GOONGA TAN : Mali : Oui, la paix est possible… sans auto satisfaction ni pessimisme

Depuis plus d'une décennie, le Mali vit au rythme des attaques terroristes, des crises politiques, des transitions institutionnelles et des bouleversements diplomatiques

29 Août 2026 - 01:54
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GOONGA TAN :  Mali : Oui, la paix est possible… sans auto satisfaction ni pessimisme

Rarement notre pays aura été autant commenté, conseillé, jugé ou instrumentalisé. Aux yeux des uns, il serait devenu l'épicentre d'une guerre sans fin ; pour les autres, il serait sur le point de renouer avec la stabilité. Ces deux lectures sont excessives. La vérité est plus complexe et, surtout, plus encourageante qu'on ne le dit souvent.

Le Mali n'est plus celui de 2012, lorsque l'effondrement de l'État, la rébellion armée et l'irruption des groupes djihadistes avaient placé le pays au bord de l'abîme. Il n'est plus non plus celui de 2020, marqué par une transition politique balbutiante et des ruptures diplomatiques qui semblaient conduire à un isolement durable. Une nouvelle séquence s'ouvre. Elle ne justifie ni l'autosatisfaction ni le pessimisme. Elle appelle simplement à regarder les faits avec lucidité. Le premier de ces faits est d'ordre militaire. Contrairement à la période où les groupes djihado-rebelles imposaient leur rythme aux événements, ils apparaissent aujourd'hui davantage sur la défensive. Ils continuent certes de tuer, de tendre des embuscades, de poser des engins explosifs improvisés et de terroriser des populations civiles innocentes convaincus de leur impunité par le laxisme de certains observateurs. Leur capacité de nuisance demeure réelle et nul ne serait fondé à la sous-estimer. Mais ils peinent davantage à contrôler durablement des territoires, à administrer des localités ou à imposer leur agenda politique. Autrement dit, ils ne sont pas vaincus ; ils sont contenus. Cette nuance est essentielle. Une organisation terroriste peut rester dangereuse tout en perdant progressivement l'initiative. C'est précisément ce qui semble se produire aujourd'hui.

Les Forces armées maliennes ont retrouvé une capacité d'action qu'elles avaient largement perdue au cours de la décennie précédente. Elles paient encore un tribut humain, souffrent de contraintes logistiques et doivent poursuivre leur montée en puissance. Pourtant, elles démontrent une plus grande mobilité, une meilleure coordination et une volonté de porter le combat au cœur des sanctuaires terroristes. Les succès enregistrés ne doivent pas masquer les difficultés, mais les difficultés ne doivent plus occulter les progrès.

Toutefois, tous les observateurs avertis s'accordent sur le fait que la guerre ne se gagne pas uniquement sur le champ de bataille. Depuis deux ans, un autre mouvement, moins spectaculaire mais tout aussi déterminant, est à l'œuvre : la recomposition géopolitique du Sahel. Les équilibres régionaux changent à une vitesse rarement observée depuis les indépendances. Les anciennes alliances se redéfinissent, tandis que de nouveaux partenariats prennent forme.

La création de l'Alliance des États du Sahel constitue sans doute le fait politique majeur de cette recomposition. En choisissant de coordonner leurs politiques de sécurité, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont voulu répondre ensemble à une menace commune et affirmer une vision plus souveraine de leur avenir. Cette alliance reste jeune, encore imparfaite et confrontée à d'immenses défis financiers et institutionnels. Mais elle a déjà modifié les rapports de force dans la région.

L'AES devra désormais réussir là où beaucoup d'organisations régionales ont échoué : transformer une solidarité née de la guerre en une véritable communauté d'intérêts économiques, énergétiques, commerciaux et humains.

Parallèlement, un autre changement mérite d'être souligné : le réchauffement progressif des relations entre Bamako et Alger. Pendant plusieurs mois, les tensions entre les deux capitales avaient atteint un niveau préoccupant. Les divergences sur la gestion du Nord, les incompréhensions diplomatiques et les accusations réciproques semblaient rendre toute normalisation impossible. Pourtant, la géographie et l'histoire rappellent toujours les États à la raison. L'Algérie ne peut durablement se désintéresser de la stabilité du nord du Mali, pas plus que le Mali ne peut ignorer le rôle de son puissant voisin dans la recherche de la paix au Sahara.

