour sécuriser les sites et réprimer les infractions. Deux autres structures sont annoncées, l'Agence pour la recherche et le développement des ressources minérales et un organe dédié à l'encadrement de l'artisanat minier, avec une voie de régularisation permettant le passage du statut artisanal à celui de petite mine pour ceux qui acceptent les normes de sécurité et environnementales, le code minier ne reconnaissant pas l'exploitation artisanale mécanisée. Le 30 septembre 2026 le Conseil des ministres a acté la création de l'Ecole des mines et du pétrole et la transformation du PDRM créé en 1990 en agence scientifique et technologique. L'objectif final selon le professeur Amadou Kéïta est que tout l'or produit sur le territoire du Mali soit raffiné au Mali. Le point de presse sera désormais pérennisé sur une base trimestrielle.

KML

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