Entre Nous: Comme une malédiction !

Par une lettre adressée au Premier ministre le 24 juin 2026, une association dénommée "Wassa Ton" dénonce l’exploitation minière en cours dans le cercle de Kéniéba...

7 Sep 2026 - 11:11
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Entre Nous: Comme une malédiction !

Par une lettre adressée au Premier ministre le 24 juin 2026, une association dénommée "Wassa Ton" dénonce l’exploitation minière en cours dans le cercle de Kéniéba, en flagrante violation des lois de la République. Mieux, cette organisation de la société civile reconnue d'utilité publique donne l'alerte sur les conséquences de ces pratiques. Ces drames à ciel ouvert ? C'est la forte dégradation de nos terres abandonnées dans cet état par des prédateurs qui se fichent éperdument de les réhabiliter. Ce drame, c'est aussi l'altération de notre écosystème, de notre faune, de notre flore et de nos ressources hydrauliques. «Depuis l’année 2021, l’association Wassa Ton dénonce cette exploitation illégale qui est perpétrée sur plus de quatre cent (400) sites à travers tout le Cercle de Kénieba. Et il est à noter que chaque site en question génère au minimum, et par jour, plus de quarante millions (40.000.000) francs CFA, soit un total de seize milliards (16.000.000.000) francs CFA. Et ceci ne concerne que l’exploitation aurifère sans tenir compte des autres métaux précieux».

Dans certaines zones qui échappent au contrôle de l’Etat, l’exploitation illégale profite aux groupes armés. Sur le phénomène, le rapport publié en 2023 par Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) est très édifiant. Il est intitulé : «Trafic de main d’œuvre dans l’Emape (Extraction minière artisanale et à petite échelle de l’or) : étude des risques dans les sites d’orpaillage saharo-sahéliens ».

Selon ce rapport, les zones d’orpaillage des régions de Kidal et de Gao ont été immédiatement prises pour cibles par des groupes armés qui utilisent un mode potentiel de «taxation» lucratif. « Les groupes armés signataires tout comme les groupes extrémistes violents ont ainsi tiré profit de ces importantes sources de revenus. Les sites d’orpaillage dans le nord du Mali sont également un lieu de recrutement potentiel pour les groupes extrémistes violents. Lorsque l’orpaillage requiert l’usage d’explosifs, les sites miniers peuvent également servir de base d’approvisionnement pour les groupes armés et de formation à leur utilisation », rapporte le document.

L'exploitation illégale et sauvage de nos ressources est encouragée par des cadres véreux de l’administration publique à plusieurs niveaux, des notables, des jeunes et de femmes leaders plutôt préoccupés par leurs gains personnels. Pendant que leurs complices se font graisser la patte, les exploitants illégaux parviennent à sortir avec leurs butins. Des milliards échappent ainsi au Trésor public.

Comment peut-on s’associer à des personnes de nationalité étrangère pour piller les ressources de son propre pays en échange de liasses de billets de banques ? Ces étrangers peuvent-ils s’adonner à de telles pratiques chez eux ? Comment les pays de ces prédateurs traitent-ils les ressortissants maliens ? Sommes-nous maudits au point de laisser une horde d’exploitants profiter illégalement de nos ressources minérales en toute impunité ?

A Kéniéba, Bougouni, Yanfolila, Kadiolo, Gao et Kidal, le désastre environnemental assombrit l’horizon des générations. Les efforts déployés par le gouvernement apparaissent comme des gouttes d’eau dans l’océan.

Pour obtenir des résultats tangibles dans la lutte contre l’exploitation illégale des ressources minérales, il faut une volonté politique assumée et affichée, se manifestant au besoin par des sanctions exemplaires. Il faut en outre un engagement citoyen, conséquence d'une véritable prise de conscience générale. A l'instar de ces jeunes de Yanfolila qui sont mobilisés contre les dragues sur le fleuve.

 

 Par Chiaka Doumbia