Bétail : Vers une suspension des exportations

Le gouvernement envisage de suspendre jusqu'à six mois les exportations de bétail sur pied afin de sécuriser l'offre intérieure et satisfaire le marché national. Une mesure qui pourrait fragiliser les débouchés des éleveurs dans les pays voisins et perturber les échanges régionaux.

26 Oct 2026 - 01:55
0
Bétail :  Vers une suspension des exportations

Au Mali, l'élevage pèse environ 15% du PIB et constitue la troisième source de recettes d'exportation, après l'or et le coton. Toute mesure visant à réguler le marché du bétail est donc particulièrement scrutée. Le gouvernement envisage ainsi de suspendre les exportations de bétail sur pied pour une durée pouvant atteindre six mois, renouvelable. La piste a été examinée le 19 octobre 2026 lors d'une réunion de concertation organisée par le ministère de l'Industrie et du Commerce avec les acteurs de la filière bétail-viande, pour enrayer la hausse persistante des prix.

Selon les relevés publiés par le ministère le 6 octobre, le prix moyen national du kilogramme de viande avec os est passé de 3211 FCFA fin avril à 3502 FCFA entre le 28 septembre et le 4 octobre 2026, soit une hausse de 9,1%. À Bamako, la flambée est plus brutale : le kilogramme se négociait entre 4300 et 4500 FCFA début octobre, contre 3800 à 4000 FCFA en avril. La viande sans os atteignait environ 5000 FCFA. Cette hausse s'inscrit dans un contexte de difficultés structurelles. Dès avril, les acteurs de la filière dénonçaient la délocalisation de certains marchés à bétail, qui perturbe les circuits traditionnels d'approvisionnement, et le coût élevé de l'alimentation animale, en particulier les tourteaux.

Le 5 octobre, le ministre de l'Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a pointé à son tour les coûts de production et de transport, les difficultés d'approvisionnement et la désorganisation de certains circuits de commercialisation.

 Sécuriser l'offre intérieure

La suspension envisagée vise à sécuriser l'offre de bétail sur le marché intérieur. Elle s'inscrit dans un plan d'action plus large prévoyant la réouverture progressive de marchés à bétail dans plusieurs localités, la réduction des entraves au transport et le renforcement durable de la production fourragère.

Selon le ministère, la mesure pourrait être levée dès que les prix reviendront à un niveau jugé "acceptable et stable".

La mesure toucherait toutefois une filière génératrice de devises. Selon Trade Map, les exportations maliennes de bovins vivants ont représenté en moyenne 93,2 millions de dollars par an entre 2020 et 2024. Celles d'ovins et de caprins vivants, 64,6 millions de dollars sur la même période. Soit un manque à gagner potentiel de près de 157 millions de dollars annuels pour les éleveurs, commerçants et transporteurs spécialisés. Son incidence réelle dépendra de la durée d'application, des volumes concernés et de la capacité à réorienter les animaux vers le marché national.

Au-delà des opérateurs maliens, une suspension pourrait affecter plusieurs marchés ouest-africains. En 2024, toujours selon Trade Map, le Sénégal, la Guinée et la Côte d'Ivoire ont représenté à eux trois 99% de la valeur des exportations maliennes de bovins vivants. Pour les petits ruminants, ces trois pays ont absorbé près de 95% des exportations maliennes d'ovins et de caprins vivants.

Une restriction pourrait ainsi perturber leurs circuits d'approvisionnement et contraindre les acheteurs à rechercher d'autres fournisseurs.

Le gouvernement est donc face à un double enjeu : contenir les prix sur le marché intérieur sans fragiliser durablement les débouchés des éleveurs ni déstabiliser les échanges régionaux.

Mémé SANOGO

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (0)

User
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (133)
  • Nfp (64)
  • Kankan (42)
  • Citoyen du monde (34)
  • Sissoko (25)