Que sont-ils devenus… Chiacka Traoré dit "Pelé Blanc" : Le destin brisé d'un talent qui faisait rêver le Stade malien

Dans les années 1980, le Stade malien de Bamako regorgeait de talents. Parmi eux, Chiacka Traoré dit "Pelé Blanc", un jeune footballeur au dribble déroutant, aux accélérations foudroyantes et au talent naturel qui séduisait les supporters stadistes.

5 Sep 2026 - 02:20
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Que sont-ils devenus… Chiacka Traoré dit "Pelé Blanc" :  Le destin brisé d'un talent qui faisait rêver le Stade malien

 Arrivé chez les Blancs au début de la saison 1983-1984, il nourrissait le rêve de devenir professionnel et de connaître l'Europe. Mais entre manque de temps de jeu, concurrence féroce et destin contraire, sa carrière n'a jamais atteint les sommets que son talent laissait espérer. Plus de trois décennies après l'avoir perdu de vue, nous avons retrouvé le "Pelé Blanc" au terrain d'entraînement des Onze Créateurs de Niaréla. Retour sur le parcours d'un talent resté inachevé.

Trois "Pelé" dans l'histoire du Stade malien

Dans l'animation de la rubrique "Que sont-ils devenus ?", il nous est revenu d'écrire que le Stade malien de Bamako a connu trois joueurs avec le sobriquet "Pelé".

Le premier est Yacouba Diarra dit "Yacou Pelé", un pur produit du jardin d'enfants de Ben Oumar Sy. Il est de ces jeunots qui ont pris la relève au Stade, à la suite de la saignée provoquée par le départ en France de Cheick Diallo, Moussa Traoré dit "Gigla" et Mamadou Keïta dit "Capi". Malheureusement, son destin sera estropié par deux faits : la suspension de l'équipe type du Stade et une fracture en mars 1978.

Le deuxième s'appelle Abdramane Traoré dit "Kolokani Pelé". Il se distingue par son  afro, sa corpulence et ses pieds un peu arqués. Le troisième est notre héros de la semaine. Il s'appelle Chiacka Traoré dit "Pelé Blanc". De taille moyenne, il avait un talent magnifique.

Voilà un joueur dont les dribbles faisaient rêver les supporters du Stade malien de Bamako et dont le talent faisait vibrer jusque dans les tribunes.

Excellent dribbleur et percutant dans les démarrages, Chiacka Traoré avait des potentialités techniques séduisantes. Nous l'avons rencontré à un moment où l'on s'y attendait le moins. Comment ?

Sur les traces d'un passé glorieux

Passionné du ballon depuis l'enfance, nous avons vécu le football malien dès 1979, à la faveur de la finale de la Coupe du Mali entre le Djoliba et le Stade malien de Bamako. A partir de cette date, nous avons été témoins de beaucoup d'événements liés à l'histoire du football malien. Un passé teinté de satisfaction morale, mais aussi de déception, parmi lesquelles la mort du journal Podium. L'évocation du seul nom de Podium nous plonge dans les méandres de l'histoire du football malien, couché sur papier à l'époque par des sommités de la presse écrite, à l'image des frères Drabo, Gaoussou et Souleymane, Papa Moustapha Koïté, Mamadou Kouyaté dit "Jagger", Ousmane Maïga dit "Pelé", Mamadou Diarra dit "Mad'Diarra" et Soumeylou Boubèye Maïga.

Il a suscité un engouement autour du sport national chez ces millions de Maliens vivant à l'intérieur du pays, donc loin du mythique stade Omnisports qui abritait 90 % des compétitions, toutes disciplines confondues.

Bref, le canard a donné du sens à la vie de beaucoup de Maliens. "Mais hélas ! A cette mort du journal, comme déception, il faut aussi greffer l'échec de la carrière footballistique de Pelé Blanc. Parce que son talent devait le conduire très loin. Mais hélas !"

Nous l'avons perdu de vue il y a plus de trois décennies. A l'époque pensionnaire au centre de formation des Blancs de Bamako, dirigé par Lamine Traoré dit "Jules", nous l'avons connu et côtoyé. En son temps, très humble, Pelé Blanc était l'enfant chouchou des supporters du Stade malien, qui le gratifiaient d'argent. Il avait une notoriété et une célébrité incontestables malgré son statut de réserviste.

Depuis bientôt dix ans que nous animons cette rubrique, il a toujours été l'une de nos cibles. Malheureusement, la rubrique n'a pas frappé à la bonne porte pour avoir de ses nouvelles. Et c'est par pur hasard que nous sommes tombés sur lui au terrain d'entraînement des Onze Créateurs, sis à Niaréla, où il pilotait une coupe inter quartiers.

