Que sont-ils devenus… Ilias Oumar Dicko : L'Ambassadeur de la boucle du Niger

L'ancien international malien Ilias Oumar Dicko nous a quittés le samedi 22 août 2026, des suites de maladie.

29 Août 2026 - 02:30
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Que sont-ils devenus… Ilias Oumar Dicko : L'Ambassadeur de la boucle du Niger

Figure emblématique du Djoliba AC et des Aigles du Mali, il aura marqué son époque par sa rigueur, son courage et surtout par la puissance de ses coups francs. L'Algérien Rabah Madjer a l'habitude de dire, dans une de ses interviews, que seul un défenseur de nationalité malienne l'a marqué durant sa carrière, par sa rigueur et son courage. Ce joueur n'est autre qu'Ilias Oumar Dicko. Son duel avec l'actuel entraîneur des Fennecs d'Algérie date du mois d'avril 1979, à la faveur des éliminatoires des Jeux olympiques de Moscou. Ilias (puisque Oumar est le nom de son père) avait des qualités naturelles : athlétique, vivace, endurant, le tout soutenu par une santé de fer. Durant sa carrière, il a mis à profit ses potentialités pour séduire le public sportif malien, et même celui d'Afrique. Les témoignages de Djibril Diallo, ancien dignitaire du régime du général Moussa Traoré, à l'occasion du jubilé d'Ilias Oumar Dicko en 1986, étaient loin d'être une complaisance. L'ex-directeur de la Régie des chemins de fer et ancien secrétaire politique du BEC de l'UDPM avait dit ceci : "En effet, quel amoureux des Dimanches du Stade Omnisports ne revivrait pas les souvenirs de ces intenses émotions (d'espoir ou de crainte, selon son camp d'appartenance) lorsque Ilias Oumar Dicko devait botter un coup franc pour le compte du Djoliba, ou des Aigles ? L'appréhension ou l'espoir ne devenait-il pas quasi certitudes lorsque le point de tir se trouvait dans la fourchette des 18 à 35 mètres des buts adverses, dans un angle variant de 30 à 45 degrés de leur axe. Sociable, avenant et presque timide dans la vie, Ilias Oumar Dicko, par sa vigueur, sa rigueur, et surtout sa sagacité, a illustré mieux que quiconque les qualités du noble rapace symbole de notre Team National".

Humble, discret et discipliné, Ilias s'est toujours résigné face à certains traitements dont il a été victime dans son club. Parce qu'il s'est toujours dit que l'homme ne suit que son destin. Convaincu de cette vérité incontestable, il a prématurément mis fin à sa carrière. De tout cela, notre héros du jour nous avait entretenus, imaginez dans quel cadre : à l'intérieur de sa voiture, aux portes du mythique Stade Omnisports Modibo Keita, témoin de ses moments de gloire. Bonne lecture !

Doté d'une force de frappe extraordinaire, l'enfant du Gourma Rharous n'avait pourtant pas ce physique comparable aux os et muscles de Boubacar Sow, de Zoba ou d'Abdoulaye Koumaré "Muller", pour donner une explication à ces missiles "Sol-air" qu'il armait pour mettre en difficulté les portiers. Mais c'est en forgeant qu'on devient forgeron.

Kidian et Sadia : les modèles !

Ilias Oumar Dicko nous confiait qu'il s'était inspiré des demi-volées de Kidian Diallo et des coups francs de Sadia Cissé pour peaufiner les qualités qui ont marqué sa carrière. Pour cela, il s'entraînait seul à travers les murettes et se corrigeait en fonction des rebonds du ballon. Au fil du temps, il parvint à préciser et à cadrer ses tirs dans n'importe quelle position. Les enfants des quartiers de N'Tomikorobougou, Bolibana et Badialan, qui venaient assister aux entraînements du Djoliba, n'avaient qu'un seul souci : ne pas tomber en syncope sous le coup d'une frappe d'Ilias Oumar Dicko. Pour se mettre à l'abri, les gosses choisissaient toujours le camp de celui qui avait les pétards dans les pieds, comme pour reprendre les termes du doyen Demba Coulibaly.

