Acquis et perspectives du bilan de la transition : Abdoulaye Maïga livre tout
Le rideau est tombé sur la Cérémonie de clôture des Rencontres d’échanges du Gouvernement avec les populations sur le bilan des cinq ans de la Transition.
Après le passage à la tribune des ministres du gouvernement, devant les forces vives de la nation et des acteurs de la société civile, c'est au tour du Premier ministre Abdoulaye Maïga d'en donner lecture et synthèse des intenses et riches échanges sur le Bilan 2021-2026. On est passé du temps de la restauration au temps de l’accélération, avec les membres de l'équipe gouvernementale qui ont pu livrer le bilan de leur département.
Face à la Nation tout entière, le Premier ministre, Général de division Abdoulaye Maïga, s'est livré à l'exercice redoutable et attendu du "grand oral" de l'exécutif.
Le message fort qui émerge de cette grand-messe républicaine est sans équivoque : le Mali vient de franchir un cap civilisationnel et politique majeur. Après cinq années ardentes et complexes, entièrement consacrées à la restauration de l’État d'urgence et à la reconquête méthodique de sa souveraineté territoriale, le pays bascule officiellement dans "le temps de l’accélération du développement économique et social". C’est la promesse solennelle formulée au nom du Président de la Transition, Chef de l’État, le Général d’Armée Assimi Goïta.
Pour qualifier cet exercice de reddition des comptes, le Chef du Gouvernement a résumé sa démarche en trois maîtres-mots : redevabilité, vérité et responsabilité. Au-delà des indicateurs macroéconomiques et des rapports d'étape, c’est avant tout le récit poignant d’un peuple et d’une nation qui ont résolument choisi de "reprendre leur destin en main" plutôt que de continuer à le subir sous les diktats extérieurs.
Grand Angle : 2012-2021, le point de départ d’un État en sursis
Pour pleinement mesurer la portée historique et la profondeur de ce bilan quinquennal, il est impératif de replonger le regard dans le rétroviseur, précisément à la date charnière du 7 juin 2021, jour de l’investiture du Président Assimi Goïta. Le diagnostic dressé à cette époque critique relevait de la radiographie d'un pays au bord de l'asphyxie.
En 2012, le Mali a frôlé de très près la désintégration totale de ses structures républicaines. Plus de 70% du territoire national échappait totalement au contrôle des pouvoirs publics, tandis que des hordes terroristes dictaient leur loi criminelle dans le septentrion et gagnaient dangereusement le centre. Les institutions étaient exsangues, la confiance brisée entre les citoyens et le sommet de l’État, et l’économie nationale suffoquait sous le double poids de l'insécurité chronique et des soubresauts géopolitiques internationaux. Comme si cela ne suffisait pas, dès l'année 2020, le pays a dû encaisser le choc violent des sanctions iniques, des embargos économiques et des pressions multiformes orchestrées par certains partenaires traditionnels déçus de voir leur tutelle s'effondrer. De nombreux Cassandre, tapis à Bamako comme dans les capitales occidentales, prédisaient alors la chute inévitable et prochaine d’un État jugé failli.
Face à cet abîme, l'exécutif de la Transition n'avait que deux options : courber l'échine et subir le sort funeste réservé aux nations vassalisées, ou se dresser pour agir. C'est la seconde voie qui a été impérieusement choisie. Comme l'a rappelé avec force le Premier ministre : «Elles (les autorités de la Transition) ont fait le pari de la souveraineté, de la refondation et de la confiance retrouvée entre l’État et son peuple».
Ce choix audacieux a structuré l'ensemble de l'action publique à travers deux Plans d’Actions du Gouvernement (PAG) successifs. Le premier, couvrant la période 2021-2022, fut celui des urgences vitales et de la stabilisation sécuritaire. Le second, déployé pour la période 2025-2026, s'est attaché à consolider les acquis et à projeter le pays vers l'avenir. Deux feuilles de route qui incarnent, selon les mots d'Abdoulaye Maïga, «la traduction en actions concrètes et mesurables de la vision d’un Homme, qui préside à la destinée de notre pays, dont la seule ambition et passion est le Mali». Pendant cinq ans, cette vision s'est déclinée autour d’un axe cardinal : la refondation intégrale des fondements de l'État.
Zoom 1 : sécurité et diplomatie, la reconquête implacable de la souveraineté
Si une seule idée force doit traverser et résumer cette période de Transition, c'est indéniablement celle de la souveraineté retrouvée. Et cette reconquête commence par le régalien par excellence : la sécurité des personnes et des biens.
