Détenus, militaires poursuivis, exiles politiques : Le temps de la Grâce et du pardon au Mali ! Le Mali doit se réconcilier avec lui-même

Le Mali a-t-il aujourd'hui besoin d'un nouveau souffle ? A l'évidence, oui.

22 Août 2026 - 09:20
22 Août 2026 - 09:10
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Détenus, militaires poursuivis, exiles politiques :  Le temps de la Grâce et du pardon au Mali !  Le Mali doit se réconcilier avec lui-même

Après plusieurs années de crises politiques, institutionnelles, sécuritaires et sociales, le pays aspire plus que jamais à retrouver la sérénité, à recoudre son tissu national et à réconcilier des fils et des filles de la même patrie que les événements ont parfois profondément éloignés. C'est dans ce contexte que le débat autour de la grâce présidentielle, du pardon, de l'amnistie et du retour des exilés prend une importance particulière.

 Le geste posé le 13 août 2026 par le président de la Transition, le général d'armée Assimi Goïta, en faveur du ressortissant français Yann Christian Bernard Vézilier, condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat, a naturellement relancé cette réflexion.

Le gouvernement a précisé que cette grâce ne remettait pas en cause les faits retenus par la justice et qu'elle était assortie de l'éloignement immédiat de l'intéressé du territoire national. Autrement dit, justice et clémence peuvent, dans certaines circonstances, coexister. C'est précisément cette logique qui mérite aujourd'hui d'être étendue, avec discernement, aux différentes situations maliennes.

La grâce n'est pas un renoncement à la justice

La grâce présidentielle ne signifie pas nécessairement l'effacement d'une faute ni la négation d'une décision de justice. Elle constitue un acte de clémence qui relève de la prérogative du chef de l'Etat et peut, lorsqu'elle est utilisée avec responsabilité, contribuer à faire baisser les tensions et à créer les conditions d'un apaisement.

Le gouvernement l'a d'ailleurs clairement rappelé dans le cas Vézilier : la mesure de grâce n'annule pas les faits établis par la justice. Elle intervient après le jugement. C'est là un élément essentiel dans le débat actuel : pardonner ne signifie pas forcément nier ; gracier ne signifie pas forcément absoudre ; réconcilier ne signifie pas oublier. La justice peut établir les responsabilités. Le pardon, lui, peut permettre à une société de tourner une page sans nécessairement déchirer son livre.

Le Front pour la paix au Mali l'a bien compris en adressant, le 15 août 2026, une lettre ouverte au président de la Transition. L'organisation demande d'envisager, "dans le respect des lois et des procédures", des mesures de grâce ou d'apaisement en faveur de militaires et de personnes détenues pour des faits à caractère politique pouvant légalement en bénéficier.

La démarche va plus loin : elle plaide pour le retour des Maliens en exil et pour une politique plus ambitieuse de réconciliation nationale.

Le Mali doit regarder son passé pour construire son avenir

L'histoire récente du Mali montre que le pardon politique, lorsqu'il est mûrement réfléchi, peut contribuer à cicatriser des blessures qui semblaient longtemps impossibles à refermer. L'exemple de Moussa Traoré est particulièrement significatif. Condamné à mort puis à la prison à perpétuité, l'ancien chef de l'Etat a finalement bénéficié d'une mesure de grâce, notamment au nom de la cohésion nationale et pour des raisons humanitaires.

Des années plus tard, l'ancien président Amadou Toumani Touré, renversé en 2012, est lui aussi revenu d'exil au Mali en décembre 2017, dans un accueil populaire qui avait pris les allures d'un véritable pardon national.

Ces épisodes ne doivent évidemment pas être transposés mécaniquement à la situation actuelle. Chaque époque a ses responsabilités, ses victimes, ses procédures judiciaires et ses exigences de vérité. Mais ils démontrent une chose : une nation ne peut pas vivre éternellement dans la logique de la revanche.

Le pardon politique n'est pas l'oubli des victimes. Il doit, au contraire, être accompagné du devoir de mémoire, de la vérité et du respect des droits des personnes concernées. Dans le cas de Moussa Traoré, l'idée même d'un devoir de mémoire avait été évoquée parallèlement à sa libération.

De la grâce à l'ensemble des détenus : le temps de l'examen au cas par cas

Aujourd'hui, le même principe pourrait être appliqué avec prudence aux différents dossiers qui continuent de diviser ou d'alimenter les tensions dans le pays. Il ne s'agit pas de demander une libération générale et indistincte de tous les détenus. Il s'agit plutôt d'inviter les autorités compétentes à examiner chaque dossier avec équité, célérité et humanité, afin d'identifier les situations pouvant bénéficier d'une grâce, d'une liberté provisoire, d'un classement lorsque le droit le permet, ou de toute autre mesure prévue par la législation.

Certains détenus sont jugés et condamnés : pour ceux-là, la question d'une éventuelle grâce présidentielle peut être posée. On peut parler ici de Mme Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre de l'Economie et des Finances, Tiénan Coulibaly, ancien ministre, Bakary Togola, ancien président de l'Apcam, Youssouf Mohamed Bathily dit Ras Bath, Rose Poivron, Chahana Takiou, Youssouf Sissoko etc.

