Edito : La Russie, un allié mais pas un substitut !
En conférence de presse conjointe avec son homologue ghanéen, Samuel Okudzieto Ablaku, le ministre russe des Affaires étrangère a annoncé à Moscou, la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.
Au regard de la crise sécuritaire et multidimensionnelle dont les pays de la sous-région font actuellement face depuis des décennies, une telle coopération pourrait être bénéfique. Mais à condition qu’elle ne vienne pas à se substituer à celle qui a longtemps existé entre les pays ouest-africains et les anciennes puissances coloniales.
C‘est une réalité, la Russie a plus que jamais le vent en poupe en Afrique de l’Ouest. La nouvelle dynamique enclenchée par la CEDEAO en est la preuve. L’autre réalité est que l’organisation sous-régionale commence à comprendre que la situation actuelle au Sahel se complexifie, en faisant de la région Ouest –africaine, un foyer mondial du terrorisme et de l’extrémisme violent. Cette menace étant certainement la raison qui pousse objectivement l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest à opter in fine pour un engagement global constructif pour la recherche de la paix et de la sécurité.
Mais cette dynamique de coopération des pays de l’Afrique de l’Ouest avec la Russie ne doit, en aucune manière, être un substitut à celle qui leur liait à la France, la Grande Bretagne ou aux USA. Ces anciennes coopérations doivent d’ailleurs se maintenir mais dépourvues de toute condescendance. Mais ces anciennes puissances coloniales, à leur tour, devraient comprendre que la conjoncture internationale est en train d’évoluer. Que l’Afrique, dans le souci de préserver sa souveraineté politique et économique, est en train d’œuvrer à repenser une nouvelle géopolitique internationale. Dans laquelle, elle accorde une place prépondérante à de nouveaux partenaires. En l’occurrence, la Russie sur le plan militaire.
L’AES, perçue par de nombreux analystes comme un laboratoire d’offres de ces nouveaux partenariats –Turquie, Chine et Russie- affirmant de plus en plus sa souveraineté et son panafricanisme, recherchant son autonomie stratégique, a des besoins impératifs de sécurité, de défense collective et de repositionnement géopolitique. Sa récente expérience coopération militaire avec la Russie doit être partagée avec la CEDEAO afin que toute la sous-région puisse en bénéficier.
Gaoussou Madani Traoré