Or malien : encadrer l’exploitation, raffiner au pays et faire de Bamako une place africaine de référence

L’or constitue une richesse stratégique pour le Mali. Mais sa contribution au développement national dépend de la manière dont il est extrait, transformé et commercialisé. Une production qui laisse derrière elle des terres éventrées, des eaux polluées et des communautés fragilisées peut procurer des revenus immédiats tout en compromettant durablement d’autres sources de prospérité.

6 Octobre 2026 - 14:55
Mis à jour: 33 minutes
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Or malien : encadrer l’exploitation, raffiner au pays et faire de Bamako une place africaine de référence

La transformation de l’orpaillage appelle aujourd’hui une réponse publique adaptée. À côté des sociétés minières et des artisans travaillant avec de faibles moyens se sont développées des exploitations disposant de capitaux, de pelles mécaniques et d’équipements importants de traitement. Certains chantiers conservent l’appellation d’orpaillage alors que leurs capacités d’extraction et leurs impacts relèvent d’une véritable activité d’entreprise.

Le Mali doit tirer les conséquences de cette évolution : réserver les procédures simplifiées aux véritables petits artisans, soumettre les exploitations mécanisées aux obligations correspondant à leur dimension et organiser une filière transparente jusqu’au raffinage et à la vente. À plus long terme, cette transformation pourrait permettre à Bamako de devenir une place africaine de raffinage, de certification, de négoce et de cotation de l’or.

Des responsabilités à la hauteur des moyens employés

La mécanisation peut améliorer la productivité, réduire certaines tâches pénibles et renforcer la sécurité. Son développement exige toutefois un contrôle plus rigoureux, car elle augmente considérablement la vitesse d’excavation et l’étendue des dommages possibles.

Une exploitation mobilisant des équipements lourds ne devrait pas bénéficier des mêmes facilités qu’un artisan travaillant avec des moyens modestes. Elle doit identifier ses propriétaires et ses financeurs, déclarer sa production, respecter ses obligations fiscales et sociales, protéger les populations et financer la remise en état des terrains.

Le Code minier de 2023 offre déjà une base pour cette distinction. Son article 62 prévoit trois régimes : exploitation artisanale, petite mine et grande mine. Pour la petite mine, les articles 70 et 71 exigent notamment des capacités techniques et financières, un rapport de faisabilité, un permis environnemental fondé sur une étude d’impact, ainsi que des plans de fermeture, de réhabilitation et de développement communautaire. [1]

La priorité consiste donc à faire correspondre le statut des exploitations à leur réalité économique et technique. Les critères de classement doivent être mesurables : équipements employés, volumes excavés ou traités, superficie affectée, profondeur des travaux, procédés utilisés, investissements et production. Le recours à la location de machines, à la sous-traitance ou au fractionnement d’un chantier ne doit pas permettre de contourner les obligations.

Le régime de la petite mine constitue un cadre pertinent pour une partie de ces exploitations intermédiaires. Il convient d’abord de préciser ses critères et d’assurer son application avant d’envisager une nouvelle catégorie juridique. Les procédures peuvent être proportionnées à la taille des entreprises, tandis que leurs responsabilités environnementales, fiscales et sociales doivent être pleinement assumées.

Simplifier pour les artisans, protéger pour tous

Les petits exploitants ont besoin de formalités accessibles, de formation, d’équipements plus sûrs et d’un accompagnement vers la légalité. Une réglementation trop coûteuse ou difficile à comprendre entretient l’informalité. Les simplifications doivent donc être réservées aux exploitations à faibles moyens et porter sur les démarches administratives et l’assistance technique.

La faiblesse des moyens ne garantit cependant pas celle des risques. La protection de l’eau, la sécurité des travailleurs, l’interdiction du travail dangereux des enfants et la remise en état des sites doivent rester des exigences communes. Pour les entreprises mécanisées, une garantie financière adaptée au coût de réhabilitation doit éviter que les dommages soient finalement supportés par les populations et l’État.

Les contrôles doivent être réguliers et suivis d’effets. Il faut recenser les équipements, vérifier les autorisations et leurs périmètres, identifier les personnes qui contrôlent effectivement les activités et suivre l’exécution des mesures correctives. Les collectivités et les communautés doivent pouvoir signaler les dommages, tandis que l’État conserve la responsabilité de faire appliquer les règles à tous les opérateurs, maliens comme étrangers.

La raffinerie nationale, un instrument de confiance

L’encadrement de l’extraction doit s’articuler avec la transformation locale. Le projet de raffinerie nationale représente à cet égard une initiative importante. Le communiqué du Conseil des ministres du 28 mai 2025 annonce une capacité de 200 tonnes par an et une participation de l’État de 62 % au capital, dans le cadre d’un partenariat avec Yadran. La première pierre a été posée à Sénou le 16 juin 2025. Ces données décrivent le projet annoncé et son lancement ; elles ne constituent pas une confirmation de sa mise en service effective. [2, 3]

Le raffinage local peut créer des emplois qualifiés, développer les compétences et retenir au Mali les revenus liés à cette prestation industrielle. Il offre également un avantage majeur : renforcer la crédibilité de l’or malien auprès des acheteurs et des investisseurs.

