Coopération Mali–BID : l'heure du bilan pour les projets prioritaires
La coopération entre le Mali et la Banque islamique de développement mobilise d’importantes ressources dans des secteurs essentiels.
L’audience du 16 août à Djeddah offre à l’État malien l’occasion de présenter les réalisations, les retards et les décisions attendues.
L’ambassadeur du Mali en Arabie saoudite, Ibrahima Dahirou Dembélé, a rencontré le 16 août 2026 le président par intérim de la Banque islamique de développement (BID), Rami Muhammad S. Ahmed. Les discussions ont porté sur les infrastructures, les transports, l’énergie, l’agriculture, l’éducation et la santé. Les deux parties ont convenu de maintenir un dialogue régulier pour faciliter l’exécution des projets.
Cette audience relevait principalement d’une revue politique de la coopération. Elle n’a débouché sur l’annonce d’aucun nouvel accord, mais elle intervient à un moment où plusieurs financements importants entrent dans leur phase d’exécution. La priorité devrait donc porter sur le suivi des engagements déjà contractés.
Le dernier bilan consolidé rendu public indiquait qu’au 20 mars 2023, la BID détenait au Mali un portefeuille actif de 20 projets représentant 554 millions de dollars, soit environ 335,5 milliards de FCFA. Les décaissements atteignaient alors 232 millions de dollars, environ 140,2 milliards de FCFA, ce qui correspondait à un taux moyen de 42%. Ces chiffres avaient été communiqués par le ministère malien de l’Économie et des Finances.
Ce taux ne signifie pas que tous les projets connaissaient les mêmes difficultés. Un financement récent décaisse naturellement moins vite qu’un programme proche de son achèvement. Trois ans plus tard, ce bilan ne suffit toutefois plus pour apprécier la situation actuelle. Le gouvernement devrait préciser combien de projets sont achevés, combien avancent normalement et lesquels nécessitent une restructuration.
Exécution
Une première clarification concerne l’accord-cadre de 500 millions de dollars signé en mai 2023 avec la Société internationale islamique de financement du commerce. Cette institution appartient au Groupe de la BID, mais son mécanisme sert principalement à financer des importations de produits pétroliers et alimentaires sur cinq ans. Cette enveloppe ne doit donc pas être additionnée automatiquement au portefeuille des projets d’infrastructures comme s’il s’agissait de crédits déjà décaissés.
Plusieurs opérations récentes appellent maintenant un suivi précis. Pour le Projet de renforcement de la sécurité alimentaire dans le Kaarta-Séféto, la BID a accordé 18,8 millions d’euros, soit environ 12,33 milliards de FCFA.
Le programme prévu entre 2025 et 2029 doit construire 20 micro-barrages, aménager 951 hectares de bas-fonds dans 20 villages et toucher au total 33 localités. Les autorités lui attribuent un objectif de 25 000 emplois directs et indirects. Les accords ont été ratifiés le 31 juillet 2024.
Le 26 juillet 2026, une procédure était encore ouverte pour recruter un cabinet chargé de former les huit experts de l’unité de gestion du projet. Cette formation doit couvrir la passation des marchés, la gestion financière, le suivi des travaux, l’irrigation et les normes environnementales.
L’appel à manifestation d’intérêt publié par la BID confirme que le dispositif de gestion continue d’être renforcé pendant la deuxième année du programme. Le ministère de l’Agriculture gagnerait maintenant à publier le niveau d’exécution du budget 2025, l’état des marchés et le calendrier de construction des premiers ouvrages.
Dans l’énergie, la BID finance à hauteur de 55 millions d’euros, environ 36 milliards de FCFA, une partie de la Boucle Nord 225 kV de Bamako. Ce projet cofinancé avec la Banque africaine de développement, la BOAD et l’État doit relier Dialakorobougou à Kénié, créer de nouveaux postes électriques et renforcer le réseau de la capitale.
La procédure de passation des marchés est documentée par la BID. Dans un pays confronté à des délestages prolongés, le public doit pouvoir suivre séparément les financements mobilisés, les contrats attribués et les travaux effectivement réalisés.
Le dossier de Taoussa rappelle ce qui se produit lorsqu’un grand projet reste longtemps entre financement, sécurité et procédures administratives. La première pierre du barrage avait été posée en février 2010. Une revue officielle arrêtée à décembre 2016 chiffrait son coût à 167,68 milliards de FCFA et ses décaissements cumulés à seulement 9,12 milliards, soit 5,44%.
En mars 2021, le gouvernement réunissait encore les bailleurs, parmi lesquels le Groupe de la BID, pour rechercher une nouvelle entreprise et préparer la reprise des travaux. Le ministère des Finances évaluait alors le projet à 167,93 milliards de FCFA.
La coopération a également produit des résultats visibles. La BID avait engagé 44 millions de dollars en 2016 dans la deuxième phase du programme d’eau potable de Kabala, financé avec plusieurs autres partenaires.
L’ensemble du programme a porté la production d’eau de Bamako de 220 à plus de 500 millions de litres par jour, réalisé plus de 2 000 kilomètres de canalisations et facilité plus de 106 000 branchements sociaux. Il a donné accès à l’eau potable à 1,3 million de personnes et amélioré le service pour plus de deux millions d’autres, selon la Banque mondiale.
Méthode
L’État pourrait tirer parti de l’audience de Djeddah pour instaurer un tableau public du portefeuille Mali–BID, actualisé tous les six mois. Chaque projet y figurerait avec son montant approuvé, sa date d’entrée en vigueur, les sommes décaissées, la contrepartie nationale, le taux d’exécution physique, les marchés conclus et la date révisée d’achèvement.
Cette publication permettrait aussi de désigner clairement la cause des retards. L’insécurité peut bloquer un chantier dans le Nord. Ailleurs, les difficultés peuvent venir de la préparation technique, des procédures de marché, du versement de la contribution nationale ou de la capacité de l’unité de gestion. Chaque blocage appelle une réponse différente, avec un service responsable et une échéance.
La représentation malienne à Djeddah peut faciliter les échanges avec la Banque, mais le pilotage doit rester entre les mains du ministère des Finances et des départements sectoriels. La prochaine revue devrait donc déboucher sur des décisions précises pour Taoussa, le Kaarta-Séféto, la Boucle Nord et les autres projets actifs.
La solidité de la coopération Mali–BID ne se mesurera pas seulement au montant des accords signés. Elle dépendra surtout du nombre de barrages, de lignes électriques, de réseaux d’eau, d’écoles et de centres de santé effectivement livrés aux populations.
Cheick Bougounta CISSE