D'autres sont encore prévenus ou en attente de jugement : dans ces cas, la priorité doit être l'accélération des procédures, le respect des droits de la défense et le jugement dans un délai raisonnable. Adama Sangaré, l'ancien maire de Bamako, est dans ce cas, ainsi que Moussa Diawara, ancien directeur de la Sécurité d'Etat.

D'autres encore font l'objet de poursuites liées à des affaires économiques : ici également, la justice doit accélérer les procédures.

N'oublions pas ceux qui ont été enlevés à leur domicile, mais dont le lieu de destination est un secret de polichinelle, à l'image de Me Mountaga Tall, avocat, chef du parti politique Cnid/Fyt, et de Youssouf Daba Coulibaly, président du parti PIDS, ainsi que de son secrétaire général, Aboubacar Soumaré.

La réconciliation nationale ne saurait donc signifier l'abandon de la justice. Elle doit plutôt conduire à une justice plus rapide, plus lisible et plus humaine.

Le cas Choguel Maïga : un symbole politique à considérer

Dans cette réflexion, le cas de l'ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga occupe forcément une place particulière dans le débat public. Son maintien en détention, comme celui d'autres personnalités, nourrit les interrogations d'une partie de l'opinion nationale. A l'inverse, sa libération éventuelle, si elle est juridiquement possible et politiquement assumée, pourrait être perçue comme un geste d'apaisement susceptible de contribuer à réduire les tensions.

Il ne s'agit pas ici de préjuger de sa culpabilité ou de son innocence. La justice doit rester souveraine sur les faits qui lui sont reprochés. Mais le chef de l'Etat pourrait, lorsque les conditions juridiques sont réunies, examiner la possibilité d'une mesure de clémence ou encourager l'accélération de la procédure afin que la justice tranche définitivement. Le même raisonnement vaut pour Adama Sangaré, ancien maire du district de Bamako et figure historique de l'Adéma/PASJ, ainsi que pour d'autres personnalités détenues dans le cadre de procédures judiciaires. La question centrale devrait être la suivante : ces dossiers contribuent-ils encore à la manifestation de la vérité et à la justice, ou leur traitement peut-il désormais s'inscrire dans une démarche d'apaisement national ?

Les militaires poursuivis : distinguer justice et réconciliation

La situation des officiers et militaires maliens poursuivis dans des dossiers liés à une tentative présumée de déstabilisation de l'Etat constitue un autre volet particulièrement sensible.

Là encore, le principe devrait être celui d'un examen individualisé. Une amnistie, lorsqu'elle est décidée par la voie légale appropriée, ne doit pas être confondue avec une grâce. Elle relève d'un choix politique et juridique plus large et peut avoir pour effet d'éteindre certaines poursuites ou de faire disparaître certaines conséquences pénales, selon les termes du texte qui la prévoit.

Dans le contexte malien, une réflexion sur une éventuelle mesure d'amnistie pour certains militaires poursuivis dans le cadre de dossiers à caractère politique pourrait donc être envisagée, à condition qu'elle soit encadrée par la loi et qu'elle tienne compte des impératifs de sécurité, de vérité et de responsabilité. Le pardon ne doit pas être une prime à l'impunité. Il doit être un instrument de sortie de crise.

Le retour des exilés : une autre porte vers la paix

La réconciliation ne peut pas être complète si une partie des Maliens demeure à l'extérieur du pays en raison de différends politiques ou judiciaires. Le procureur général de la Cour suprême du Mali a lancé, depuis le 25 juillet 2022, un mandat d'arrêt international contre Boubou Cissé, ancien Premier ministre et ex-ministre de l'Economie et des Finances, Tiéman Hubert Coulibaly, ex-ministre de la Défense nationale, Mamadou Diarra dit Igor, ancien ministre de l'Economie et des Finances, et Babaly Bah, ex-patron de la Banque malienne de solidarité (BMS-SA). Depuis, ces cadres sont hors de leur pays natal, ce qui constitue une situation dure et quasi intenable.

Quid d'Oumar Mariko du parti Sadi ?

Le Front pour la paix au Mali place notamment le cas de l'imam Mahmoud Dicko au cœur de son appel. Il estime qu'un retour organisé dans le respect de la loi, de la sécurité et de la dignité de chacun pourrait constituer un geste supplémentaire en faveur de l'apaisement national. La lettre souligne également que cette logique pourrait progressivement s'étendre à d'autres Maliens en exil. Là encore, il ne s'agit pas de soustraire qui que ce soit à la justice. Un retour peut être organisé dans un cadre légal. Les procédures judiciaires peuvent suivre leur cours lorsqu'elles doivent le faire. Mais l'exil politique ne devrait pas devenir une situation permanente dans un pays qui prétend construire une paix durable. Le Mali a besoin de tous ses enfants.

Ce principe doit valoir pour ceux qui soutiennent le pouvoir comme pour ceux qui le contestent. Le président Goïta face à une occasion historique Depuis le lancement du Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale, le président de la Transition a lui-même insisté sur la nécessité d'un dialogue inclusif.