Sur le front militaire, le discours officiel témoigne d’une «montée en puissance sans précédent» des Forces Armées Maliennes (FAMa). Les arguments avancés ne relèvent point de la propagande, mais reposent sur des faits tangibles : la modernisation accélérée des équipements tactiques, l’amélioration drastique des cycles de formation, le renforcement de la chaîne logistique, et par-dessus tout, l'octroi d'une totale liberté d’action stratégique aux hommes de terrain. Le résultat est éloquent : des opérations d'envergure menées avec un professionnalisme et une efficacité redoutables qui ont profondément réduit la liberté de mouvement des groupes armés terroristes.
Cette doctrine militaire ne s'arrête pas aux frontières artificielles héritées de la colonisation. Elle s'inscrit désormais dans une vision géopolitique sous-régionale novatrice : la Confédération des États du Sahel (AES). En s'alliant institutionnellement et militairement avec le Burkina Faso et le Niger, le Mali a érigé un véritable bouclier d'intégration souveraine. C’est aujourd’hui un espace de solidarité agissante, de mutualisation des renseignements et de partenariats militaires et économiques rigoureusement équilibrés.
Sur l’échiquier diplomatique, la rupture avec le passé est totale. Le Mali revendique une diplomatie de dignité, ouverte à la coopération internationale, mais strictement indexée sur trois principes intangibles : le respect mutuel de la souveraineté, l'égalité absolue entre les États et la préservation intransigeante des intérêts vitaux du peuple malien. Une doctrine de fermeté désormais gravée en lettres d'or à l’Article 34 de la Constitution du 22 juillet 2023.
Cette refondation politique et institutionnelle a trouvé son couronnement dans l'avènement de la Quatrième République. Elle s'accompagne de réformes structurelles profondes issues des recommandations souveraines des Assises nationales de la Refondation, d'une lutte implacable menée contre la corruption endémique et d'une revalorisation des institutions coutumières, à l'instar de la reconnaissance officielle du statut des légitimités traditionnelles, jalons indispensables vers une démocratie ancrée dans les réalités sociologiques locales.
Zoom 2 : l'économie, l’or du Mali enfin rendu aux Maliens
Le second pilier de la refondation de l'État malien s'attaque à un tabou historique : la gestion prédatrice des ressources naturelles. Le Premier ministre l'a martelé sans ambages : «L’or du Mali enrichissait davantage les autres». Cette anomalie économique insupportable a pris fin avec la relecture courageuse et souveraine du Code minier en 2023, l’adoption historique de la loi sur le contenu local et la renégociation musclée des conventions minières léguées par le passé.
Les chiffres de cette politique volontariste donnent le tournis tout en illustrant l'efficacité du nouveau rapport de force imposé par Bamako : plus de 760 milliards de francs CFA ont été directement recouvrés auprès des multinationales minières au titre des régularisations fiscales et des redevances ajustées. Fait inédit et socialement révolutionnaire, une portion de cette manne, à travers le Fonds minier de développement local, a permis de rétribuer 18,4 milliards de FCFA directement dans les caisses des communes rurales et urbaines du pays. Cet argent sert aujourd’hui à financer des micro-projets vitaux en matière d'hydraulique villageoise, de santé de proximité et d’infrastructures scolaires locales.
Mais l'ambition de l'exécutif ne se limite pas à percevoir de meilleurs impôts sur l'extraction brute. La nouvelle doctrine industrielle impose la transformation locale des matières premières sur le sol malien, créant ainsi de la valeur ajoutée et des emplois pérennes pour la jeunesse. C'est dans cette même dynamique prospective qu'a été institué le Fonds de financement des infrastructures stratégiques. Entre janvier 2025 et juin 2026, ce sont déjà 109,14 milliards de FCFA qui ont été mobilisés, abondés exclusivement par les contributions des sociétés minières, avec l'objectif stratégique d'atteindre le seuil des 500 milliards pour irriguer les grands chantiers routiers, énergétiques et logistiques du pays.
Dans le secteur névralgique de l’énergie, le Gouvernement a fait preuve de lucidité face aux crises d'approvisionnement en hydrocarbures et aux délestages chroniques qui ont lourdement éprouvé le quotidien des ménages. Des mesures palliatives d'urgence ont sécurisé les chaînes d’approvisionnement des convois de camions citernes, tandis que des investissements massifs s'accélèrent dans les parcs solaires et les infrastructures de transport électrique afin de garantir, à terme, une véritable souveraineté énergétique nationale.
Zoom 3 : le social, entre avancées tangibles et attentes pressantes des populations
Si le bilan politique et sécuritaire force l'admiration, le volet social se présente quant à lui comme un chantier immense et permanent. Les autorités de la Transition ne versent pas dans l'autosatisfaction béate : elles revendiquent des progrès notables dans la sécurisation alimentaire, l'extension des structures éducatives et sanitaires de base, ainsi que dans la promotion de la culture et du sport. La digitalisation accélérée des services publics et administratifs est également brandie comme un levier moderne d’inclusion et d’efficacité républicaine.