Le dialogue qui renaît aujourd'hui ne signifie pas que tous les différends sont réglés. Il traduit simplement la prise de conscience qu'aucun des deux pays n'a intérêt à prolonger une confrontation diplomatique dont les seuls bénéficiaires seraient les réseaux criminels et les groupes terroristes.

Cette évolution est capitale. Elle ouvre la voie à une coopération plus étroite en matière de renseignement, de contrôle des frontières et de lutte contre les trafics transsahariens. C'est sur ce terrain, bien davantage que dans les déclarations officielles, que se mesurera la sincérité du rapprochement.

Le Sénégal s'inscrit lui aussi dans cette nouvelle dynamique. La visite du président Bassirou Diomaye Faye à Bamako n'a pas seulement une portée symbolique. Elle traduit la volonté de maintenir des passerelles entre les pays de l'AES et le reste de l'Afrique de l'Ouest. Dans un contexte marqué par les incompréhensions entre la CEDEAO et les États sahéliens, Dakar peut contribuer à recréer des espaces de dialogue sans remettre en cause les choix souverains de chacun.

Le Maroc, de son côté, poursuit méthodiquement sa stratégie sahélienne. Par ses investissements, son secteur bancaire, ses infrastructures, sa diplomatie économique et son initiative visant à offrir un accès atlantique aux pays enclavés, Rabat entend s'imposer comme un partenaire incontournable du Sahel. Cette ambition est légitime. Elle constitue également une opportunité pour le Mali, à condition que celui-ci sache diversifier ses partenariats sans créer de nouvelles dépendances.

Car la véritable leçon de ces dernières années est là : aucune puissance étrangère, quelle qu'elle soit, ne fera à la place des Maliens ce qu'ils doivent accomplir eux-mêmes. Les partenaires changent, les intérêts demeurent. Tous poursuivent leurs propres objectifs.

 Il appartient au Mali de faire converger ces intérêts avec les siens, jamais de les subir. 

                                                                              

  DICKO Seidina Oumar

Journaliste - Historien -Écrivain

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Commentaires (15)

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Kinguiranke
Kinguiranke 1 mois
https://www.youtube.com/shorts/tK_C-C8-8Ig
Kinguiranke
Kinguiranke 1 mois
@sangare l'ecervele, es-tu capable de comprendre ce que l'Iran a fait avec les bases et forces militaires etrangeres en Arabie Saoudite, Bahrein, Qatar, Kuweit, Irak, Oman, Emirats Arabes Unis, Jordanie, Syrie? C'est ce que tu appelles la securite, tu es un tres sale negre de salon pour la Metropole et un esclave mental de l'occident qui broute toute herbe que l'on te met sous ses sabots!
Kinguiranke
Kinguiranke 1 mois
@sangare en plus des pays Europeens, combien de bases militaires et forces militaires etrangeres existent dans les pays du Golf et du Moyen-Orient (Arabie-Saoudite, Bahrein, Qatar, Koweit, Irak, Oman, Emirats-Arabes-Unis, Jordan, Syrie), au Japon, en Coree du Sud etc.etc.
sangare
sangare 1 mois
Dans ces pays cités, c'est pour garantir la sécurité. Ce qui est différent de ramener la sécurité.
Kinguiranke
Kinguiranke 1 mois
@sangare peux-tu nous dire dans quel pays de l'Union-Europeenne, il n'existe pas de troupes etrangeres? Tu n'as pas de cerveau ou sinon que tu ne connais rien du tout! Animal-humain!
sangare
sangare 1 mois
Transit est différent d'installation des troupes comme au Mali!!! Dérangé mental!!!
Kinguiranke
Kinguiranke 1 mois
En mars 2026, la France autorisa la base aérienne 125 d'Istres (Bouches-du-Rhône) par les forces Americaines! Alors sangare tres sale negre de salon pour la Metropole, ou est ton cerveau?
Kinguiranke
Kinguiranke 1 mois
@sangare peux-tu nous dire dans que pays de l'Union-Europeenne, il n'existe pas de troupes etrangeres? Tu n'as pas de cerveau ou sinon que tu ne connais rien du tout! Animal-humain!
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