GOONGA TAN : Kidal : du retour des FAMa à la rivalité Alger-Abou Dhabi, le Sahel entre-t-il dans une nouvelle séquence ?

L'entrée des Forces armées maliennes (FAMa) à Kidal marque incontestablement un tournant politique et militaire majeur.

07 Nov 2026 - 02:10
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GOONGA TAN : Kidal : du retour des FAMa à la rivalité Alger-Abou Dhabi, le Sahel entre-t-il dans une nouvelle séquence ?

Elle consacre le rétablissement d'un symbole de l'autorité de l'État, modifie les rapports de force dans le Nord et bouscule les discours qui, en avril, présentaient la situation comme le signe d'un échec irréversible du Mali. En octobre, la dynamique militaire a changé. Reste désormais à transformer cette avancée en une victoire durable sur les plans sécuritaire, administratif et politique. ette évolution intervient dans un contexte régional en pleine recomposition, marqué notamment par la reprise du dialogue entre Bamako et Alger, après une crise diplomatique particulièrement grave. Certes, la normalisation engagée entre les deux capitales ne signifie pas que leurs divergences se sont dissipées. Elle rappelle néanmoins une réalité incontournable : le Mali et l'Algérie sont liés par des intérêts réciproques, profonds et difficilement contournables.

Les deux pays partagent une longue frontière saharienne, traversée par des menaces sécuritaires, des réseaux criminels et des mouvements armés dont les activités débordent largement les frontières nationales. La sécurité de l'un ne peut donc être durablement pensée sans tenir compte de celle de l'autre.

Le retour des FAMa à Kidal modifie, de mon point de vue, les paramètres de la relation bilatérale. Bamako entend désormais défendre ses choix régionaux à partir d'une souveraineté territoriale réaffirmée. Alger, de son côté, doit concilier ses préoccupations sécuritaires frontalières avec le respect de l'intégrité territoriale du Mali. C'est dans cet équilibre délicat entre intérêts stratégiques, impératifs de sécurité et souveraineté nationale que se jouera une partie de l'avenir des relations entre les deux voisins. Il serait toutefois hasardeux d'établir un lien de causalité entre le rapprochement diplomatique et la reconquête de Kidal, ou d'y voir la preuve d'un changement de doctrine algérienne. La concomitance des événements est politiquement significative, mais elle ne suffit pas à démontrer l'existence d'un accord entre les deux capitales sur le terrain militaire.

L'enjeu est ailleurs : faire de cette nouvelle conjoncture le point de départ d'une coopération fondée sur des intérêts clairement définis et mutuellement respectés. L'échange de renseignements, la surveillance des frontières, la lutte contre les groupes terroristes et la prévention des crises pourraient ainsi s'inscrire dans une relation débarrassée des réflexes de méfiance, mais aussi des tentations paternalistes. Car aucune stabilité sahélienne ne saurait se construire durablement au détriment de la souveraineté de l'un des États concernés.

Alger-Abou Dhabi : une nouvelle carte dans le jeu sahélien ?

Un autre paramètre mérite toutefois notre attention. Il faut le prendre en compte ou, à tout le moins, le surveiller comme le lait de chèvre sur un fourneau saharien. Il s'agit des rapprochements dont on commence à murmurer l'existence entre le Front de libération de l'Azawad (FLA), Benghazi et Abou Dhabi.

Si les informations qui circulent à ce sujet se confirmaient, elles pourraient annoncer l'émergence d'une nouvelle carte extérieure des réseaux rebelles, avec des implications potentielles pour l'équilibre sécuritaire du Sahel. Il convient donc de ne pas sous-estimer cette piste, sans pour autant la présenter comme une réalité définitivement établie. Selon un article présenté comme exclusif par Africa Intelligence, publié le 16 octobre 2026, "des représentants du Front de libération de l'Azawad (FLA) auraient effectué une démarche à Benghazi auprès de Khalifa Haftar, avant de se rendre aux Émirats arabes unis pour rechercher des soutiens financiers et militaires". Si ces informations étaient confirmées dans leur intégralité, elles pourraient signaler une tentative du mouvement d'élargir ses relais extérieurs au moment où ses revers militaires l'obligent à repenser ses options stratégiques. Elles inciteraient également à s'interroger sur les rivalités d'influence susceptibles d'opposer Alger et Abou Dhabi dans l'espace sahélien.