Remis de toutes nos émotions, il fallait s'armer d'une rhétorique pour lui rafraîchir la mémoire sur sa propre histoire. Un exercice qui l'emporta dans un cyclone de joie visible sur son visage.

Paradoxalement, il nous a fallu un mois pour obtenir un rendez-vous. La raison est toute simple ! Déçu par sa carrière footballistique, il évite d'en parler. Et ce dimanche 30 août 2026, il nous accorda enfin l'interview tant attendue, dans une convivialité qui traduisait un accueil chaleureux. Alors, retour sur le parcours d'un talent resté inachevé.

Un "Pelé" au milieu des grands

En football, certains surnoms ne sont jamais donnés au hasard. Dans les années 1970 et 1980, appeler un jeune footballeur "Pelé", "Maradona" ou lui attribuer le nom d'une grande star du ballon rond était une manière de reconnaître ses qualités particulières. Le surnom était parfois une marque d'admiration, mais surtout une responsabilité. Il fallait avoir quelque chose de plus : une technique, une élégance, une capacité à éliminer les adversaires ou cette faculté rare à faire vibrer les spectateurs. Chiacka Traoré dit "Pelé Blanc" avait justement ce don.

Au début de la saison 1983-1984, il fait son arrivée au Stade malien de Bamako et découvre alors un vestiaire riche en talents, forgé par feu Mamadou Kéita dit "Capi" avant son exil forcé en 1982.

La tâche n'était pas simple. Pour se faire une place dans une équipe où évoluaient déjà des joueurs de grande qualité comme Seydou Diarra "Platini", Abdoulaye Kaloga, Lassine Soumaoro, Adou Kanté, Diofolo Traoré, Yacouba Traoré "Yaba" ou encore Mamadou Coulibaly "Kouici", il fallait avoir du caractère. Chiacka Traoré n'en manquait pas.

Il ne s'est pas présenté comme un jeune joueur intimidé par le talent de ses aînés. Il a joué son football et laissé une forte impression. Il a su bien s'installer dans le groupe et démontrer qu'il pouvait évoluer au milieu des grands.

Ceux qui l'ont vu jouer à cette époque gardent le souvenir d'un footballeur particulièrement doué techniquement. Pelé Blanc était de ces joueurs auxquels il suffisait de donner le ballon pour que le spectacle commence. Il avait le sens des dribbles éliminatoires, des changements de direction, des accélérations et des centres millimétrés.

Son football était instinctif, généreux et offensif.

Si bien qu'à la fin des matches comme des entraînements, des supporters venaient à sa rencontre. Certains lui remettaient de l'argent, d'autres de petits cadeaux, simplement pour l'encourager et lui témoigner leur affection. Certains supporters voyaient en lui des similitudes avec Abdoulaye Kaloga, le "magicien", ou encore avec Yacouba Traoré "Yaba", reconnu pour sa vivacité et ses mouvements de diversion déroutants.

Mais le jeune Pelé Blanc ne s'est jamais laissé griser par les compliments. Au contraire, il nous rappela que Kaloga et Yaba étaient ses aînés, mais aussi ses modèles.

Il affirme être au Stade malien pour apprendre auprès d'eux et, pourquoi pas, suivre leurs traces. Cette attitude résume bien le personnage : du talent, de l'ambition, mais aussi beaucoup d'humilité. En dehors du terrain, il restait un jeune homme accessible et respectueux.

L'Europe, un rêve jamais réalisé

Lorsqu'on se remémore les qualités du joueur et les espoirs qu'il suscitait, une question revient inévitablement : qu'aurait pu devenir Chiacka Traoré s'il avait eu l'occasion de jouer en Europe ?

Lui-même nourrissait ce rêve. Lors de notre entretien, il affirma qu'il se voyait évoluer en Europe comme footballeur professionnel. Il avait cette ambition, cette envie de découvrir un autre niveau et de mesurer son talent à celui des meilleurs. Mais le destin en a décidé autrement.

Les portes de l'Europe ne se sont jamais ouvertes. Les années passent et, avec elles, les possibilités de réaliser ce rêve. Pour un footballeur qui a longtemps rêvé de professionnalisme, voir sa carrière prendre une autre direction peut être difficile à accepter.

Peu à peu, Pelé Blanc perd le goût du football. Le joueur qui aimait provoquer, dribbler et faire plaisir au public finit par prendre ses distances avec le ballon rond. Sa retraite intervient plus tôt que prévu.