Lors de l'installation du comité de pilotage, il avait appelé à ce que "toutes les voix soient écoutées" et que "tous les avis puissent s'exprimer", dans l'esprit de cette formule populaire consistant à "laver le linge sale en famille". Le comité de pilotage du Dialogue inter-maliens a été institué par décret en janvier 2024, avec pour mission de contribuer au processus de paix et de réconciliation nationale. Cette philosophie mérite aujourd'hui d'être davantage traduite dans les actes.

Le dialogue ne peut pas seulement être une rencontre entre responsables, notabilités et représentants des différentes composantes de la Nation. Il doit également toucher les situations individuelles qui cristallisent les frustrations. Le véritable test d'une politique de réconciliation est sa capacité à tendre la main à ceux qui sont de l'autre côté.

C'est pourquoi le président de la Transition pourrait faire de la grâce, du pardon et de l'apaisement l'un des grands actes politiques de cette période.

Pardonner pour mieux avancer

Le Mali a connu trop de crises, trop de ruptures et trop de fractures. Pendant des décennies, les Maliens se sont opposés autour de leurs différences politiques, idéologiques ou militaires. Chaque crise a produit ses prisonniers, ses exilés, ses victimes et ses rancœurs.

A force d'accumuler les ressentiments, une nation finit par s'épuiser. Le pardon peut donc devenir une force politique. Il ne signifie pas dire que tout est permis. Il signifie parfois reconnaître que la paix d'une nation peut exiger des sacrifices que la justice seule ne peut pas toujours produire.

Mais pour être durable, ce pardon doit reposer sur quelques principes : la vérité, la justice, la mémoire, la responsabilité, la réciprocité et l'engagement à ne pas recommencer. C'est dans cet esprit que la grâce présidentielle accordée à Yann Vézilier peut être considérée comme un signal. Le gouvernement lui-même l'a présentée comme une manifestation de l'attachement à la paix, au dialogue, au pardon et à l'hospitalité.

Pourquoi cette logique ne pourrait-elle pas, lorsque les conditions sont réunies, profiter également à des Maliens ?

Une main tendue ne diminue pas l'autorité de l'Etat

Certains pourraient craindre qu'une politique de grâce et de pardon soit interprétée comme une faiblesse. C'est précisément le contraire. Un Etat fort n'est pas uniquement celui qui sait punir. C'est aussi celui qui sait quand il peut pardonner.

L'autorité de l'Etat ne devrait pas se mesurer au nombre de personnes emprisonnées, mais à sa capacité à faire respecter la loi tout en créant les conditions de la paix.

Le pardon peut même renforcer l'Etat lorsqu'il est décidé dans un cadre légal, transparent et équitable.

Le message serait alors clair : la République n'oublie ni les faits ni les victimes, mais elle refuse de rester prisonnière des querelles du passé.

Une nouvelle page pour le Mali

Le Mali est aujourd'hui à un tournant. La souveraineté, la sécurité et la refondation de l'Etat constituent des préoccupations majeures. Mais aucune souveraineté ne peut être pleinement consolidée sur une société durablement divisée.

La paix militaire ne suffit pas. La paix institutionnelle ne suffit pas. La paix économique ne suffit pas. Il faut aussi la paix des cœurs. C'est pourquoi le président de la Transition pourrait saisir cette période pour ouvrir une véritable "saison du pardon", en associant justice et clémence, vérité et réconciliation, responsabilité et humanité. Cela pourrait passer par plusieurs mesures : examen des dossiers des détenus condamnés susceptibles de bénéficier d'une grâce ; accélération des procédures des prévenus ; examen des possibilités légales de liberté pour certains détenus ; réflexion sur une éventuelle amnistie pour les militaires concernés par certains dossiers politiques ; facilitation du retour des exilés dans le respect du droit ; et, surtout, création d'un véritable espace de dialogue où chaque Malien puisse être entendu.

Le précédent historique de Moussa Traoré montre que le Mali a déjà su, à un moment de son histoire, privilégier la cohésion nationale et le pardon. Le retour d'Amadou Toumani Touré en 2017 avait également illustré la capacité d'un peuple à dépasser les blessures politiques du passé. Aujourd'hui, une nouvelle page peut être écrite.

Le président Assimi Goïta a placé la paix et la réconciliation nationale au cœur de son discours politique. Le moment est peut-être venu de donner à ces mots une portée historique supplémentaire.

La grâce peut libérer un homme. Le pardon peut libérer une société.

La réconciliation peut libérer une nation. Le Mali n'a plus besoin de nouvelles fractures. Il a besoin de se retrouver. Il ne s'agit pas d'oublier le passé. Il s'agit de faire en sorte que le passé ne continue pas à gouverner l'avenir.

Le pays mérite de retrouver la sérénité. Le peuple malien mérite de retrouver l'espoir. Et notre génération a le devoir de transmettre aux générations futures un Mali plus uni, plus apaisé et véritablement réconcilié.          

                

  El Hadj A.B. HAIDARA