Gouvernance et diplomatie : Le Mali revoit-il sa copie ?
Après le retour à la parfaite entente entre Bamako et Alger, voici le dégel en vue vers Paris et d’autres Etats.
En accordant la grâce présidentielle à l’agent des renseignements français Yann Christian Bernard Vezilier, la semaine dernière, le président de la Transition malienne, le Général d’Armée Assimi Goïta posait un acte fort d’humanisme et de pardon à l’endroit de l’Etat français.
En effet, il faut retenir que l’affaire impliquant le sieur Vézilier est d’une gravité exceptionnelle. Il s’agit d’une procédure judiciaire relative à un crime de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat malien. Et l’agent français a été jugé complice dans cette tentative de coup d’Etat, puis condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Mais, après quelques mois d’incarcération, il bénéficie de cette mesure de grâce exceptionnelle. Ce qui prouve que le président Assimi Goïta a voulu marquer par ce geste un déclic de décrispation dans les relations entre Bamako et Paris.
Même si le communiqué officiel relatif à cette grâce présidentielle fait cas de bons offices d’un Etat tiers, il faut reconnaître que le chef de la Transition malienne semble décidé à réajuster le tir dans la diplomatie de son pays envers l’extérieur.
C’est ainsi que le Mali, à travers le ministre des Affaires étrangères, adopte désormais une posture plus conciliante avec ses partenaires, tant dans la sous-région ouest-africaine, sur le continent africain que dans la communauté internationale.
Cela est perceptible avec le retour à l’entente entre Alger et Bamako, idem entre Bamako et Abidjan, dont les relations étaient pendant longtemps refroidies...
Il s’agit donc pour les plus hautes autorités du Mali de travailler à renouer les fils de la coopération avec la France et, par ricochet l’Union Européenne, pour contribuer, le cas échéant, aux rétablissements des portefeuilles de coopération et d’appuis budgétaires dans divers secteurs de développement.
Il semble, en outre, que la diaspora malienne aurait plaidé pour une amélioration des « relations de coopération fraternelle et d’amitié » entre le Mali et divers pays. Ceci, dans le but de faciliter aux nombreux Maliens de l’extérieur d’éprouver moins de difficultés administratives dans leurs pays de résidence. Ce qui a aussi pesé dans la balance du positionnement diplomatique de l’Etat malien. Celui-ci semble décidé à manœuvrer les canaux diplomatiques habituels et les circonstances éventuelles pour un meilleur discours politique moins répulsif envers les intérêts des autres Etats. Cela pourrait, analyse-t-on, faciliter le processus de retour à la normalité constitutionnelle, sous le leadership du président Assimi Goïta. Donc, le retour de l’ambassadeur de France au Mali se profile-t-il à l’horizon ? Rien n’est moins sûr, les intérêts de Paris étant de haute portée stratégique dans le Sahel et leur défense pouvant être mieux assurée à partir de Bamako, le véritable leitmotiv de la confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES).
Boubou SIDIBE/maliweb.net