Cependant, le "grand oral" du Premier ministre a surtout été l'occasion d'une écoute active des doléances populaires recueillies lors de ses tournées régionales. L’exécutif l'affirme haut et fort : il a entendu les aspirations légitimes du peuple.
La liste des urgences et des attentes demeure vaste et constitue la feuille de route programmatique des années à venir. Les Maliens réclament une sécurité encore plus omniprésente pour panser les plaies des zones rurales. Ils exigent une amélioration pérenne et ressentie de leur pouvoir d'achat face à la cherté de la vie. Ils aspirent à un accès universel à l’eau potable et à l'électricité, à des services sociaux de base irréprochables, et surtout à des opportunités massives d'insertion socio-professionnelle pour une jeunesse dynamique mais impatiente.
En fin politicien et en serviteur de l'État rigoureux, Abdoulaye Maïga a refusé la langue de bois politicienne : «Nous ne cherchons ni à embellir la réalité ni à minimiser les difficultés». Le coût de la vie, l’emploi des jeunes et l'accès à l'énergie restent des défis colossaux, prouvant que l'œuvre de construction nationale ne fait que commencer.
C’est précisément sur ce socle de lucidité, de pragmatisme et de vérité que s’ouvre la prochaine séquence institutionnelle et économique du pays. Le temps de l’urgence sécuritaire et de la restauration brute cède définitivement la place au temps de la construction méthodique et de l'industrialisation.
La boussole stratégique de la nation porte désormais un nom clair : la «Vision Mali Kura 2063» et la «Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable (SNEDD) 2024-2033». Pour l'équipe au pouvoir, il ne s’agit pas de simples catalogues de vœux pieux consignés dans des rapports technocratiques poussiéreux, mais bien du «pacte des générations». L’objectif ultime est limpide : ériger un État souverain et résilient, doté d’une économie concurrentielle et d’une société juste, égalitaire et prospère.
Les priorités pour cette décennie décisive sont d'ores et déjà balisées : intensifier la transformation structurelle de l’appareil productif national ; consolider l'indépendance énergétique par des sources renouvelables et diversifiées ; accélérer l'industrialisation locale et l’intégration régionale au sein de l'AES ; poursuivre le maillage territorial en grandes infrastructures de transport et de communication. Investir massivement dans le capital humain à travers une éducation de qualité, la formation professionnelle technique et l'innovation technologique ; faire de l’entrepreneuriat national et de l’autonomisation économique des femmes et des jeunes le véritable moteur de la croissance future.
Le fil d'Ariane de toute cette politique demeure l'application concrète de la souveraineté. Comme le résume à merveille l'exécutif : «La souveraineté n’a en effet de sens que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des populations. C’est pourquoi les ressources supplémentaires mobilisées par les réformes économiques doivent être transformées en écoles, en centres de santé, en énergie, en routes, en opportunités pour notre jeunesse ».
Hommage national, appel patriotique et cap vers l’avenir
Ce grand oral s'est achevé sur une vibration profondément patriotique et mémorielle. Un vibrant hommage a été rendu aux Forces de Défense et de Sécurité (FAMa) pour leur bravoure quotidienne, accompagné d'une prière fervente pour tous les soldats et civils tombés sous les balles barbares du terrorisme. Une pensée particulièrement émue a été formulée à la mémoire de feu le Général d’Armée Sadio Camara, ancien Ministre d’État, Ministre de la Défense et des Anciens Combattants, dont l'œuvre et l'abnégation ont durablement structuré la montée en puissance de l’outil de défense national.
Le Premier ministre a enfin lancé un appel pressant et solennel à la cohésion nationale : «Les défis auxquels notre Nation est confrontée exigent de nous davantage d’unité, de discipline, de patriotisme et de confiance en notre destin commun». Un appel particulier a été adressé aux cadres de l’administration pour que le service exclusif du peuple demeure leur unique boussole, ainsi qu'à la diaspora malienne, invitée à maintenir son formidable élan de mobilisation en faveur de la refondation.
En refermant ce chapitre du grand oral de la Transition, une certitude demeure. Le Mali a définitivement tourné le dos à la fatalité du chaos. Le chantier titanesque du Mali Kura entre désormais dans sa phase la plus exigeante : prouver à son peuple que la souveraineté reconquise peut transformer durablement les milliards recouvrés en kilowatts d'électricité, en lits d'hôpitaux, en salles de classe et en emplois décents. C’est là le défi historique de la décennie qui s'ouvre.
KML