Élimination du Djoliba et du Stade malien en coupe africaine : Symptôme d'une gestion défaillante

Pour les compétitions africaines interclubs, le Mali avait quatre représentants : le Djoliba AC, le Stade malien de Bamako, le FC Diarra et l'AS Réal de Bamako. ...

19 Sep 2026 - 01:54
 0
Élimination du Djoliba et du Stade malien en coupe africaine : Symptôme d'une gestion défaillante

Pour les compétitions africaines interclubs, le Mali avait quatre représentants : le Djoliba AC, le Stade malien de Bamako, le FC Diarra et l'AS Réal de Bamako.

Malheureusement, les deux premiers sont tombés dès le tour préliminaire. Un constat amer, une situation difficilement compréhensible, qui met en évidence l'amateurisme et l'inconséquence des dirigeants. Et à juste titre.

Pratiquement, les quatre clubs étaient en ballotage favorable. Autrement dit, l'analyse des résultats des matches aller permettait de nourrir de réels espoirs. Le FC Diarra, après sa courte victoire à domicile (1 but à 0), se qualifie au match retour au terme d'un nul d'un but partout. Les Scorpions, victorieux au Burkina Faso, franchissent le cap à Bamako, avec un score final qui leur était favorable dès le coup d'envoi.

Par contre, le Djoliba et le Stade malien avaient, eux aussi, les cartes en main. A des niveaux différents, ils avaient simplement besoin d'une victoire pour poursuivre l'aventure africaine. Mais ils n'ont pas pu se qualifier. Nous ferons l'économie du film des deux rencontres. Car au-delà des résultats sportifs, l'élimination des deux ténors du football malien renvoie inévitablement aux insuffisances de leur gestion. Et celles-ci interpellent directement leurs dirigeants.

Comment en est-on arrivé là ?

Il y a de cela quelques semaines, nous avions profité d'un article consacré au bilan décevant du Stade malien de Bamako pour tirer le chapeau aux dirigeants du Djoliba AC, en ces termes :

Il convient d'abord de saluer le sens des responsabilités et la clairvoyance des dirigeants du Djoliba. Dès l'intersaison, ils ont procédé à des recrutements ciblés au sein de la quasi-totalité des clubs du pays, à l'exception notable du Stade malien. Parallèlement, ils ont instauré plusieurs mécanismes de motivation en faveur de leurs joueurs, notamment à travers l'attribution de vingt-deux motos Jakarta.

Mieux encore, lorsque les résultats du début de saison se sont révélés en deçà des attentes, le président du Djoliba, Me Basalifou Sylla, n'a pas hésité à assumer pleinement ses responsabilités. Il a mis un terme à la collaboration avec l'entraîneur ivoirien alors en poste pour faire appel à un technicien de la même nationalité, mais davantage expérimenté. La suite est connue : un bilan largement positif, couronné par un prestigieux doublé Coupe-Championnat.

Avec de tels efforts, comment le Djoliba peut-il aujourd'hui tomber dans de telles banalités ? Contre toute attente, le président du club, Me Basalifou Sylla, a refait son bureau et débarqué le charismatique Modibo Coulibaly du secrétariat général pour le remplacer par Mohamed dit Bah Kéita. Il est indéniable que l'homme a une passion pour le Djoliba. Mais lui confier une responsabilité aussi grande alors qu'il est un novice en la matière reste incompréhensible. L'on comprend aisément, par-là, que le président du club a voulu s'affirmer seul, autour d'une équipe entièrement acquise à sa cause. Autrement dit : aucune contradiction possible. Toutes les voix discordantes ont été muselées ou mises hors circuit au sein du Djoliba.

Or, il ne suffit pas de mettre des moyens humains et financiers à la disposition d'une équipe. Il faut également disposer d'une véritable capacité managériale pour diriger un groupe, anticiper les difficultés et surtout éviter les erreurs qui peuvent coûter cher. Certes, l'année dernière, l'entraîneur ivoirien Amani Yao, venu en catastrophe, a obtenu les résultats escomptés. Mais, pour assurer la continuité, il lui a manqué l'accompagnement d'une équipe dirigeante suffisamment inspirée pour renouveler l'effectif à la hauteur des ambitions du club.

Mieux, on s'interroge encore sur la manière dont un club aussi grand que le Djoliba a pu s'attacher les services d'un secrétaire général aussi limité sur le plan administratif et qui ne présente, semble-t-il, aucun parcours susceptible de justifier une responsabilité aussi importante. La conséquence est lourde : incapacité à qualifier les nouveaux joueurs à travers leur certificat international de transfert (CIT). Résultat, le Djoliba a voyagé sur Tunis pour la rencontre aller avec un effectif incomplet, en raison de problèmes administratifs. Voilà comment une mauvaise gestion administrative peut compromettre, avant même le coup d'envoi, les ambitions sportives d'un grand club.

Stade malien de Bamako : pronostic vital en cours...

Le Stade malien de Bamako, l'équipe la plus populaire et la plus supportée, demeure malheureusement le grand malade dont le pronostic vital est aujourd'hui engagé. Le président de l'équipe de Sotuba est engagé dans une transition sans fin. Le Comité des sages du club lui a accordé un sursis d'un an pour doter le club d'un comité exécutif digne de ce nom. Mais ce délai de sursis a davantage mis en lumière les limites de la gestion du président Mahamadou Samaké dit Sam.

Entre gouvernance contestée et effectif insuffisamment renforcé, il s'est entouré d'une équipe hétéroclite, dans laquelle manque aussi bien la cohésion interne que les hommes capables de donner un second souffle au club. Personne n'a compris que l'homme, toujours considéré comme le sauveur du Stade dans les situations difficiles, n'ait pas fait appel aux principaux responsables et aux hommes capables de l'aider véritablement dans ses missions. A cela s'ajoute une motivation disproportionnée des joueurs par rapport au parcours pourtant satisfaisant du club en Ligue des champions, et surtout au regard des retombées financières engrangées par cet exploit. Les primes des joueurs varient entre 2 000 000 F CFA et 1 500 000 F CFA, des sommes dérisoires au regard des montants perçus par le club.

Les argumentations visant à justifier les dépenses liées aux voyages ne sauraient prospérer. Parce que gérer, c'est prévoir. Gérer, c'est anticiper. Gérer, c'est aussi se donner les moyens de préparer l'avenir et de projeter le club vers de nouvelles ambitions.

Comment des joueurs démotivés peuvent-ils se transcender pour aller chercher une qualification ? La preuve est aujourd'hui palpable. On ne peut pas demander à une équipe de se surpasser sur le terrain tout en laissant s'installer, en dehors du terrain, les conditions qui peuvent fragiliser sa motivation et son rendement. Le Stade malien paie ainsi le prix d'une gestion qui peine à répondre aux exigences d'un grand club engagé dans les compétitions africaines.

De façon globale, la gestion désastreuse des dirigeants des deux clubs n'est pas étrangère aux résultats obtenus en Ligue des champions. Les deux éliminations ne peuvent certes pas être réduites aux seules questions administratives ou managériales, mais celles-ci occupent une place suffisamment importante pour ne pas être passées sous silence.

En football moderne, la réussite ne repose plus uniquement sur le talent des joueurs ou sur les moyens financiers mobilisés. Elle repose aussi sur la qualité de la gouvernance et la rigueur administrative.  Surtout lorsque les deux ténors du football malien sont concernés par ces ratés, la situation mérite d'être exposée avec gravité. Parce qu'à ce niveau de compétition, l'amateurisme ne pardonne pas.

Et c'est bien dommage !!!!!                                                                     

 O. Roger