Chronique : Le civisme en question
Le civisme est une denrée rare, mais une graine fertile, et la souveraineté politique et militaire ne saurait être complète sans un réarmement moral quotidien où le respect du bien commun devient le devoir sacré de chaque citoyen de l'Alliance des États du Sahel.
En effet, parmi toutes les ressources dont une nation a besoin pour prospérer, il en est une que les bilans économiques ne mesurent pas, mais dont l'absence peut ruiner les plus grands projets d'État : le civisme. En ce 66e anniversaire de notre indépendance, le constat s'impose avec la force de l'évidence : si la souveraineté est reconquise par les armes et la diplomatie, elle se consolide au quotidien par le comportement individuel et collectif de chaque citoyen, de Bamako à Niamey en passant par Ouagadougou.
Il faut certes avoir l'honnêteté de le reconnaître : dans nos cités et nos campagnes, le civisme est devenu une denrée rare. En outre, il se fait discret dans le respect du code de la route, où l'incivilité au volant met quotidiennement en danger des vies humaines. Par ailleurs, il manque cruellement dans la gestion de notre environnement immédiat, lorsque les déchets ménagers obstruent les canaux d'évacuation ou que le bien public est traité avec de la négligence, voire du mépris. On le cherche de surcroît en vain dans le service public, lorsque le sens du devoir de porter un casque s'efface devant la recherche du gain facile ou la bureaucratie paralysante.
Néanmoins, cette rareté du civisme n'est pas une fatalité sahélienne ; elle est le produit de décennies de démission éducative, de perte de repères et de banalisation de l'impunité. De surcroît, on a trop souvent confondu la liberté démocratique avec le refus de toute discipline. L'excellence en a alors pris un sacré coup. Or, un peuple de l'AES qui exige le respect de sa souveraineté à l'extérieur doit impérativement faire preuve de discipline à l'intérieur. Aucune armée, aussi courageuse et puissante soit-elle sur les théâtres d'opérations, ne peut sécuriser durablement un pays si les citoyens eux-mêmes s'évertuent à en saboter les règles élémentaires du vivre-ensemble.
Pourtant, malgré sa rareté apparente, le civisme demeure une graine extraordinairement fertile qu'il suffit de mettre en terre avec méthode pour la voir porter des fruits abondants. Dès lors, face aux soubresauts sécuritaires qui secouent le Burkina Faso, le Niger et le Mali, la riposte citoyenne s'organise et se structure à travers des initiatives d'envergure. D'ailleurs, l'inauguration de la Maison des Pionniers constitue à cet égard un formidable vecteur de socialisation patriotique, renouant avec l'apprentissage rigoureux de la discipline, de l'amour de la patrie et de la solidarité agissante dès le plus jeune âge pour toute notre vaillante jeunesse sahélienne.
En outre, cette dynamique trouve son ancrage institutionnel et opérationnel dans le Programme National d'Éducation aux Valeurs (PNEV), un véritable ciment civique conçu pour refonder l'homme malien. À travers ce programme, le gouvernement affirme que la bataille culturelle et morale est aussi décisive que la lutte anti-terroriste. Dès lors, les actions concertées et multisectorielles menées par les ministères en charge de la Jeunesse, des Sports et de la Construction Citoyenne de la Confédération insufflent depuis Niamey, une vitalité nouvelle, mobilisant la population autour des chantiers d'intérêt communautaire, du sport pour la cohésion sociale et des brigades de volontaires pour l'assainissement et la reconstruction des infrastructures nationales.
En conséquence, chaque acte incivique affaiblit la nation, tandis que chaque geste civique la fortifie. Lorsque le citoyen paie régulièrement ses impôts, lorsqu'il protège les biens publics, lorsqu'il refuse la corruption ou lorsqu'il consacre quelques heures à l'assainissement de son quartier, il accomplit un acte de résistance et de construction tout aussi crucial que celui du vaillant soldat au front. De plus, l'instauration de la Semaine Nationale de la Réconciliation et la célébration vibrante des symboles de la République ne doivent pas rester de simples rituels administratifs, mais s'imposer comme le terreau vivant de ce réveil des consciences sahéliennes.
Par conséquent, le Mali Kura, le Burkina Faso souverain et le Niger nouveau ne seront pas seulement le résultat d'une volonté politique venue d'en haut ; ils seront le produit direct de cette transformation comportementale d'en bas. Semons donc cette graine du civisme avec obstination dans les esprits de nos enfants sur les plateaux de Tafouk TV et la radio AES. Arrosons-la par l'exemple quotidien des dirigeants, des cadres, des enseignants et des parents. Même rare aujourd'hui, cette graine a la puissance végétale des grands baobabs de notre espace : une fois enracinée dans le sol sacré de l'AES, rien ne pourra l'ébranler, et c'est à son ombre que les générations futures récolteront enfin les fruits gorgés de dignité de notre indépendance retrouvée et pleinement assumée, 66 ans après.
KML
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