La réception, mardi 13 octobre à Alger, du ministre nigérien de la Défense par le président Abdelmadjid Tebboune intervient dans un contexte de recomposition des alliances sahéliennes, marqué par les tensions entre l’Algérie et plusieurs pays de la région.
Présentée comme une illustration de la solidité des relations bilatérales, cette rencontre met également en lumière les limites d’une diplomatie qui revendique la non-ingérence tout en cherchant à préserver une influence stratégique sur ses voisins méridionaux.
Alger se présente volontiers comme un rempart contre la déstabilisation du Sahel, invoquant le respect de la souveraineté, l’intangibilité des frontières et le rejet des interventions militaires extérieures. Pourtant, cette posture ne saurait suffire à établir son rôle de garant régional.
Dans une zone confrontée à l’expansion des groupes armés, aux trafics transfrontaliers et à la fragilisation des institutions, la crédibilité d’une puissance régionale se mesure moins à ses déclarations qu’à ses résultats concrets. Or, les crises persistantes au Mali et au Niger, ainsi que les difficultés de coordination entre les États riverains du Sahara, invitent à examiner avec davantage de rigueur les résultats de la diplomatie algérienne.
Les relations avec Bamako illustrent ces ambiguïtés. Les tensions provoquées par la destruction, en avril 2025, d’un drone malien par l’armée algérienne, après un incident frontalier contesté par les deux parties, ont entraîné une grave détérioration des rapports bilatéraux.
Le retrait réciproque des ambassadeurs et les accusations croisées ont révélé la fragilité d’un partenariat pourtant présenté pendant des années comme essentiel à la sécurité régionale.
Cet épisode pose une question fondamentale : comment Alger peut-elle revendiquer un rôle central dans la stabilisation du Sahel lorsque ses propres différends avec un voisin directement concerné contribuent à compliquer la coopération sécuritaire ?
La question se pose également au regard de l’évolution des alliances régionales. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES), réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, traduit la volonté de ces pays de reprendre la maîtrise de leurs choix stratégiques. Dans ce nouvel environnement, l’Algérie ne peut prétendre à un rôle privilégié sans tenir compte des aspirations de ses partenaires.
MK/AK/Sf/APA
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