L'une des particularités de "Que sont-ils devenus" est que chaque héros apporte sa touche particulière. Cela a le double sens d'enchanter la direction du journal et de démontrer l'importance de la rubrique. Quand nous avons contacté Ilias Oumar Dicko, ancien joueur du Djoliba et des Aigles du Mali, il n'avait posé aucun problème, aucune condition, et cela pour deux raisons : d'abord, il pensait que l'initiative de tous les médias qui s'intéressent aux anciens sportifs était louable ; ensuite, son ancien coéquipier Bourama Traoré lui avait parlé de la rubrique. Faudrait-il rappeler qu'"Allah Ka Bourama" est l'un de nos collaborateurs directs pour l'animation de cette rubrique. En effet, c'est lui qui se chargeait de nous chercher les contacts de bon nombre de nos héros. Mais, paradoxalement, Bourama lui-même, considéré unanimement comme le plus grand footballeur malien de sa génération, repoussait nos sollicitations, justifiant qu'il était toujours en activité et sous les yeux des gens.

Pour en revenir à Ilias Oumar Dicko, l'homme nous avait dispensés du long et interminable trajet qui mène du centre-ville à Niamana sur la RN 6. Il avait décidé que nous nous retrouvions au Stade Omnisports Modibo Kéita pour réaliser l'interview.

A 65 ans (son âge en 2017), Ilias n'avait pas visiblement changé ; il gardait encore cette vivacité dans la démarche. Seulement un détail : la petite calvitie juvénile avait finalement eu raison de lui et l'obligeait à se raser la tête à tout bout de champ. L'enfant de Gourma Rharous nous avait séduits par son sens élevé du social.

Le Djoliba à tout prix

Fruit du mouvement pionnier, Ilias Oumar Dicko a commencé à jouer au ballon dès le bas âge, grâce à son maître de premier cycle, Ibrahim Cissé dit Brin de Kita. Il s'est fait remarquer dans les compétitions inter quartiers, et surtout entre les différents camps des pionniers. Depuis ces moments, il n'avait qu'une seule ambition : jouer au Djoliba AC et en équipe nationale. Raison pour laquelle tout ce qu'il menait comme activité devait contribuer à le rapprocher de ses objectifs. Dans ce cas, seul le bon comportement pouvait le conduire vers Bamako, où tout devait se jouer comme il le souhaitait. Le temps finira par lui donner raison. L'enfant de Gourma Rharous est parvenu à s'imposer au Djoliba durant des années, avec à la clé un titre de meilleur joueur de la saison en 1979, des campagnes des éliminatoires de la Coupe d'Afrique des clubs champions. Ce qui lui a également ouvert les portes de l'équipe nationale en 1977. Il ne les quittera qu'à sa retraite. Mais comment son destin pour Bamako fut-il tracé ?

Pour la première fois, il fait un saut à Bamako en 1966, dans le cadre de la Semaine nationale de la jeunesse. Au cours du défilé, son premier contact avec le gazon lui fait vibrer le cœur avec une pluie de questions. Au bout de ces innombrables interrogations, il parvient à la conclusion qu'"à cœur vaillant, rien d'impossible".

Deux ans après, il est admis au DEF et réussit également au concours d'entrée à l'Ecole des agents techniques d'élevage de Bamako. Une fois dans la capitale, Ilias Oumar Dicko loge à la cité des policiers à Missira, à deux pas du Stade Omnisports. Un soir, il décide de faire un tour au terrain et coïncide avec une séance d'entraînement des travailleurs de la structure, parmi lesquels un certain Yacouba Samabaly, l'un des plus grands gardiens que le Mali ait connus. Il n'aura passé que quelques jours auprès de l'ancien portier du Stade malien et des Aigles, qui appréciait déjà les qualités techniques exceptionnelles de l'enfant de Gourma Rharous. Un de ses aînés au village, Bathilo Bocoum, ayant appris sa présence à Bamako, va le chercher. Il le présente à Tiécoro Bagayoko, qui donne des instructions pour qu'on lui délivre une licence. Au même moment, Idrissa Traoré dit Poker, Bourama Traoré et Seyba Coulibaly font leurs premiers pas dans le club. Au bout de trois ans, il termine ses études, accède à la fonction publique et continue sa progression au Djoliba AC. Mais il y a un problème : Ilias Oumar Dicko est muté à Gao. Avec ce coup dur, il va expliquer aux dirigeants du club sa situation afin d'être réaffecté à Bamako. Tiécoro Bagayoko lui demande de rejoindre son poste, avec la promesse ferme de le ramener à Bamako dans quelques mois. Mais il passera cinq ans dans la cité des Askia. Cela n'affectera nullement son moral. Ilias signe à l'Africa Sport de Gao, où il écrira les belles pages de l'histoire de ce club dans les compétitions de Coupe du Mali et du championnat inter ligues.

