Soumission et addiction au portable
Le tableau a de quoi dérouter, déphaser l’esprit et l’étreindre avec une inexplicable inquiétude.
Le téléphone mobile règne en seigneur dans les demeures et sur les espaces publics. Une impression de débilité généralisée se dégage à la vue de cette tenace proximité de la majorité de la population avec le portable. Le délire est tel que ce soit lui qui porte l’utilisateur et non le contraire dans une inversion maladive causant une dénature des profils humains au nom d’un curieux modernisme.
Il n’est pas question uniquement des dangers qu’il représente pour l’enfance et l’adolescence. Ses tenailles ont une emprise aussi remarquable sur le monde des adultes. Leur force prenante interroge sur son envahissement spectaculaire sur les êtres dépassant le perçu actuel sur le bon et le moins bon sinon le plus inquiétant des réseaux sociaux.
Bien qu’il rende service et qu’il s’inscrive aujourd’hui dans une vaste avancée technologique qu’il faille applaudir, le portable ne manque pas de s’accompagner d’une perversité dont on ne mesure pas encore les profondes transformations sociales qu’il induit.
La soumission est totale et l’addiction va jusqu’à provoquer la rupture des liens des chaudes proximités d’hier. Devenue maladie particulière, relevant de la psychanalyse, elle soumet presque tout un chacun à un fort réflexe souvent incontrôlable de tapoter sur les touches comme pour fuir un espace et un instant présent. Dans les maisons, dans les cafés, dans les rues et partout les utilisateurs partent instinctivement à la recherche d’adresses éparses pour trouver des refuges et des abris que les portails de la communication offrent avec une allégresse infinie.
Il y a sans conteste un besoin de virtualité, laissant penser que l’on veut s’évader du présent. Est-ce à dire que l’existence actuelle est si pesante qu’elle ordonne à toutes les générations présentes de perpétuelles vadrouilles téléphoniques ? Le phénomène est si lourd qu’il est difficile de croire qu’il a une simple facette culturelle. Sa lourdeur a fini par transfigurer la majorité des identités sociales.
Source: https://lequotidien-oran.dz/