Edito : La Russie, un allié mais pas un substitut !

En conférence de presse conjointe avec son homologue ghanéen, Samuel Okudzieto Ablaku, le ministre russe des Affaires étrangère a annoncé à Moscou, la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

20 Août 2026 - 08:49
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Edito : La Russie,  un allié mais pas  un substitut !

Au regard de la crise sécuritaire et multidimensionnelle  dont les pays de la sous-région  font actuellement face depuis des décennies, une telle coopération  pourrait être bénéfique. Mais à condition qu’elle ne  vienne pas  à se substituer à celle  qui a longtemps existé entre les pays ouest-africains et les anciennes puissances coloniales.

C‘est une réalité, la Russie a  plus que jamais le vent en poupe en Afrique de l’Ouest. La nouvelle dynamique enclenchée par la CEDEAO  en est la preuve. L’autre réalité est que  l’organisation sous-régionale  commence à comprendre  que la situation actuelle au Sahel se complexifie, en faisant de la région  Ouest –africaine, un foyer mondial du terrorisme et de l’extrémisme violent. Cette menace  étant  certainement la raison qui pousse objectivement  l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest à opter in fine pour un engagement global constructif pour la recherche de la paix et de la sécurité.

Mais cette dynamique de coopération des pays de l’Afrique de l’Ouest avec la Russie ne doit,  en aucune manière,  être un substitut à celle qui leur liait à la France, la Grande Bretagne ou aux USA. Ces anciennes coopérations doivent  d’ailleurs  se maintenir mais dépourvues de toute condescendance. Mais  ces anciennes puissances coloniales, à leur tour, devraient comprendre  que  la conjoncture internationale est en train d’évoluer. Que l’Afrique, dans le souci de préserver sa souveraineté politique et économique, est en train  d’œuvrer  à repenser une nouvelle  géopolitique internationale.  Dans laquelle, elle accorde une place  prépondérante  à de nouveaux partenaires.  En l’occurrence, la Russie sur le plan militaire.

L’AES,  perçue par de nombreux analystes  comme un laboratoire  d’offres de  ces nouveaux partenariats –Turquie, Chine et Russie- affirmant de plus en plus sa souveraineté  et son panafricanisme, recherchant  son autonomie stratégique,  a  des  besoins impératifs  de sécurité, de défense collective et de repositionnement géopolitique. Sa récente expérience coopération militaire  avec la Russie  doit être partagée avec la CEDEAO afin que toute la sous-région puisse en bénéficier.

 Oui, la géographie et l’histoire obligent  les pays voisins, donc l’AES et la CEDEAO,  à s’entendre afin  de créer  une synergie  d’actions  contre le terrorisme. N’est-ce pas pourquoi  le Mali et l’Algérie sont actuellement  dans une dynamique de réconciliation et de coopération basée désormais sur le respect mutuel. Notamment,  de leur souveraineté territoriale ! Il est  ainsi une évidence : le Mali a besoin de l’Algérie et vice-versa.  De la même façon, les pays de l’AES ont besoin de la CEDEAO et vice-versa. Dans la même logique, les Etats de l’Afrique de l’Ouest ont besoin de tous les pays du monde pour se défendre et se développer. Mais faudrait-il  simplement  qu’ils sachent raison garder, en ne commettant pas la faute de substituer une puissance militaire dominatrice par une autre.   

Gaoussou Madani Traoré