Infibulation : la double douleur des survivantes
Dans les grins, sur les réseaux sociaux et lors des ateliers, le débat sur l’excision oppose encore partisans et adversaires de la pratique.
Derrière ces échanges, la parole des femmes ayant subi une infibulation reste souvent étouffée. Pour certaines, la blessure infligée durant l’enfance se ravive au moment du mariage, puis pèse durablement sur leur vie intime.
Le drame derrière le sourire
« Je ne veux plus d’homme. Rien que d’y penser, j’en frissonne ! » Ami (prénom d’emprunt), est étudiante. Sa tenue soignée et son sourire ne laissent rien paraître du traumatisme qu’elle raconte. Mariée à 19 ans à un cousin, elle garde de sa nuit de noces le souvenir d’une épreuve. Enfant, elle avait subi une infibulation.
Cette nuit-là, le couple n’a pas pu avoir de rapport sexuel. Au matin, des femmes de la famille ont expliqué qu’Ami avait été « cousue » pour la « préserver », selon une pratique présentée comme traditionnelle. D’après son témoignage, une conseillère nuptiale et la déba, chargée de l’accompagner pendant le mariage, ont alors procédé à sa « réouverture » dans les toilettes voisines de la chambre, sans anesthésie ni prise en charge médicale.
Ami raconte qu’on lui a ensuite donné des médicaments contre la douleur et demandé d’attendre le soir pour que son mari puisse avoir un rapport sexuel. « Tu es une femme, il faut savoir supporter. N’auras-tu pas à enfanter ? (…) Ta mère, tes tantes sont toutes passées par là », lui répétait-on, se souvient-elle avec colère.
Une blessure qui pèse sur la vie conjugale
Pendant sept jours, dit Ami, chaque contact avec son mari lui a causé une douleur intense. Ces jours sont restés, selon elle, les seuls moments d’intimité de leur union, qui a duré trois ans. Elle raconte que son époux s’absentait souvent et ne cherchait presque plus à la toucher. Elle pense que lui aussi a été marqué par leur nuit de noces.
D’autres survivantes interrogées disent avoir subi une ouverture de leur infibulation au moment du mariage. Elles en gardent un souvenir douloureux et appréhendent encore les rapports sexuels. Leurs récits montrent combien une mutilation pratiquée dans l’enfance peut continuer à peser sur la vie d’une femme longtemps après la cicatrisation.
Ce que recouvre l’infibulation
Le Dr Touré Mariam Aboubacar, médecin épidémiologiste, décrit l’infibulation comme l’une des formes les plus sévères de mutilations génitales féminines. Elle consiste à rétrécir l’ouverture vaginale en coupant puis en rapprochant les lèvres ; elle peut s’accompagner d’une ablation du clitoris. Un petit orifice est laissé pour l’écoulement de l’urine et du sang menstruel. Cette description correspond à la classification de l’Organisation mondiale de la santé.
Le médecin évoque les complications urinaires rencontrées chez certaines patientes. Plus largement, les mutilations génitales féminines peuvent entraîner des douleurs persistantes, des infections, des difficultés à uriner, des douleurs lors des rapports sexuels et des complications à l’accouchement. Les conséquences psychologiques peuvent elles aussi durer.
À l’Association YEELEN, Djénéba Sanogo, responsable des volets plaidoyer et violences basées sur le genre, dit avoir recueilli les confidences de nombreuses survivantes. Plusieurs choisissent l’anonymat, malgré les séquelles qu’elles décrivent.
Leurs témoignages rappellent une réalité trop souvent absente des débats : au-delà de la mutilation subie enfant, certaines femmes affrontent une seconde violence lorsqu’elles sont contraintes de revivre la douleur lors de leur mariage. Les écouter, les protéger et leur permettre d’accéder à des soins adaptés sont des enjeux essentiels.
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