La Libye, fragmentée par des années de conflits, demeure un espace sensible où circulent des armes et où se croisent les stratégies d'acteurs régionaux. Les Émirats arabes unis disposent, pour leur part, de moyens économiques et diplomatiques susceptibles de peser sur certains équilibres. Mais entre une démarche rapportée, une intention prêtée à ses auteurs et un soutien militaire ou financier effectivement accordé, la distance reste considérable. Elle impose de distinguer les faits établis des hypothèses et des interprétations.

Le porte-parole du FLA aurait, sur les réseaux sociaux, insisté sur les liens historiques et communautaires de son mouvement avec l'Algérie, tout en réaffirmant son indépendance. Si cette déclaration est fidèlement rapportée, elle révèle toute l'ambiguïté des relations entre les mouvements armés et leurs éventuels partenaires extérieurs : préserver des liens anciens tout en revendiquant une liberté stratégique, rechercher de nouveaux appuis sans renoncer officiellement aux alliances antérieures. Ce jeu d'équilibre adresse néanmoins un signal politique important : aucun acteur du conflit ne peut tenir ses alliances pour définitivement acquises. Les intérêts évoluent, les soutiens se négocient et les fidélités proclamées résistent parfois mal aux revers du terrain.

Des alliances de circonstance aux batailles d'influence ?

La situation du FLA est d'autant plus complexe que les rapports entre les mouvements séparatistes sont loin d'être toujours convergents, tout comme les relations que chacun entretient avec les organisations djihadistes. Les rapprochements tactiques observés à certaines périodes ne constituent pas nécessairement des alliances durables. Les objectifs politiques et idéologiques de ces acteurs demeurent distincts, et leurs intérêts peuvent entrer en conflit. Les affrontements entre groupes armés, notamment entre les organisations affiliées à Al-Qaïda et celles liées à l'État islamique au Sahel, illustrent la fragmentation de cet espace de violence. Dans ce contexte, la perte de Kidal pourrait inciter les responsables du FLA à rechercher de nouveaux soutiens, des ressources supplémentaires ou une reconnaissance extérieure susceptible de compenser leur recul militaire. Il serait cependant prématuré d'affirmer qu'une rupture opérationnelle avec le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM/JNIM) est désormais acquise, ou que le mouvement a effectivement obtenu des armes sophistiquées auprès de nouveaux partenaires. De telles hypothèses nécessitent des preuves précises et indépendantes. Une chose apparaît néanmoins clairement : la bataille sahélienne ne se déroule plus seulement dans l'immensité du désert. Elle se joue aussi dans les chancelleries, les réseaux d'influence, les circuits de financement et les médias. Les acteurs armés cherchent à préserver leur capacité d'action, mais également à façonner le récit de leurs revers, à entretenir leurs soutiens et à préparer leurs éventuelles recompositions.

Derrière les affrontements sur le terrain se dessine ainsi une autre confrontation, plus discrète, dans laquelle les alliances, les ressources et les ambitions géopolitiques peuvent peser sur l'évolution des conflits.

À Kidal, le véritable défi reste la consolidation de l'État

Pour le Mali, le défi commence véritablement après la reconquête. Sécuriser Kidal, protéger ses habitants, prévenir les représailles, rétablir les services publics et reconstruire la confiance constituent désormais des épreuves déterminantes.

En avril, certains avaient érigé la situation de Kidal en verdict définitif sur les capacités militaires du Mali. En octobre, le retour des FAMa a démenti l'idée d'une fatalité militaire. Entre Bamako, Alger, Benghazi et Abou Dhabi, les cartes sahéliennes semblent donc en pleine redistribution. Au Mali de consolider ses acquis sans confondre victoire militaire et règlement politique ; à nos voisins de comprendre que la stabilité régionale passe par le respect de notre souveraineté ; aux observateurs, enfin, de distinguer les faits avérés des calculs supposés et les rapprochements possibles des alliances effectivement conclues.

Kidal n'est plus seulement le symbole d'un territoire perdu puis reconquis. Elle est devenue le test de la capacité du Mali à transformer la souveraineté retrouvée en stabilité durable. Et, tandis que de nouvelles hypothèses d'alliances extérieures se dessinent dans l'ombre, une question demeure : la recomposition en cours annonce-t-elle une nouvelle architecture de la sécurité sahélienne ou l'ouverture d'un autre front dans la bataille des influences ?                                                        

DICKO Seidina Oumar ,

Journaliste - Historien - Écrivain

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