Une carrière à moult péripéties

En 1975, après avoir éliminé le Douga Club et le Sagan de Mopti, l'Olympic de Ségou, l'Africa Sport de Gao devait rencontrer le Djoliba à Bamako. Compte tenu des conditions financières très limitées, la Fédération a trouvé un raccourci : ce sont plutôt les Rouges qui ont effectué le déplacement sur Gao. Pourquoi ? Ilias Oumar Dicko explique et pense même que les Gaois ont été pénalisés par ce changement de programme : "L'avion devait quitter Bamako vide pour aller chercher l'équipe de l'Africa Sport. Après le match, l'avion allait ramener l'équipe et retourner vide. Ce qui serait très coûteux pour la Fédération. Si le Djoliba doit se déplacer, les dépenses seront allégées. Mais cela nous a mis sous pression, parce qu'à Bamako, on pouvait éliminer le Djoliba. Malheureusement, l'Africa Sport s'est incliné par 3 buts à 0. L'occasion était bonne pour moi de m'affirmer et de démontrer que l'heure avait sonné pour m'affecter à Bamako. Quelques jours après la rencontre, Tiécoro Bagayoko a pris ses responsabilités et j'ai été muté à Bamako en 1976".

Pendant son absence, d'autres joueurs avaient émergé et avaient tendance à être indéboulonnables à leurs postes. Donc, Ilias Oumar Dicko devait patienter sur le banc de touche.

Une blessure de Kader Gueye lui donna sa chance : il séduit et gagne sa place de titulaire sur le couloir droit. Mais pas pour longtemps. Il sera vite mis de côté pendant deux mois, au motif que le doyen Demba Coulibaly faisait ses éloges et le prédestinait comme le meilleur ailier du Mali, et même d'Afrique. D'après Ilias Oumar Dicko, son entraîneur n'avait pas apprécié ces commentaires du speaker sportif de Radio Mali. Nullement découragé par cette injustice, il garde le moral et redouble d'efforts. L'enfant de Gourma Rharous avait une conviction : ne jamais cesser d'espérer, les miracles arrivent tous les jours. Chaque soir, après les entraînements du Djoliba, il garait sa moto pour monter à Koulouba dans le seul but de maintenir sa forme. Son retour dans les rangs consacra également sa métamorphose comme latéral droit. Parce qu'au cours d'une séance d'entraînement, le titulaire du couloir étant absent, Ilias prend sa place et marque un coup franc magistral. Sur le coup, Karounga Kéita dit Kéké, alors entraîneur du Djoliba et des Aigles, arrête le match et ordonne à l'équipe type qui venait d'encaisser le but de faire deux tours du terrain. Depuis ce jour, Ilias est reconverti latéral et s'impose à son nouveau poste comme un élément indispensable du dispositif. Il remporte avec le Djoliba deux Coupes du Mali : 1977 et 1979, et perd celle de 1980 face à l'AS Réal de Bamako.

Rappel : Beïdy Sidibé dit Baraka a exécuté les Hippo. Un an après, c'est-à-dire en 1981, Ilias Oumar Dicko fait encore le constat qu'il est victime de ségrégation et d'injustice. Il met un terme à sa carrière, tout en gardant le Djoliba dans son cœur.

L'étoffe et le mal de dos

Très bon orateur et dans un style où l'on sent le sonrhaï, Ilias Oumar Dicko donnait l'impression qu'on remuait le couteau dans la plaie, tellement il était choqué par les traitements dont il avait été victime au Djoliba. Ces attitudes des uns et des autres l'avaient certes irrité, mais en aucune manière elles ne pouvaient lui faire oublier les bons moments passés dans son club de cœur.