Des analyses fiables, une teneur certifiée, des pesées vérifiables et des documents cohérents réduisent les incertitudes commerciales. Les acheteurs peuvent mieux apprécier la qualité du métal proposé ; les investisseurs et les institutions financières disposent d’informations plus solides sur les flux et leur valeur. Ces garanties pourraient faciliter les transactions et réduire certaines décotes liées à l’incertitude, sans garantir à elles seules un meilleur prix.

Cette confiance doit reposer sur des laboratoires compétents, des contrôles indépendants, des procédures auditables et une certification reconnue sur les marchés visés. Les standards de la London Bullion Market Association associent les exigences de qualité à des règles d’approvisionnement responsable et à des audits indépendants. Une reconnaissance de cette nature constituerait un objectif pour la raffinerie malienne, sans être automatique. [4]

La pureté du métal ne suffit pas à établir la légalité de son origine. La traçabilité doit commencer au site d’extraction et accompagner chaque lot jusqu’à la vente. La raffinerie doit vérifier cette origine et prévenir le mélange de productions illégales avec de l’or autorisé.

Raffiner au Mali et préserver la liberté de vente

L’article 25 du Code minier prévoit déjà l’affinage ou la transformation des produits miniers dans les unités appartenant à l’État installées au Mali, avec une possibilité encadrée de recours à d’autres unités locales en leur absence. Cette disposition fournit une base à la transformation nationale ; elle ne suffit pas, à elle seule, à établir une interdiction générale immédiatement applicable de toute exportation d’or brut. [1]

L’objectif devrait être d’organiser l’interdiction de l’exportation de l’or non raffiné lorsque les capacités nationales sont effectivement opérationnelles. Les produits concernés, le calendrier, les conditions de certification et les éventuelles dérogations techniques devront être clairement définis, dans le respect des engagements juridiques applicables.

 Cette obligation de raffinage local doit s’accompagner du maintien de la liberté de vente. Les producteurs conserveraient la propriété de leur or et la possibilité de choisir leurs acheteurs, sous réserve des règles de traçabilité, de fiscalité, de change et d’exportation. Une obligation de transformation locale ne doit pas être confondue avec une obligation de vente à l’État.

La raffinerie assurerait une prestation rémunérée selon des tarifs transparents. Des délais prévisibles, des analyses contradictoires en cas de contestation et des procédures fiables de règlement des différends protégeraient les producteurs. Sa réussite dépendra de la qualité du service rendu, de sa compétitivité et de la confiance qu’elle inspirera.

Faire de Bamako une place africaine de référence

À long terme, le Mali pourrait aller au-delà du raffinage et ambitionner de faire de Bamako une place africaine de négoce et de cotation de l’or. La raffinerie en serait le socle industriel ; la certification, la traçabilité et la liberté de vente en constitueraient les fondements commerciaux.

La première étape serait de développer un marché transparent de l’or physique, où plusieurs acheteurs pourraient soumettre leurs offres pour des lots certifiés. Les producteurs conserveraient le choix de leurs partenaires commerciaux. Les prix et les volumes réalisés, publiés selon des règles précises, amélioreraient l’information et la capacité de négociation des vendeurs.

Bamako pourrait ensuite publier un prix de référence local relié aux cours internationaux, au taux de change et aux coûts des transactions. Une cotation véritablement issue des échanges locaux demanderait davantage : des volumes réguliers, plusieurs acheteurs concurrents et un marché assez actif pour produire un prix représentatif. Le titre de place de cotation se gagne par la profondeur du marché et la confiance de ses participants.

Des coffres sécurisés, des stocks audités, des paiements associés à la livraison et une protection juridique claire de la propriété de l’or seraient indispensables. Les fonctions de raffinage, d’exploitation du marché et de supervision devraient être organisées de manière à prévenir les conflits d’intérêts et à garantir un accès équitable aux services.

L’attraction de l’or des pays voisins dépendrait de la qualité des prestations, de tarifs compétitifs, de délais raisonnables et de partenariats régionaux. Une obligation nationale peut orienter la production malienne vers Bamako ; la confiance et la compétitivité détermineront l’adhésion des opérateurs étrangers.

Le montage devra être étudié avec les autorités nationales et régionales compétentes, notamment la BCEAO et, selon les instruments proposés, l’AMF-UMOA. Les paiements internationaux devront respecter le cadre des relations financières extérieures de l’UEMOA. Les instruments de couverture des variations de prix ne devraient intervenir qu’à un stade de maturité permettant une gestion rigoureuse des risques. [5]

Le Mali dispose d’une occasion de bâtir autour de son or un ensemble de compétences industrielles, commerciales et financières. Chaque exploitation doit répondre des impacts qu’elle crée ; chaque lot doit avoir une origine documentée ; chaque transaction doit pouvoir être vérifiée. En associant protection des territoires, raffinage national et liberté de vente, Bamako pourrait devenir un lieu où l’or africain acquiert davantage de transparence, de crédibilité et de valeur pour les économies qui le produisent.

Par Harouna Niang

Économiste / ancien ministre

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