Edito : Sénégal : Vers une cohabitation institutionnelle

Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko, le 22 mai 2026, de son Poste de PM et sa réintégration, deux jours après, comme député ...

4 Juin 2026 - 07:52
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Edito :  Sénégal : Vers une cohabitation institutionnelle

Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko, le 22 mai 2026, de son Poste de PM et sa réintégration, deux jours après, comme député à l’Assemblée Nationale pour présider le Perchoir, le paysage politique sénégalais  est en pleine mutation. Et affiche une incertitude  à travers  la nomination  par le Président Bassirou Diomaye Faye d’un nouveau PM qui n’est pas membre de la majorité parlementaire. Une  telle situation politique a toutes les chances de se radicaliser.

En effet, à la suite d’une infructueuse consultation du Comité Exécutif du PASTEF-Les Patriotes avec le président Faye, le Parti majoritaire,  sous la houlette d’Ousmane Sonko, a décidé qu’il « ne participe pas au prochain Gouvernement ». Comme si cela ne suffisait pas, le Comité Exécutif du PASTEF  interdit à tous ses membres d’y participer même à titre individuel sous peine de sanction. Une décision tranchante qui a porté fruit lorsque l’on sait que le Gouvernement s’est finalement formé sans aucun ténor du PASTEF.  Mais peut-on bien gouverner sans la participation du Parti majoritaire qui dispose  notamment de la majorité absolue à l’hémicycle ? Un président de la république dans un système démocratique a-t-il le droit d’ignorer la légitimité électorale ?

Cette situation politique,  très inédite au Sénégal, ouvre inéluctablement la voie à une cohabitation institutionnelle dont les principaux  acteurs sont le président de la République Bassirou Faye et le président de l’Assemblée Nationale, Ousmane Sonko.  Le premier a décidé de mettre dans les placards le Projet de Société du Parti qui l’a propulsé au Pouvoir, en s’accommodant avec les anciens dignitaires du régime défunt Macky Sall que son parti a combattu. Alors que le second s’obstine à ce que le Projet de Société du PASTEF soit strictement exécuté. Ousmane  Sonko a tenté de rassurer, notamment dans son discours d’investiture,  qu’il  ne s’opposerait pas systématiquement au nouveau Gouvernement. Mais qu’il défendra  au moyen de ses prérogatives législatives, les intérêts  supérieurs  du pays portés par le parti majoritaire-le PASTEF-dont il est le Chef incontesté.

D'ores et déjà, beaucoup d'analyses et observateurs politiques sénégalais et étrangers estiment que les deux pouvoirs-Exécutif et Législatif-vont s'affronter sur de nombreuses questions politiques et économiques. D'autant plus que l'ancien PM, resté fidèle pour une exécution stricte du Projet de Société du Pastef-Les patriotes, va continuer d'user de ses prérogatives législatives pour contrôler l'action gouvernementale et même initier des projets de lois. L’Assemblée nationale pourrait aussi voter une motion de censure pour faire tomber le nouveau gouvernement sénégalais. Mais  certains analystes estiment que les deux hommes forts du pays feront tout pour éviter ce scénario catastrophe, alors que sa survenue est très plausible.

Si cela advenait, il  serait alors extrêmement difficile à Diomaye de bien gouverner le Sénégal. D’autant que, même s’il persiste  en continuant d'afficher son appartenance au PASTEF, la réalité est  qu'il ne bénéficie plus d'aucun soutien de taille au  sein du parti. Le  prochain  Congrès du PASTE, les 6 et 7 juin prochains,  va sans nul doute nous montrer le poids politique  des deux principales personnalités de l’Etat sénégalais. Avec le risque que le Chef d’Etat soit exclu du parti. Quoi qu'il arrive, la symétrie politique entre les deux personnalités politiques,  est une triste réalité qui va  fragiliser  le Chef de l'exécutif sénégalais !

Gaoussou Madani Traoré