Entre Nous : Flux migratoires, fonds électoral et moyen de chantage !
Les 30 et 31 Juillet 2026, environ 50 à 60 milles personnes sont arrivées à Ceuta, enclave espagnole séparée du Maroc de quelques kilomètres...
Ils venaient du Maroc, du Soudan, du Yémen, des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Nord.
Selon Human Rights Watch, cette arrivée massive était «non seulement sans précédent, mais aussi tragique avec au moins 72 morts». L’organisation internationale de défense des droits de l’homme rappelle que «beaucoup se sont noyées en tentant de rejoindre Ceuta à la nage depuis le Maroc et d’autres se sont écrasées en essayant d’escalader une barrière frontalière».
Selon l’universitaire Mounir Ferran, «les mouvements migratoires contemporains sont d’abord l’expression de déséquilibres économiques, démographiques, éducatifs et territoriaux qui dépassent largement la seule question du contrôle des frontières». «En focalisant le débat sur les moyens d’empêcher les départs, l’Europe prend le risque d’ignorer ce qui les rend inéluctables. Les jeunes qui tentent de rejoindre Ceuta ne fuient pas uniquement la pauvreté. Ils fuient l’absence de perspectives. Ils appartiennent à une génération qui observe, grâce aux réseaux sociaux et à l’interconnexion numérique, les écarts de niveau de vie, de mobilité et d’opportunités qui séparent les deux rives de la Méditerranée. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement une migration de la nécessité ; c’est aussi une migration des aspirations. Lorsque l’espérance disparaît, la frontière cesse d’être une limite : elle devient un objectif».
Selon Judith Sunderland et Lauren Seibert, conseillères seniors auprès de la Division Droits des Réfugiés et Migrants à Human Rights Watch, «Les autorités marocaines et espagnoles devraient veiller à ce que des enquêtes indépendantes et impartiales soient menées sur les circonstances entourant les traversées vers Ceuta et sur les allégations de recours excessif à la force. Elles devraient également donner la priorité à un traitement humain et à l’aide humanitaire pour les personnes arrivées à Ceuta, les personnes renvoyées au Maroc et celles qui ont tenté de quitter le pays».
Les migrants deviennent un fonds électoral, voire un moyen de chantage pour des gouvernements qui manipulent les flux migratoires au mépris souverain des droits de l’homme. Si ces flux occupent une place centrale dans le discours politique en Europe, ils sont quasiment ignorés dans les débats publics en Afrique, un continent miné par les guerres et les crises multiples.
En effet, le traitement de la question migratoire préoccupe moins les dirigeants africains, qui ne se donnent pas les moyens nécessaires de négocier avec une Union européenne de plus en plus sous l'influence des extrêmes-droites ou des ultraconservateurs. Une indifférence à hauteur de leur culpabilité d’élite corrompue et affairiste. Des fonds détournés en Afrique ne servent-ils pas souvent à alimenter les économies de pays qui crient haro sur le baudet ? Dans un tel contexte de fuite en avant et de recherche de bouc-émissaires, l’Europe ne gagne rien. Encore moins l’Afrique !
Par Chiaka Doumbia