Education : Somasso, Diaramana, Samabogo… les damnés de l’école malienne

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Des élèves dans une école primaire du Mali (Capture d'écran). © Unicef

Ils sont environ 8400 enfants inscrits à l’école fondamentale dans les communes rurales de Diaramana, Somasso et Samabogo, cercle de Bla, mais ils ne bénéficient d’aucune faveur pouvant assurer le fonctionnement normal du service public de l’éducation. Le seul avantage pour ses enfants est la mise en disposition d’un enseignant par salle de classe qui accueille généralement plus de 80 élèves. Certains établissements n’existent que par l’acte de création de l’école. Reportage.

 Sékou Fané est le maire de la Commune rurale de Somasso. Acteur du secteur de l’éducation dans la 4e région administrative, le maire se félicite des résultats obtenus ces dix dernières années pour faire du droit à l’éducation une réalité.

Directeur du Centre d’animation pédagogique de Bla (2005-2010), M. Fané a ramené le nombre des seconds cycles de 7 dans le cercle de Bla à 32 établissements en 5 ans. Le nombre des écoles primaires crées ont été d’une cinquantaine.  Des efforts qui ont contribué à booster le secteur dans la région de Ségou.

Mais beaucoup d’actes administratifs relatifs à la création de nouvelles écoles dont une centaine, ont été pris. Parmi ces décisions, l’ouverture de l’école de Somasso Mission.

De salles de classes de l’époque coloniale

Créée par la volonté des communautés pour pallier les difficultés d’apprentissage liées à la distance, le statut de l’école a été changé depuis 2007. Bien qu’elle accueille un nombre important d’élèves, elle reste logée dans les vieux bâtiments des missionnaires blancs.

“Ces bâtiments ont été construits en 1945. Nous avons été inscrits ici le 1er octobre 1963, date de la mise à disposition de l’école au gouvernement. Les bâtiments constituent aujourd’hui un danger pour les enfants. La qualité ne répond plus aux normes et même la résistance n’est plus”, déplore le maire, énumérant d’autres écoles dans sa commune se trouvant dans les mêmes conditions, notamment l’école Mamourou Sidibé de M’pétiona et de Somasso-Bougoro. “Quelque 2300 élèves sont dans ses conditions”, dit-il.

Le seul avantage ici, l’école est publique parce qu’elle ne l’était pas en 2005, reconnaît le directeur, Mamadou Konaté. “Nous avons un établissement de six classes mais trois salles sont disponibles. Le directeur n’a pas de bureau pour déposer les affaires de l’école. Les tôles sont décoiffées et les fenêtres. Alors que plus de 200 élèves sont encadrés chez nous. Quand il pleut, nous sommes obligés de libérer les enfants…”

Selon le directeur de l’école, les parents d’élèves sont engagés, mais leurs moyens sont limités.

La situation est plus critique à Kacienso, Gountiosso, Massadougou, Sanso, Sogresso, Soyesso Wontosso, Siesso et Forosso, dans la Commune rurale de Diaraman. “Avec un effectif de 173 élèves dont 73 filles, l’école dispose de six enseignants et deux salles de classes. Les élèves sont encadrés sous les hangars. Les tables bancs sont confectionnées à l’aide des briques à banco”, explique le directeur du 1er cycle de Forosso, Moussa Coulibaly. Et d’ajouter que les enseignants bénéficient rarement de formation continue. “Les méthodes d’enseignement changent du jour au lendemain, mais les hommes de terrain sont les grands oubliés…”

 

Des écoles sur papier

Le maire de la Commune rurale de Diaramana, Kassoum Sogoba reconnait les efforts du gouvernement. Mais, ajoute-il, ils sont peu notoires. “Sur 15 villages administratifs composant la Commune, seul le village de Tonto et Diaramana disposent de salles de classes en dure. Mais les effectifs sont extrêmement pléthoriques. Les classes de 100 personnes sont nombreuses. Parfois, les enseignants travaillent dans des magasins particuliers. Sans oublier le manque de personnel d’enseignants…”

C’est le comble à Kacienso, Gountiosso, Massadougou, Sanso, Sogresso, Soyesso Wontosso, Siesso. Ils n’ont pas de classes, déplore-t-il. “Alors que Kacienso a 234 élèves, Gountiosso : 214 pour six salles, Massadougou : 148, Sanso : 90, Sogresso : 75, Soyesso : 56 Wontosso : 85, Siesso : 126. Nous avons l’impression que nos enfants sont les condamnés aux seconds rôles. Ce phénomène hypothèque l’avenir de plus de 3746 enfants dans la Commune…”

Les réalités diffèrent par localité. L’école de Dossourousso dans la Commune rurale de Samabogo, ouverte en octobre 1999 par la volonté des communautés, est gérée par les mêmes villageois. Ce statut communautaire impacte aujourd’hui le rendement scolaire des enfants.

“Les parents n’ont pas assez de moyens pour mettre les enfants dans des conditions idoines. Les frais de mensualité des parents d’élèves qui assurent le fonctionnement de l’établissement sont payés souvent en retard. Les enfants sont aussi retenus par les parents pour les travaux. En plus, il n’y a trois salles pour six classes”, a fait savoir Sory Sogoba, enseignant à l’école communautaire de Dossourousso.

Pourtant, dit-il, la loi n°99-046/du 28 décembre 1999, dans son article 2 indique que l’éducation est une priorité nationale, et le service public de l’éducation est conçu et organisé en fonction des apprenants tenant compte des objectifs de développement et valeurs socioculturelles du pays.

De l’avis de Drissa Sogoba, l’urgence s’impose d’appuyer les villages pour la construction d’infrastructures scolaires, la formation des enseignants, les manuels didactiques et de cantine scolaire pour endiguer les problèmes de distances compte-tenu de la situation géographique des villages.

L’élu communal de Samabogo a émis le souhait de la transformation des écoles communautaires en établissements publics.

Bréhima Sogoba

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