Élevage, pêche et aquaculture : Ces piliers de la souveraineté alimentaire

Plus de 30 millions d'hectares de pâturages, un cheptel parmi les plus importants d'Afrique de l'Ouest, un vaste réseau hydrographique irrigué par les fleuves Niger et Sénégal : le Mali dispose d'atouts naturels considérables pour faire de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture de puissants moteurs de développement. Pourtant, ces sous-secteurs stratégiques peinent encore à révéler tout leur potentiel

6 Août 2026 - 12:16
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Élevage, pêche et aquaculture : Ces piliers de la souveraineté alimentaire

Les États généraux de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture, dont le processus vient d'être lancé, ambitionnent de rompre avec des décennies de contraintes structurelles, afin d'engager une transformation profonde de ces filières au cœur de la souveraineté alimentaire et de l'économie nationale. 

Le paradoxe est aussi ancien que frappant. Terre d'élevage par excellence, le Mali possède des ressources pastorales et halieutiques qui font l'envie de nombreux pays de la sous-région. Des millions de têtes de bovins, d'ovins, de caprins et de camelins sillonnent chaque année les vastes espaces pastoraux du pays. Les fleuves Niger et Sénégal, les lacs, les mares et les plaines inondables offrent, quant à eux, un potentiel considérable pour la pêche continentale et le développement de l'aquaculture. 

Ces richesses constituent depuis toujours une source de revenus pour des millions de familles rurales. Elles alimentent les marchés locaux, approvisionnent les pays voisins en bétail et participent à la sécurité alimentaire nationale. L'élevage demeure l'un des principaux piliers de l'économie rurale, tandis que la pêche représente un moyen de subsistance essentiel pour de nombreuses communautés installées le long des grands cours d'eau. Mais derrière cette abondance se cache une réalité beaucoup plus contrastée. 

Depuis plusieurs décennies, les performances de ces secteurs restent largement en deçà de leurs possibilités. Une grande partie des animaux est encore exportée sur pied, privant le pays d'une importante valeur ajoutée qui pourrait être créée à travers les industries de transformation de la viande, du cuir, des produits laitiers ou des aliments pour bétail. Les infrastructures modernes demeurent insuffisantes, les chaînes de froid restent limitées et les unités industrielles capables de valoriser les productions sont encore peu nombreuses. 

La pêche n'échappe pas à cette situation. Malgré un important potentiel halieutique, la production nationale peine à satisfaire la demande intérieure. L'aquaculture, qui constitue aujourd'hui l'une des activités agricoles les plus dynamiques dans plusieurs pays africains, reste encore à un stade embryonnaire au Mali, faute d'investissements suffisants, de maîtrise technique et d'un accompagnement adapté. À ces insuffisances structurelles, viennent s'ajouter des défis de plus en plus complexes.

FEUILLE DE ROUTE POUR FIXER LE CAP- Le changement climatique modifie progressivement les équilibres naturels. La réduction des pâturages, l'irrégularité des pluies, l'assèchement de certaines mares et la baisse des niveaux d'eau affectent directement les activités pastorales et halieutiques. Les producteurs doivent désormais composer avec une pression croissante sur les ressources naturelles. 

L'insécurité constitue un autre obstacle majeur. Dans plusieurs régions, les mouvements de transhumance sont perturbés, les marchés à bétail fonctionnent difficilement et les circuits commerciaux connaissent des interruptions fréquentes. Les conflits liés à l'accès aux terres et aux points d'eau compliquent davantage la coexistence entre agriculteurs, éleveurs et pêcheurs. 

À cela, s'ajoutent les maladies animales, le coût élevé des intrants vétérinaires, la faible mécanisation, l'accès limité aux financements, le déficit d'encadrement technique et les difficultés d'accès aux marchés nationaux et internationaux. Autant de facteurs qui réduisent la compétitivité de filières pourtant riches de promesses. C'est dans ce contexte que les autorités ont décidé d'engager les États généraux de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture. 

L'ambition dépasse largement l'organisation d'une simple rencontre institutionnelle. L'objectif est de réaliser un diagnostic approfondi des secteurs, d'écouter l'ensemble des acteurs, de définir les priorités et de bâtir une stratégie capable de répondre durablement aux attentes des producteurs. 

L'exercice se veut inclusif. Les administrations publiques, les collectivités territoriales, les organisations professionnelles, les chercheurs, les universités, le secteur privé, les partenaires techniques et financiers ainsi que les représentants des éleveurs, pêcheurs et aquaculteurs sont appelés à contribuer à cette réflexion nationale. Une Commission nationale de 146 membres conduira des concertations régionales avant la tenue des assises nationales, afin que les réalités de chaque acteur soient prises en compte. 

Au terme du processus, un Pacte de développement de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture devrait fixer une feuille de route claire pour les prochaines années. Les attentes sont nombreuses : renforcer la santé animale, développer les infrastructures pastorales et halieutiques, sécuriser les couloirs de transhumance, améliorer la transformation locale, attirer davantage d'investissements privés, moderniser les techniques de production, promouvoir l'aquaculture et faciliter l'accès au financement.

 LES RECOMMANDATIONS DES ÉTATS GÉNÉRAUX ATTENDUES- L'enjeu est également économique. Dans un contexte où le Mali cherche à accélérer sa transformation structurelle, ces filières peuvent devenir de puissants moteurs de création de richesses. Chaque animal transformé localement, chaque litre de lait valorisé, chaque kilogramme de poisson produit sur le territoire représente davantage de revenus pour les producteurs, davantage d'emplois pour les jeunes et davantage de recettes pour l'économie nationale. 

Au-delà de la souveraineté alimentaire, les autorités s’investissent à promouvoir la chaîne de valeur de ces sous-secteurs. Des exploitations familiales aux industries agroalimentaires, des marchés ruraux aux exportations régionales, les opportunités sont nombreuses. Les investissements conséquents peinent à suivre même si les politiques publiques favorisent une meilleure organisation des filières. Les partenaires techniques et financiers ont d'ailleurs exprimé leur disponibilité à accompagner cette dynamique. Mais tous s'accordent sur un point : les diagnostics existent déjà. Le véritable défi réside désormais dans la mise en œuvre des recommandations qui sortiront des États généraux. 

L'histoire du développement rural malien est jalonnée de stratégies ambitieuses parfois restées sans lendemain. Les producteurs attendent aujourd'hui des résultats tangibles : davantage d'infrastructures, un meilleur accès aux services vétérinaires, des financements adaptés, des unités de transformation modernes, des marchés mieux organisés et une gouvernance plus efficace. C'est à cette condition que le Mali pourra enfin transformer son immense potentiel pastoral et halieutique en un véritable levier de croissance. Les États généraux ne doivent donc pas être une fin en soi. Ils doivent marquer le début d'une nouvelle ère où l'élevage, la pêche et l'aquaculture cesseront d'être des secteurs au potentiel reconnu mais insuffisamment exploité, pour devenir des piliers assumés de la souveraineté alimentaire, de la création de richesses et du développement durable du pays.

Mariam A. TRAORÉ