GOONGA TAN : Niamey : Des coups de feu ont fait penser au pire, avant que la force n'arrête les erratiques
Le samedi 29 août, le Sahel, puis le reste de l'Afrique de l'Ouest, se sont réveillés dans le vacarme d'informations contradictoires faisant état d'attaques simultanées contre plusieurs points sensibles de la capitale nigérienne.
L'aéroport international Diori Hamani, la base 101 et les abords de la présidence ont été au cœur des premiers affrontements. Pendant plusieurs heures, les informations ont circulé plus vite que les certitudes.
Très vite, cependant, un constat s'est imposé : ce qui se déroulait dans la capitale nigérienne n'avait rien d'une attaque djihadiste, ni d'un simple incident de caserne. Il s'agissait bien d'une tentative de déstabilisation du régime du général Abdourahamane Tiani. Cependant, la riposte des forces loyalistes a finalement permis de reprendre le contrôle des sites visés. Plusieurs hommes armés ont été arrêtés et les principaux animateurs du mouvement seraient, selon différentes sources, en fuite ou sous contrôle des autorités. Un nom, celui du capitaine Ben Idé, est apparu dès les premières heures comme celui d'un possible responsable de la tentative de ce qui ressemble à m'y prendre à un putsch. Mais la prudence reste de mise à cause de la rétention d'information ou de la maitrise du récit qui succèdent à un événement tragique de cette importance. La communication officielle et les enquêtes à venir devront établir la chaîne réelle des responsabilités. Derrière les tirs de Niamey se cache toujours, au moment où j'écris ces lignes, une question autrement plus importante : qui voulait réellement faire tomber Tiani, et pourquoi ?
L'ennemi était-il dans la caserne ?
Les premiers éléments disponibles font apparaître un mouvement hétérogène. Des soldats issus de différentes composantes des Forces armées nigériennes, dont certains auraient été de retour de zones d'opérations particulièrement éprouvantes, se seraient retrouvés dans cette aventure aux côtés de forces obscures clament certains à Niamey. Il serait, cependant, prématuré de conclure. Mais les interrogations sont nombreuses : Frustration de soldats épuisés par les campagnes militaires ? Rivalités internes au sein de la grande muette ? Contestation politique de la trajectoire empruntée par le CNSP ? Instrumentalisation de mécontentements réels par des ambitions individuelles ? Ou opération bénéficiant de complicités plus importantes, y compris à l'extérieur du pays ? C'est précisément ici que le régime de Tiani joue désormais une partie décisive.
La tentation est grande de réduire immédiatement l'événement à une manœuvre des partisans de Mohamed Bazoum ou à une opération téléguidée depuis l'extérieur, si l'on suit les regards fixés sur l'uranium....
Les autorités nigériennes disposent peut-être d'éléments allant dans ce sens. Si tel est le cas, elles vont les produire. Mais l'erreur serait de chercher trop vite un coupable idéal. Quoi qu'on pense Tiani est sorti indemne de l'épreuve.
Tiani a gagné la bataille du 29 août
À court terme, le régime nigérien peut se prévaloir d'une victoire. La chaîne de commandement loyaliste a tenu. Les sites sensibles ont été sécurisés. Le coup de force a échoué. Mais un coup d'État manqué n'est jamais sans lendemain. Il produit des arrestations, des interrogatoires, des règlements de comptes. Il peut aussi révéler des complicités jusque-là invisibles. La priorité de Niamey sera donc moins de multiplier les déclarations triomphales que de comprendre comment des éléments armés ont pu coordonner, ou tenter de coordonner, une action contre des installations aussi sensibles.
La question de la condition des soldats a été évoquée et doit également être examinée. Ceux qui passent de longues périodes dans les zones de combat, face à des adversaires particulièrement mobiles, accumulent fatigue, colère et parfois frustrations. Les faits ont montré qu'ils sont minoritaires.
Le test de l'AES
Pour l'Alliance des États du Sahel, l'épisode nigérien dépasse les frontières du pays. L'AES a été construite autour d'une double promesse : souveraineté et sécurité. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fait du combat contre le terrorisme, de la reprise en main de leurs territoires et de l'affirmation d'une indépendance les fondements de leur nouveau récit. Or, les événements de Niamey l'ont démontré : Aucune alliance régionale ne peut compenser durablement les fractures qui traversent un pays de l'intérieur.
Le coup de force manqué de Niamey devrait donc pousser les trois États de l'AES à renforcer la coopération en matière de renseignement, mais également à surveiller leurs propres fragilités internes. C'est peut-être la principale leçon du 29 août pour Bamako, Ouagadougou et Niamey : le dispositif sécuritaire du Sahel ne doit pas seulement regarder vers l'extérieur. Il doit aussi être capable de détecter les fissures qui se forment à l'intérieur.
Le grand silence des voisins
Reste enfin une séquence particulièrement révélatrice : le silence des voisins. A mon avis, la tentative de déstabilisation de Niamey aurait dû provoquer une réaction politique claire de l'ensemble des États de la sous-région. Elle aurait dû, au minimum, susciter un rappel ferme de la nécessité de préserver la stabilité d'un pays dont l'effondrement aurait des conséquences immédiates sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Mais force est de constater que la rupture entre l'AES et la CEDEAO continue hélas de peser sur tous les réflexes diplomatiques. Certains gouvernements peuvent être tentés de ne pas se précipiter au secours d'un régime avec lequel ils sont en conflit politique depuis trois ans. Je peux comprendre la gêne de la CEDEAO à apparaître comme le soutien d'un pouvoir né d'un coup d'État contre Mohamed Bazoum. Mais fallait-il, pour autant, rester aphone devant une tentative de renversement par les armes ? La question mérite d'être posée. Car il ne s'agissait pas de soutenir Tiani. Il s'agissait de défendre la stabilité du Niger. La nuance est essentielle. Un changement de pouvoir brutal au cœur de l'un des pays stratégiques du Sahel aurait eu des répercussions immédiates sur le Mali et le Burkina Faso, mais aussi sur le Nigeria, le Bénin, le Tchad et toute la façade ouest-africaine.
Dans cette affaire, la CEDEAO ne peut raisonnablement espérer tirer profit du chaos. Car le chaos ne choisit jamais son camp.
Après les armes, la vérité
Le 29 août a donc permis à Tiani de mesurer la résistance de son dispositif. Mais il a également révélé sa vulnérabilité. Tout dépend de la manière dont on répond aux questions que cette tentative soulève.
Le Niger doit désormais éviter deux écueils : la chasse aveugle aux sorcières et le déni.
A cet égard, les enquêtes devront établir les responsabilités, les complicités, les financements et les éventuels soutiens extérieurs. Les auteurs devront répondre de leurs actes. Mais le pouvoir devra aussi accepter d'entendre ce qu'une partie des armes a tenté d'exprimer. C'est là que se trouve la véritable leçon de Niamey.
Le 29 août, le général Tiani a certes sauvé son pouvoir, mais au Sahel, l'on ne doit pas prendre la fin d'un coup d'État pour le début de la stabilité. D'autres écueils sont à craindre.
DICKO Seidina Oumar
Journaliste - Historien -Écrivain