Comme temps forts de sa carrière, Ilias Oumar Dicko retenait ce match de championnat contre l'AS Réal en 1977 où il avait marqué un but splendide ; aussi la finale de la Coupe du Mali de 1979 contre le Stade. Les Stadistes se souviendront longtemps de ces trois buts de Cheick Salah Sacko, d'Ousmane Diallo dit Petit Sory et de Poker sur des coups de pied d'Ilias. On parle de trois minutes, trois buts, mais Modibo Dix, le gardien du Stade ce jour-là, le conteste. Ilias Oumar Dicko n'oubliait pas non plus le tournoi des clubs champions joué au Gabon en 1979. Antoine Bell avait beaucoup souffert ce jour-là de ses tirs, au point qu'il avait demandé à ses défenseurs du Canon de Yaoundé de détacher carrément un joueur sur Ilias Oumar Dicko pour le neutraliser depuis sa base. Dès l'instant qu'on pense qu'il s'est toujours caractérisé par la rage de vaincre, la vivacité et la rigueur, logiquement, ses mauvais souvenirs ne peuvent être que toutes ces défaites avec le Djoliba ou l'équipe nationale.

Qu'en est-il des anecdotes ? L'enfant de Gourma Rharous se rappelle d'un match qui avait opposé l'Africa Sport de Gao à l'Avenir de Ségou. Que s'était-il passé ? Ilias raconte son calvaire : "C'était au cours d'un match pour les éliminatoires de la Coupe du Mali. Depuis l'aéroport, les Ségoviens résidant à Gao ont donné des informations à leurs dirigeants sur mes qualités. C'est-à-dire qu'il fallait trouver une solution à mon cas, à défaut l'Avenir serait éliminé de la compétition. Je ne doutais de rien, sauf qu'au bout de dix minutes de jeu, j'ai ressenti subitement des douleurs dorsales. Ces maux m'obligeront par la suite à demander un changement. Finalement, je suis resté couché pendant un mois après ce match. Quelques années après, j'ai rencontré un Ségovien à Bamako, qui faisait partie de la délégation le jour de mon choc. Ce dernier m'a dit que j'avais été marabouté avec une étoffe qu'on avait nouée autour de mon nom, avec une boule au milieu. Le drame a été que le type à qui la tâche avait été confiée avait oublié de défaire l'étoffe. Tout simplement, il était sous l'effet de la victoire de son équipe qui avait gagné par 2 buts à 0. C'est ce qui a expliqué mon alitement durant un mois. Mais après, tout est rentré dans l'ordre. J'ai continué ma carrière à Bamako. Ce sont des situations qu'on rencontre dans le milieu sportif".

Après sa retraite au Djoliba en 1981, Ilias Oumar Dicko, en sa qualité d'agent technique de l'élevage, a servi à Sikasso, Niéna et Kadiolo. C'est à Zégoua qu'il a pris sa retraite en 2007. Dans toutes ces localités, il a entraîné les différentes équipes locales. Cela ne saurait surprendre quand on sait qu'il avait des diplômes d'entraîneur, décrochés pour la première fois en 1986. Il approfondira ses connaissances en 2006 et 2012, respectivement avec les licences C1 et C2, à Bamako.

Comme bon nombre d'anciens joueurs, Ilias Oumar Dicko dirigeait un centre de formation de jeunes au Stade du 26 Mars de Yirimadio, grâce au projet d'insertion des anciens joueurs, initié en 2010 par le président Amadou Toumani Touré.

L'homme avouait sincèrement que le football malien l'avait beaucoup servi sur le plan relationnel. Sinon, avec son statut de fonctionnaire, il s'intéressait moins aux primes, qui étaient d'ailleurs circonstancielles et dérisoires. A l'époque, l'essentiel pour lui était de jouer au ballon pour honorer son village natal. Parce que les dimanches, son nom résonnait sur les transistors dans toutes les familles du Gourma Rharous. Cela constituait pour lui une fierté et une source de motivation pour ne pas décevoir. On comprend, à travers ces déclarations, pourquoi Ilias Oumar Dicko épousait toujours la grande forme.

    Aujourd'hui-Mali du 24 novembre 2017

                          

O. Roger Sissoko