Uranium au Niger : les États-Unis misent 414 millions de dollars à Dasa

La banque de développement américaine DFC accorde 414,2 millions de dollars pour l’exploitation de l’uranium de Dasa. Cet investissement dans un gisement considéré comme l’un des plus riches d’Afrique marque le retour stratégique de Washington au Niger.

19 Sep 2026 - 19:57
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Uranium au Niger : les États-Unis misent 414 millions de dollars à Dasa
Le chantier de la mine de Dasa opérée par la société canadienne Global Atomic, au Niger, en 2026. (© Global Atomic)

La compagnie canadienne Global Atomic a annoncé, le 16 septembre, qu’elle avait obtenu une facilité de crédit du conseil d’administration de l’International Development Finance Corporation (DFC, la banque de développement des États-Unis), à hauteur de 414,2 millions de dollars, pour l’exploitation de la mine d’uranium de Dasa, au Niger. C’est un pas important vers la mise en œuvre du projet qui reste cependant conditionné à plusieurs autres pré-requis, explique la société basée à Toronto, en particulier « l’identification d’une route viable d’exportation du yellow cake » − la route antérieure, 2000 km à travers le Bénin jusqu’au port de Cotonou, étant toujours fermée.

Dans son communiqué, Global Atomic cite également, comme condition préalable au démarrage du projet, « la prolongation par le Niger de la convention minière et du permis minier dans des termes qui s’accordent de façon satisfaisante avec la facilité de crédit de la DFC, la délivrance d’assurances du gouvernement nigérien sur le remboursement du prêt et la négociation d’un accord direct satisfaisant avec le gouvernement nigérien, en plus de la négociation finale du prêt avec DFC »

Convoitise américaine

Le PDG de Global Atomic, Stephen G. Roman, s’est félicité de cette décision qui représente, selon lui, « une étape significative pour l’entreprise. (…) Nous remercions la DFC américaine pour son soutien. La mine d’uranium de Dasa est la plus grande mine d’uranium à haute teneur en Afrique et elle devrait démarrer la production commerciale au second semestre 2028. La compagnie a conclu des accords d’enlèvement d’uranium qui représentent 11% du plan minier actuel et elle a achevé les travaux de développement souterrain jusqu’à la zone minéralisée. »

La DFC est l’instrument d’investissement à l’étranger du gouvernement américain, qui convoite l’uranium extrait par Global Atomic. Les géologues de la société canadienne ont découvert ce nouveau gisement en 2010 dans le bassin uranifère de Tim Mersoï, dans la région d’Agadez. Autorisé en 2020 et actif depuis 2022, le chantier est mis en œuvre par la Somida, une compagnie basée au Niger détenue à 80% par Global Atomic et à 20% par l’État du Niger. Il s’agit du « projet en cours de développement de création de mine d’uranium en terrain vierge le plus avancé au monde », écrit Global Atomic.

Emiliano Tossou de l’agence Ecofin, explique que cette décision de financement s’inscrit dans un contexte « où les États-Unis cherchent à augmenter leurs capacités de production d’énergie nucléaire. » Il précise que les démarches de Global Atomic auprès de la DFC remontent à février 2023 et se sont ensuite enlisées à cause du coup d’État de 2023, avant d’être reprises fin 2025.

« L’intérêt américain pour Dasa dépasse le seul financement d’un projet minier au Niger. Les centrales nucléaires américaines restent fortement dépendantes de l’uranium étranger : en 2025, seulement 7% de l’uranium livré aux exploitants de réacteurs civils américains était d’origine nationale, le reste provenant principalement de trois pays (Canada, Kazakhstan, Australie) », écrit le journaliste, selon qui « les besoins américains non encore couverts par des contrats pour la période allant jusqu’en 2035 atteignent 186 millions de livres d’U3O8 équivalent, selon l’Energy Information Administration (EIA). » Donald Trump a fixé en mai 2025 un objectif de quadruplement de la capacité nucléaire américaine d’ici 2050 à 400 GW, rappelle-t-il. D’ailleurs, Global Atomic indique « avoir déjà sécurisé des contrats portant sur 8,8 millions de livres d’uranium pendant les 7 premières années d’exploitation, dont 90% destinés à des compagnies d’électricité américaines. »

Vers une route algérienne

La question de la route fiable d’exportation du yellowcake est une exigence de la DFC avant tout décaissement. La piste d’une solution via l’Algérie est apparue récemment, dans le cadre du rapprochement algéro-nigérien esquissé en début d’année. Car la réouverture de la frontière terrestre avec le Bénin, malgré des efforts de réchauffement de la part des deux pays, n’est pas encore à l’ordre du jour : Niamey accuse l’armée française déployée dans le nord du Bénin de manœuvres de déstabilisation.

Le Niger est en proie à une forte pression des deux grandes franchises djihadistes rivales, Al-Qaïda et l’État islamique, ainsi qu’à des attaques de groupes rebelles toubous sponsorisés par ses voisins de l’Est. La tentative de prise de l’aéroport de Niamey, fin août, par une unité de forces spéciales, est analysée par les autorités nigériennes comme une tentative de renversement du régime par la force, dans le but de favoriser des intérêts étrangers. Elle devrait avoir pour conséquence de geler encore pour de longs mois les relations avec le Bénin.

La toile nigérienne, avec en particulier les détracteurs du régime militaire, a réagi à la nouvelle en y voyant un retour des Américains, pourtant priés de quitter leur base de drones d’Agadez en mars 2024. Bana Ibrahim, un membre du Parlement de transition (le Conseil consultatif de la refondation), a répondu ce 18 septembre en affirmant que le Niger ne remplacerait pas « une dépendance par une autre », faisant allusion, sans le nommer, au départ fracassant du géant français Orano, dont les mines ont été nationalisées par le nouveau régime.

Pour le régime, un investissement purement « privé »

« Il faut donc distinguer clairement un financement américain accordé à un projet minier privé et un accord entre deux États, qui engagerait directement les gouvernements nigérien et américain », ajoute Bana Ibrahim. « Cette opération ne constitue d’ailleurs aucune contradiction avec le départ des troupes américaines. Le Niger a souverainement mis fin à une coopération militaire qu’il ne jugeait plus conforme à ses intérêts. Cela ne signifie ni une hostilité envers les États-Unis ni une fermeture aux investissements américains. »

« La souveraineté n’est pas l’isolement. La coopération n’est pas la soumission. » Le Niger « diversifie librement ses partenariats et décide souverainement de ceux qui servent ses intérêts. Notre ligne rouge reste claire et non négociable : le respect absolu de la souveraineté du Niger », conclut le député en reprenant les éléments de langage du régime.

Pour le développement de son avenir uranifère, au-delà du stock produit avant le coup d’État et jusqu’à la nationalisation des mines d’Orano, le Niger s’appuie principalement sur les Canadiens de Global Atomic, sur les Australiens de Goviex (des négociations sont en cours, après le retrait du permis de Goviex en juillet 2024, en vue d’un nouveau partenariat pour l’exploitation de la mine de Madaouela) et sur les Chinois engagés dans la mine d’Azelik, toujours dans la région d’Agadez. Tout récemment, le ministre des Mines Abarchi Ousmane s’est rendu en Chine où il a rencontré les responsables de la China National Nuclear Corporation (CNNC), pour renforcer le partenariat des deux pays. Le site d’Azelik reste en effet actuellement improductif depuis sa fermeture pour des raisons financières, en 2015.

Source: https://mondafrique.com/