Des Onze Créateurs au Stade malien

Comme la plupart des jeunes adolescents de Bamako, Chiacka Traoré a fait ses débuts dans les rues avec les Onze Créateurs de Niaréla, de 1976 à 1979. Il est ensuite transféré à l'AS Commune II avec toute la crème du club pour trois saisons, de 1980 à 1983. Son destin pour le Stade malien de Bamako est tracé lors d'un match amical. L'entraîneur Mamadou Diakité dit "Doudou", qui avait hérité d'un groupe forgé par feu Capi, convainc les dirigeants stadistes de faire signer Pelé Blanc. C'est ainsi qu'il intègre la famille blanche.

Dès les premières semaines, il force l'admiration sans complexe, au point que le directeur d'une grande banque l'invite pour lui remettre une grosse somme d'argent. "J'ai acheté une moto Piaggio et géré d'autres problèmes de ma famille", se rappelle-t-il.

Trois Coupes du Mali et une sélection chez les Aigles

Comme évoqué plus haut, Pelé Blanc a marqué son temps. Très courageux et enchanté par l'amour et la grande estime de tout un club, son talent s'est fondu sous l'ombre des Seydou Diarra dit Platini, Abdoulaye Kaloga, Yacouba Traoré dit Yaba...

Utilisé comme joker, il n'a pas pu s'imposer à la mesure de ses potentialités techniques, parce que son temps de jeu était insuffisant. Comme réserviste, il remporte trois Coupes du Mali, en 1984, 1985 et 1986.

En 1986, l'entraîneur Kidian Diallo le sélectionne à la faveur de la Coupe Cédéao contre le Togo à Bamako. Les Aigles s'imposent par trois buts à zéro : Seydou Diarra dit "Platini" réalise le doublé et Amadou Pathé Vieux Diallo brise les espoirs togolais.

Le Réal, puis le rideau tombe

Pelé Blanc, pas découragé par sa situation, décide de donner une nouvelle orientation à sa carrière lorsqu'un dirigeant de l'AS Réal lui propose un transfert soutenu par une moto Yamaha 100.

Il y passe également trois saisons avant de finalement se résigner à mettre un terme à sa carrière. Parce que le moral n'y était plus. En un mot : son talent n'a pas produit les résultats escomptés.

Même s'il attribue son cas à la chance et au destin, Pelé Blanc, avec le recul, ne cache pas sa déception. Pour lui, sa carrière footballistique n'a pas connu le succès qu'elle méritait. Une phrase qui résume à elle seule le sentiment d'une carrière inachevée.

Mais peut-on réellement parler d'échec lorsqu'un joueur a laissé une telle impression auprès de ceux qui l'ont vu évoluer ?

Le goût amer d'un rêve inachevé

Tant il est vrai que, dans la mémoire de nombreux passionnés du football malien des années 1980, Chiacka Traoré "Pelé Blanc" reste le souvenir d'un jeune au talent naturel, lequel aurait mérité une carrière plus grande. Son rêve d'Europe aurait pu devenir réalité. Mais le football est ainsi fait : certains talents atteignent les sommets, d'autres restent au bord du chemin, emportant avec eux le goût amer d'une histoire qui aurait pu être beaucoup plus belle.

Mais pour ceux, surtout les supporters stadistes qui l'ont vu jouer, il restera celui qui, un moment, a fait croire que le ballon pouvait coller aux pieds et que, pendant un temps, ils avaient eux aussi leur propre Pelé.

Une autre vie

Après sa retraite, Chiacka Traoré décroche un emploi à la mairie du district et continue de gagner sa vie tant bien que mal.

Comme bons souvenirs, il retient les trois Coupes du Mali, sa sélection en équipe nationale et ce match de championnat contre le Djoliba en 1986.

Ce jour-là, entré en seconde période, Pelé Blanc établit la parité au terme d'un débordement sur le flanc droit. Malgré la défaite de son équipe, l'enfant de Niaréla soutient qu'il ne cesse de penser à ce match.

Dans la vie, il aime le football, la musique et la pêche. Il déteste la calomnie et l'hypocrisie.

Yacouba Djan, l'homme qu'il n'oubliera jamais

Au moment de le quitter, nous avons tenu à lui poser une question qui a son pesant d'or par rapport à sa vie et à sa carrière footballistique : quelle est cette personne qu'il n'est pas prêt d'oublier ?

"L'ancien secrétaire général du Stade malien et de la Fémafoot, Yacouba Traoré dit Yacouba Djan, est cette personne que je n'oublierai jamais. Il m'a beaucoup estimé jusqu'à assurer ma restauration durant des années. Je n'en dirai pas plus. Que le bon Dieu le bénisse", conclut Chiacka Traoré dit Pelé Blanc.            

    O. Roger Sissoko