Entre Nous : Valeur de serment !
Le 10 août 2026, le magistrat et ancien ministre de la Justice, Ousmane Diagne, prend les commandes du Conseil constitutionnel du Sénégal.
Une institution qui était sans Président depuis le décès, le 10 avril 2025, de Mamadou Badio Camara. Dès son premier discours, il annonce les couleurs de son mandat : « Ma loyauté sera à la Constitution, à l’État de droit et à l’indépendance du juge…Les institutions ne tirent pas leur force de la puissance des hommes, mais de la loyauté avec laquelle ceux-ci les servent ».
Le Président Ousmane Diagne n’affiche pas sa loyauté au Président Bassirou Diomaye Faye, l’autorité qui lui a confié cette prestigieuse charge régalienne. Mais plutôt à la Constitution, à l’Etat de droit et à la sacro-sainte indépendance du juge. Ce que les juristes appellent le « devoir d’ingratitude ». Ce principe d’éthique est « l’obligation pour une personne nommée à une fonction publique ou juridictionnelle de s’affranchir de toute redevabilité envers l’autorité qui l’a désignée, afin de juger ou d’agir en toute impartialité ».
En un mot, l’intérêt général et le respect des lois priment sur l’allégeance ou la reconnaissance à l’endroit de l’autorité de nomination. Vénérer les règles de droit et non les personnes. Ce principe doit être observé à tous les niveaux de la vie publique afin que la république tienne débout. Même si c’est loin d’être le cas dans plusieurs Etats où le culte de la personnalité domine largement.
Dans une République, la volonté d’un chef ne peut pas remplacer les lois et les autres textes. Le fait du prince ou les considérations partisanes ne doivent pas prévaloir sur les intérêts supérieurs de la nation. Les textes législatifs et réglementaires ne doivent pas servir à briser les adversaires ou réduire au silence les voix critiques. Les piliers de la République commencent à céder quand ses serviteurs se permettent de s’affranchir de ces textes en vigueur.
Plutôt perdre un poste que de perdre son âme
Les piliers de la République commencent à céder quand le fait du prince ou les considérations partisanes prennent le pas sur le respect des règles de droit. Les piliers de l’Etat s’effondrent quand la justice reste perméable aux pressions politiques. Sarambé Coulibaly, magistrat et actuel Président du Tribunal de grande instance de la Commune I du district de Bamako cite : « La plus grave des injustices est l'injustice de la justice. » Un autre magistrat Mohamed Sidda Dicko, dans sa lettre de démission au Garde des sceaux du poste du Procureur de la république en charge du Pôle économique et financier, a écrit : « Je crois savoir que, dans l’exercice de sa fonction, le Magistrat, fusse-t-il le Procureur, n’obéît qu’à la loi et à sa conscience. Cela est et reste toujours ma conviction. Je préfère perdre un poste que de perdre mon âme. Au regard de ces constats, l’honneur et les principes m’obligent à en tirer les conséquences de droit ».
Les piliers de la République cèdent quand la loi ne garantit plus la liberté et ne protège plus les citoyens contre l’arbitraire.
Pour éviter que les fondements de la République ne cèdent, il faut veiller à la primauté de la loi. Et la consécration de cette primauté ne doit pas aller sans les hommes et les femmes qui ont conscience de leur serment.
Par Chiaka Doumbia