La fin du tandem Sonko-Diomaye au Sénégal : Entre légitimité populaire et fidélité partisane

Deux ans après leur arrivé au pouvoir, le couple formé par le président Bassirou Diomaye Faye et le leader du PASTEF Ousmane Sonko a officiellement divorcé.

6 Août 2026 - 09:27
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La fin du tandem Sonko-Diomaye au Sénégal :  Entre légitimité populaire et fidélité partisane

Ce qui n’était au départ qu’un désaccord de gouvernance s’est mué en une fracture institutionnelle dont le Sénégal peine encore à mesurer toutes les conséquences.

Le 22 mai 2026, par un décret, Diomaye met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko comme PM. En quelques jours, l’environnement politique sénégalais bascule : un nouveau chef de gouvernement est nommé, Sonko prend la tête de l'Assemblée nationale, et le président lance sa propre formation politique, KIIRAAY-Les Patriotes Républicains le 25 juillet 2026. Le tandem qui avait porté l'espoir d'un changement de système est désormais voué à l’échec. Ainsi, l’alliance de conquête mue à un duel de légitimités.

Le compagnonnage entre les deux hommes remonte bien avant à l'écartement de Sonko de la course présidentielle de 2024, à la suite d'une condamnation qui l'avait privé de ses droits civiques. C'est dans ce contexte que Bassirou Diomaye Faye a été choisi pour porter les couleurs du PASTEF. Le pari est gagnant : Diomaye est élu président dès le premier tour.

En juillet 2025, les premiers signes de tension commencent à apparaitre au sein du couple. Lors du conseil national du PASTEF, Sonko dénonce un « problème d'autorité » dans la gouvernance du pays. Les divergences se multiplient, jusqu'au clash de mai 2026 autour de la gestion des fonds politiques, qui a conduit au limogeage.

Pour l'argument présidentiel et les partisans de Diomaye Faye, gouverner est au-delà du parti. La légitimité d'un chef d'État, une fois investi par le suffrage universel, ne saurait rester prisonnière d'un parti ou d'un homme. Le président Diomaye Faye a été élu par l'ensemble des Sénégalais, pas seulement par les militants du PASTEF, et c'est à ce titre qu'il revendique son autonomie institutionnelle. Gouverner « avec » le parti qui l'a porté au pouvoir ne signifierait pas gouverner « pour » lui.

Pour les fidèles du parti, c’est un acte de trahison envers le « Projet ». Cette lecture institutionnelle occulte une réalité plus simple, et c'est elle qui est au cœur de la colère du PASTEF : Diomaye Faye n'aurait jamais été candidat, et encore moins président, sans le combat mené pendant des années par Sonko et son parti. Le PASTEF n'a pas seulement « soutenu » une candidature, il a construit, au prix de son interdiction en 2023 et de l'emprisonnement de ses cadres, le projet politique que les Sénégalais ont choisi en 2024. De ce point de vue, la présidence n'est pas un mandat personnel détaché de ses origines : elle est un dépôt, confié pour porter un projet précis, une rupture avec le système, souveraineté, refondation des institutions et non un blanc-seing donné à un homme une fois élu. Aux yeux des fidèles du parti, s'émanciper de ce cadre après coup, c'est trahir non pas Ousmane Sonko, mais le contrat passé avec les électeurs eux-mêmes. C'est bien cette fidélité au projet, et non une simple loyauté personnelle envers Sonko, que le PASTEF dit défendre.

Quoi qu’il soit, le divorce est déjà consommé et les recompositions du paysage politique sénégalais sont en cours. La rupture ne s'arrête pas uniquement au remaniement ministériel. En quelques semaines, elle redessine tout l'échiquier : Sonko s'installe à la présidence de l'Assemblée nationale et affirme de bien vouloir rester fidèle au projet PASTEF, tandis que le président Diomaye Faye annonce la création de sa propre formation politique. Ce dernier acte provoque une vague de démissions au sein du PASTEF, plusieurs cadres choisissant de rallier le camp présidentiel plutôt que de rester dans un parti désormais privé du soutien de l'exécutif. Les partisans de Sonko lisent ce mouvement moins comme un ralliement à un "nouveau projet" que comme une défection facilitée par la proximité du pouvoir.

Reste cependant une question que les deux camps peinent à trancher en leur faveur : le Sénégal n'a pas voté pour changer de visage d’un homme, il a voté pour changer de système. Une démocratie qui se résume à l'alternance des dirigeants, sans réforme réelle des institutions, court le risque de décevoir ceux qui l'ont portée, et sur ce terrain, ni le président ni le parti ne peuvent aujourd'hui se prévaloir d'un bilan qui tranche le débat.

Entre légitimité des urnes et légitimité du projet, le Sénégal n'a pas de réponse toute faite et c'est peut-être là l'essentiel. L'histoire politique récente du pays a montré que les ruptures ne se referment jamais aussi vite qu'elles s'ouvrent. Ce que Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko feront de leur désaccord, dans les prochains mois, dira moins qui avait raison que ce que le Sénégal est encore prêt à tolérer de ses dirigeants.

Boubacar Bani Traoré